Le Bürgenstock reporté
Qui veut torpiller les négos Iran-Etats Unis en Suisse?

L'annonce par la Suisse du report des négociations au Bürgenstock augure mal de la suite du processus. Mais qui veut torpiller l'accord signé par Donald Trump à Versailles?
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Le Vice président américain JD. Vance a clairement intimé l'ordre à Israël d'accepter cet accord.
Photo: Anadolu via Getty Images

En bref

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  • Les pourparlers prévus ce 19 juin au Bürgenstock entre les États-Unis et l'Iran ont été reportés. Benjamin Netanyahu est critiqué pour l'attitude d'Israël, qui refuse de se retirer du Liban et de respecter l'accord en 14 points signé le 17 juin à Versailles. 4 soldats isaraéliens ont trouvé la mort au Liban.
  • Le Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei et certains membres des Gardiens de la révolution, opposés à l'accord, sont également pointés du doigt pour saboter les négociations prévues en Suisse.

  • Le détroit d'Ormuz, rouvert depuis peu, reste un enjeu stratégique.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Il est en position d'accusé. Ce vendredi 19 juin, alors que le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) vient d'annoncer le report des pourparlers prévus au Bürgenstock entre les États-Unis et l'Iran, Benjamin Netanyahu est la cible de toutes les colères diplomatiques. Le vice-président américain J. D. Vance a d'ailleurs été le premier à le mettre en cause, jeudi, lors d'une conférence de presse à la Maison-Blanche. Même s'il a eu des mots chaleureux pour «Bibi», l'ex-sénateur de l'Ohio a mis en garde le gouvernement israélien contre toute tentative de rejeter l'accord signé par Donald Trump le 17 juin au château de Versailles, en France.

Alors, qui veut torpiller ces négociations secrètes, qui s'apprêtaient à démarrer dans le très luxueux hôtel de Suisse centrale, transformé en forteresse alpine de la paix? La raison évidente de ce report est le refus iranien d'entamer tout dialogue sur la mise en œuvre de l'accord en 14 points tant que les hostilités n'auront pas cessé au sud du Liban.

La question du Liban

Or l'armée israélienne refuse de se retirer du territoire libanais qu'elle occupe, et sa traque des caches d'armes et des pas de tir de missiles du Hezbollah s'est poursuivie ces dernières heures. Preuve de l'intensité des combats: la mort de 16 libanais et de 4 soldats israéliens a été annoncée ce vendredi. En clair: le gouvernement israélien, qui vit très mal un accord jugé insuffisant, poursuit la guerre alors que les hostilités doivent cesser. «Le Liban doit brûler» a menacé un ministre israélien. Or l'arrêt des combats sur l'ensemble des théâtres d'opération, Liban inclus, est le premier point du «Memorandum of Understanding» signé, du côté iranien, par le président Massoud Pezeshkian.

Un deuxième accusé est toutefois aussi dans la ligne de mire des négociateurs, qui se tenaient prêts à entamer leur dialogue direct au Bürgenstock, ce palace dont le fonds souverain du Qatar est propriétaire depuis 2017. Cet accusé n'est autre que l'invisible nouveau Guide suprême de la République islamique d'Iran, Mojtaba Khamenei, lequel, dans un communiqué, a fait connaître ses divergences avec ce texte dont le défenseur en chef, pour le président Pezeshkian, est le président du Parlement, Mohammad Ghalibaf, pourtant connu pour être un «dur» du régime.

Khamenei est-il encore en vie? Il n'est toujours pas intervenu directement à la radio ou à la télévision. Il fait lire des messages. Mais ces paroles sont-elles vraiment les siennes? Est-il diminué et utilisé par la frange la plus belliciste des Gardiens de la révolution? L’agence de presse semi-officielle Tasnim avait rapporté plus tôt jeudi 19 juin, avant l’annonce de JD Vance, que les négociateurs iraniens ont besoin, avant le prochain cycle de pourparlers de paix, de voir des signes de mise en œuvre de l’accord provisoire par les Etats-Unis et qu’aucune confirmation n’existe encore concernant le déplacement de la délégation iranienne à Genève.

Ormuz rouvert, la question du péage

Pour les émissaires du Pakistan et du Qatar, les deux pays qui ont permis la signature de cet accord en 14 points servant de base aux futures discussions, la responsabilité de sa difficile mise en œuvre vient aussi du fait que le détroit d'Ormuz, désormais rouvert, ne va pas être la cash-machine envisagée par le régime iranien.

Pour faire simple: l'Iran veut instaurer une forme de péage sur ce détroit crucial, et beaucoup d'armateurs étaient prêts à acquitter une taxe de «sortie» pour libérer leurs navires bloqués dans le golfe Persique depuis les premières frappes du 28 février. Un puissant lobby, au sein des Gardiens de la révolution, est celui des factions présentes sur les rivages du détroit, en particulier dans le port de Bandar Abbas, plusieurs fois pris pour cible.

Ces partisans d'un péage à Ormuz veulent à tout prix retarder les discussions afin que, de façon souterraine et clandestine, ils puissent malgré tout percevoir une taxe des armateurs, alors que les Etats-Unis ont, eux, confirmé la levée de leur blocus naval. Même si l'US Navy affirme être prête à le rétablir sur ordre de Trump.

Les durs du régime iranien, accusés n°2

Israël, accusé n°1. Les durs du régime iranien, accusés n°2. Et que se passe-t-il à Washington, où des voix se sont fait entendre contre cet accord jugé trop flou sur le démantèlement futur des infrastructures nucléaires iraniennes? Le sénateur républicain Lindsey Graham a, par exemple, fait connaître son mécontentement. L'ambassadeur d'Israël à l'ONU a, par avance, fait savoir que le retour annoncé en Iran de l'Agence internationale de l'énergie atomique est, selon lui, une illusion.

On ne peut donc pas exclure qu'une alliance objective entre «faucons» israéliens et américains se mette en place pour bouleverser les plans d'un Donald Trump désormais focalisé sur la reprise de l'économie mondiale, la baisse des cours du pétrole et la flambée des marchés boursiers.

Pendant ce temps, au Bürgenstock, les Suisses patientent, toujours prêts à déployer leur diplomatie hôtelière. «Les pourparlers peuvent reprendre à tout moment», explique un familier du dossier. L'idée d'une rencontre au sommet, au Bürgenstock, entre le vice-président J. D. Vance et Mohammad Ghalibaf semble toutefois, pour l'heure, avoir du plomb dans l'aile.

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