L'Iran n'a pas gagné cette guerre. L'Iran veut s'assurer du contrôle du détroit d'Ormuz. L'Iran va sans doute tout faire pour brouiller les cartes sur son programme nucléaire militaire. En riposte, les Etats-Unis vont continuer de frapper pour punir le régime de Téhéran. Mais va-t-on assister à une reprise de la guerre déclenchée le 28 février par les frappes aériennes israéliennes et américaines? Non. Parce que personne, aujourd'hui, n'y aurait intérêt.
Cette affirmation peut sembler contraire à ce qui se passe sur le terrain, c'est-à-dire dans le détroit d'Ormuz, où les Gardiens de la révolution sont accusés d'avoir attaqué un navire marchand dans les eaux omanaises, mais aussi à Bahreïn et au Koweït, deux pays visés par l'Iran, qui y a ciblé des bases américaines. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a aussi haussé le ton, promettant de nouveau de détruire l'Iran si celui-ci ne respecte pas les termes de l'accord de principe qu'il a signé au château de Versailles, en France, le 17 juin. Attention, danger? Pas si sûr. Car cinq raisons démontrent que le conflit, qui coûte si cher à l'économie mondiale, ne va pas reprendre. Du moins pour le moment.
Trump joue au shérif
A la veille de présider, le 4 juillet à Washington, les célébrations du 250e anniversaire de la déclaration d'indépendance des Etats-Unis, Donald Trump ne veut surtout pas se retrouver avec une guerre navale et aérienne XXL sur les bras. Jouer au «shérif» du Moyen-Orient, en tapant à la première occasion sur l'Iran, qu'il accuse de ne pas respecter l'accord du 17 juin, lui convient en revanche très bien. De cette manière, le locataire de la Maison-Blanche démontre à ses compatriotes qu'il ne se laissera pas faire. Il calme son allié israélien, qui brûle de repartir à l'assaut du ciel iranien pour en finir avec ses installations nucléaires. Et il met la pression sur les négociateurs de la République islamique, qui doivent faire face aux éléments les plus durs des Gardiens de la révolution. Bien sûr, tout cela peut déraper. Mais, pour l'heure, le blocus naval américain du détroit d'Ormuz n'a pas été réinstallé. C'est l'essentiel.
L'Iran doit exporter son pétrole
Les Iraniens veulent assurer, d'une façon ou d'une autre, leur tutelle future sur le détroit d'Ormuz, ce passage maritime crucial pour l'économie mondiale dont ils ont découvert l'importance durant le conflit. Pour cela, Téhéran discute avec le sultanat d'Oman, qui est l'autre pays bordant le détroit. Les tirs sur des navires marchands sont donc des rappels à l'ordre, peut-être envoyés, d'ailleurs, à des armateurs qui n'ont pas acquitté leur dû, officiellement ou officieusement. Mais l'Iran a besoin d'exporter son pétrole. Ses cuves sont pleines. L'équivalent de 67 millions de barils d'or noir iranien attend d'être exporté. Montant approximatif: 9 milliards de dollars.
Israël est calmé
Benjamin Netanyahu ne décolère pas contre l'accord du 17 juin, qu'il juge bien trop approximatif pour atteindre, par la négociation, les objectifs de guerre qu'il s'était fixés. Le Premier ministre israélien, candidat à sa réélection lors des législatives qui auront lieu avant le 27 octobre, voulait renverser la République islamique, éradiquer le programme nucléaire iranien, détruire les stocks de missiles du pays, obliger l'Iran à couper tout lien avec ses alliés régionaux, dont le Hezbollah chiite libanais. Rien de cela n'a été obtenu. Sauf qu'un élément nouveau est intervenu: l'accord signé entre Israël et le Liban à Washington le 26 juin. Il permet à l'armée israélienne de rester au sud du Liban, en confiant à l'armée libanaise le contrôle de deux «zones pilotes» pour désarmer le Hezbollah, qui a rejeté le texte. L'Etat hébreu n'a pas perdu la face.
Les pays du Golfe disent stop
Le 25 juin, une réunion entre le Conseil de coopération du Golfe (CCG – Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Oman et Bahreïn) et les Etats-Unis s'est tenue à Bahreïn, cet émirat visé le dimanche 28 juin par des frappes iraniennes. Le résultat: un appel à poursuivre les efforts diplomatiques pour cesser les hostilités dans la région et rétablir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz. Pas question d'accepter un quelconque péage futur, mais pas question non plus de reprendre les hostilités malgré les provocations de Téhéran. La vérité: les pays du golfe Persique n'ont plus confiance dans les Etats-Unis de Trump. Ils doivent donc slalomer entre les Etats-Unis, qui possèdent une quinzaine de bases dans la région, et la République islamique.
La loi du pétrole et des Bourses
C'est la seule loi qui compte pour Trump. En clôture du sommet du G7 à Evian, le président des Etats-Unis s'est présenté comme le sauveur de l'économie mondiale, affirmant qu'il ne veut surtout pas devenir le nouveau Herbert Hoover, ce lointain prédécesseur qui avait précipité son pays (et le monde) dans la crise de 1929. Or, pour l'heure, le pétrole et les Bourses ont salué l'accord du 17 juin. Le cours du baril est tombé à 73 dollars, au plus bas depuis le début de la crise. L'indice Dow Jones atteint 51'800 points, contre 43'500 il y a un an. Ce sont ces courbes qui obsèdent Trump, en campagne pour les élections législatives de mi-mandat, le 3 novembre.