Donald Trump a des sueurs froides. Au sortir d'une guerre coûteuse en Iran, la crainte d'un séisme politique à l'automne grandit au sein de la Maison-Blanche. En cause: les élections de mi-mandat de novembre, les fameuses midterms, qui pourraient grandement affaiblir le pouvoir du président américain.
Il y a 18 mois pourtant, tous les voyants étaient au vert, les républicains ayant raflé la majorité, tant au niveau de la Chambre que du Sénat. Mais aujourd'hui, le climat politique a radicalement changé. La cote de popularité de Donald Trump est en chute libre: plusieurs sondages nationaux ne lui accordent plus que 37 à 39% d'opinions favorables. Une récente étude de l'American Research Group abaisse même la barre à 30%.
En parallèle, près de deux tiers des Américains désapprouvent son action à la tête de l'Etat. Fait particulièrement alarmant pour le staff de la Maison Blanche: même sur le terrain économique, longtemps considéré comme l'atout maître du président, les critiques l'emportent désormais très largement.
Le ressenti au quotidien prime sur les chiffres
C'est précisément là que réside le danger pour Donald Trump. Les présidents américains perdent rarement les midterms à cause de profonds bouleversements idéologiques au sein de leur électorat. Ils les perdent lorsque les électeurs ont le sentiment que leur quotidien devient plus difficile. Pour comprendre ce phénomène, les politologues ont développé le concept de Lived Experience Gap (en français, l'écart lié à l'expérience vécue), qui désigne un décalage entre les données statistiques officielles et ce que les citoyens ressentent concrètement dans leur portefeuille.
A cela s'ajoute un problème que Donald Trump ne connaissait guère il y a encore quelques mois, à savoir la grogne grandissante dans ses propres rangs. Le cas de Tucker Carlson en est une parfaite illustration. L'éditorialiste vedette des milieux conservateurs a longtemps compté parmi les plus fervents défenseurs du président. Aujourd'hui, il déclare publiquement ne plus pouvoir soutenir le Parti républicain.
L'élément déclencheur? La guerre menée par Trump en Iran, que l'animateur considère comme une trahison envers les intérêts des électeurs américains. Et Tucker Carlson n'est pas un critique ordinaire. Avec son podcast, il touche des millions d'électeurs d'extrême-droite. Et il le sait parfaitement. Ainsi, lorsqu'il déclare: «Si je claque la porte, beaucoup d'autres suivront», c'est tout le mouvement MAGA qui tend l'oreille.
Par ailleurs, le débat dépasse désormais largement les simples questions de l'inflation et des sondages. Même la rénovation ratée du Miroir d'eau – le célèbre bassin réfléchissant en plein coeur de Washington – est perçue par ses détracteurs comme la métaphore d'une présidence inaugurée sous le signe de grandes promesses, mais qui se heurte de plus en plus à l'épreuve de la réalité.
Des précédents de mauvaise augure pour Trump
Insuffisant toutefois pour parler de fronde ouverte. Donald Trump continue en effet de dominer le Parti républicain, et ses poulains s'imposent dans la grande majorité des primaires d'avant midterms.
Mais les précédents historiques ne présagent rien de bon pour le Grand old party. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le parti du président en exercice a presque toujours perdu des sièges au Congrès lors des élections de mi-mandat. Seuls les présidents Bill Clinton et George W. Bush étaient parvenus à renforcer leur majorité lors des élections de mi-mandat. C'était en 1998 pour le premier, et en 2002 pour le second. Tous deux avaient alors bénéficié de circonstances politiques exceptionnelles et de cotes de popularité très élevées. C'est très exactement ce qui fait défaut à Donald Trump aujourd'hui.
Pour le président comme pour les républicains, une défaite représenterait bien plus qu'un simple camouflet symbolique. Si les Démocrates venaient à reconquérir la majorité à la Chambre des représentants, ils pourraient mettre en place des commissions d'enquête, convoquer les membres du gouvernement et bloquer le programme de l'administration. Le moindre projet de loi se transformerait en véritable parcours du combattant. Pire, s'ils venaient également à conquérir le Sénat, ils pourraient sérieusement entraver les nominations de hauts fonctionnaires et des juges.
Le locataire de la Maison Blanche connaît déjà ce scénario pour l'avoir vécu lors de son premier mandat. Lors des midterms de 2018, les républicains avaient perdu 40 sièges à la Chambre des représentants, laissant ainsi échapper le contrôle de la chambre basse. S'était alors ouverte pour le président une longue phase d'affrontements politiques permanents avec le camp démocrate.