Il dénonce les manipulations
Les 5 grosses ficelles de Trump pour gagner les élections

Le président des Etats-Unis a pris la parole pour dénoncer les manipulations passées du système électoral américain. Objectif: convaincre ses concitoyens que toute défaite électorale prochaine sera un vol. Et qu'il ne peut donc pas perdre.
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Pour Donald Trump, la victoire de Joe Biden en 2020 n'a s'implement pas eu lieu.
Photo: keystone-sda.ch
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Rien de tel que de répéter sans cesse la même affirmation pour espérer la transformer en vérité. C’est ce que Donald Trump a fait jeudi 16 juillet dans un nouveau «discours à la nation», alors que la guerre a repris dans le golfe Persique contre l’Iran.

Ce discours était focalisé sur le système électoral américain. Objectif politique: démontrer par avance qu’une défaite de son parti républicain aux élections de mi-mandat (les midterms) du 3 novembre serait obligatoirement le résultat d’une nouvelle fraude. La ficelle est grosse. Mais le président des États-Unis va continuer de tirer dessus le plus possible avec ces cinq arguments.

Biden a volé l’élection de 2020

C’est le mantra politique de Donald Trump, qui ne supporte pas d’avoir été battu en novembre 2020 par celui qu’il a ensuite surnommé Sleepy Joe! Bis repetita encore une fois lors de son discours de 25 minutes. Pas question d’accepter une défaite pourtant validée par le Congrès des Etats-Unis le 6 janvier 2021. Pour rappel, Donald Trump avait alors exhorté ses militants à exprimer leur colère, ce qui mena à l’assaut du Parlement. Ce jour-là, le vice-président Mike Pence avait certifié les résultats en ces termes: «Chacun des certificats de vote présentés par les Etats est régulier dans sa forme et authentique. Il s’agit des seuls certificats de vote provenant de ces Etats qu’il est possible de reconnaître comme valides.»

Joe Biden avait remporté le scrutin présidentiel du 3 novembre 2020 avec 306 grands électeurs au sein du Collège électoral et 51,3% du vote populaire, contre 232 grands électeurs et 46,8% du vote populaire pour Donald Trump.

Le système électoral n’est pas fiable

Un président des Etats-Unis démocratiquement élu qui s’en prend au système électoral afin de pouvoir en dénoncer par avance les résultats: telle est la stratégie de Donald Trump. A l’évidence, le chef de l’exécutif refusera de «concéder» toute défaite de son parti, si elle devait advenir lors des cruciales élections de mi-mandat du 3 novembre 2026. Donald Trump a dénoncé les «failles dans le système électoral américain». Il a promis «la déclassification prochaine de documents» qui, selon lui, confirmeraient les «vulnérabilités choquantes du mode de scrutin». Pour rappel, les voix sont comptabilisées aux Etats-Unis par les 50 Etats fédérés, qui ont chacun un secrétaire d’Etat chargé des élections, souvent assisté par des responsables élus au niveau des comtés. Dans 38 Etats, ce secrétaire d’Etat veille également au respect des règles de candidature et de financement des campagnes électorales. En 2020, Donald Trump avait fait, en vain, directement pression sur Brad Raffensperger, secrétaire d’Etat de Géorgie, pour qu’il lui trouve «une dizaine de milliers de voix supplémentaires».

La Chine truque les urnes

Il fallait un ennemi politique pour justifier les manœuvres électorales à venir de Donald Trump. Ce sera la Chine, cette seconde puissance mondiale dont le locataire de la Maison Blanche veut stopper l’ascension économique et géopolitique. Pour Donald Trump, les autorités communistes chinoises sont responsables du «plus grand piratage de données électorales de l’Histoire». Aucune preuve n’est venue étayer ces accusations. Jusque-là, les soupçons d’ingérence étrangère dans les élections américaines portaient surtout sur la Russie, via la société d’analyse de données Cambridge Analytica. Un lanceur d’alerte, Christopher Wylie, avait témoigné en 2018 devant le Sénat des Etats-Unis, américain, affirmant que cette société avait eu recours à des chercheurs russes et avait partagé des données avec des entreprises liées aux services de renseignement de Moscou. Objectif: favoriser la campagne de… Donald Trump, vainqueur-surprise en 2016 face à Hillary Clinton!

La Maison Blanche va s’en mêler

Cette annonce est absolument contraire à la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, à la base de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis du 4 juillet 1776, dont le pays vient de célébrer le 250e anniversaire. Et pourtant, Donald Trump a franchi le pas. Il présente la présidence comme le garant des futurs scrutins via un nouveau site Internet baptisé Election Integrity («Intégrité électorale»), lancé lors de son discours.

Ce site est destiné à regrouper les documents et les éléments censés étayer les accusations du président. Sa raison d’être: dénoncer les soupçons d’irrégularités afin de justifier «des examens approfondis des procédures de vote, de la sécurité des données et des modalités d’inscription sur les listes électorales dans plusieurs Etats». Lors de son discours, Donald Trump a aussi renouvelé son appel au Congrès afin d’adopter le Safeguard American Voter Eligibility (SAVE) America Act. Ce projet de loi prévoit notamment d’obliger les électeurs à présenter une preuve de leur citoyenneté américaine lors de leur inscription sur les listes électorales, ainsi qu’une pièce d’identité au moment du vote. Ce qui n’est pas toujours le cas. La majorité qualifiée des sénateurs est requise pour son adoption. Or les Républicains n'ont que la majorité simple.

Objectif : préparer l’opinion

Les élections partielles organisées depuis quelques mois tournent le plus souvent à l’avantage des démocrates. En Virginie, la représentante démocrate Abigail Spanberger a remporté en novembre 2025 son premier mandat en battant la vice-gouverneure républicaine Winsome Earle-Sears. A Miami, la maire démocrate Eileen Higgins a été élue en 2025 dans ce bastion républicain de Floride. Presque tous les sondages donnent une victoire des démocrates aux midterms, avec 47% à 52% des suffrages contre les candidats républicains. Mais aux Etats-Unis, les sondages nationaux ne veulent pas dire grand-chose. Le parti de Donald Trump dispose depuis novembre 2024 de la double majorité, à la Chambre des représentants et au Sénat.

Attention toutefois: les arguments de Donald Trump sur la nécessaire identification des votants sont populaires. Selon un sondage réalisé en février par le Washington Post, ABC News et Ipsos, 61% des Américains sont favorables à l’obligation pour les électeurs de fournir une preuve de leur citoyenneté – comme un passeport ou un acte de naissance – ainsi qu’une pièce d’identité avec photo correspondante au moment de leur inscription sur les listes électorales. Une enquête menée en août par le Pew Research Center révèle que 83% des Américains soutiennent l’obligation de présenter une pièce d’identité avec photo pour voter, contre 16% qui y sont opposés. L’interdiction du vote par correspondance est en revanche moins populaire: selon Pew, 58% des Américains souhaitent que tout électeur qui le désire puisse voter par courrier, tandis que 42% s’y opposent.

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