En bref
- Donald Trump participera au sommet de l'OTAN les 7 et 8 juillet à Ankara, où il pourrait annoncer des mesures controversées.
- Parmi les sujets brûlants, le président américain pourrait exiger un engagement financier accru des membres de l'OTAN, notamment sur les dépenses militaires
- Actuellement, environ 80'000 soldats américains sont stationnés en Europe, mais un retrait potentiel de 10'000 d'entre eux pourrait être annoncé.
Ils ont raison de s'inquiéter. Leur rendez-vous avec Donald Trump, les 7 et 8 juillet, au sommet de l'OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord), à Ankara, en Turquie, promet d'être mouvementé. Face aux Européens, Donald Trump arrive avec une série de frustrations et de demandes. Il vient, en plus, de célébrer le 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance de son pays. Le président des Etats-Unis a, dès lors, quelques raisons de réserver de mauvaises surprises à ses alliés.
La surprise Poutine
C'est celle que les 30 pays européens membres de l'OTAN (aux côtés des Etats-Unis et du Canada) redoutent le plus. Samedi 4 juillet, Donald Trump a échangé pendant 90 minutes avec le président russe, selon le conseiller diplomatique de celui-ci, Iouri Ouchakov. La crainte des Européens? Que le maître du Kremlin ait réussi, à force d'arguments sur les raisons historiques du conflit en Ukraine, et sur sa détermination à l'emporter coûte que coûte, à reconquérir l'attention du locataire de la Maison Blanche, impressionné par les récents succès de l'armée ukrainienne. Donald Trump pourrait donc forcer la main de l'OTAN, en s'appuyant sur la Turquie, hôte du sommet, membre de l'Alliance mais neutre sur le plan commercial vis-à-vis de la Russie. Attention, le danger vient de l'ours russe, affaibli et blessé.
La surprise Ormuz
Donald Trump n'a pas digéré le refus des alliés de l'OTAN d'intervenir pour sécuriser le détroit d'Ormuz, face aux frappes iraniennes. Le président des Etats-Unis pensait que ses alliés enverraient leurs navires de guerre. Il s'attendait à ce que les marines européennes prêtent main-forte à l'US Navy, toujours déployée dans le golfe Persique. Maintenant qu'un protocole d'accord a été signé avec l'Iran, Trump pourrait fort bien annoncer aux Européens qu'il n'est pas fondamentalement hostile à une forme de péage dans ce détroit énergétique crucial. La sécurité des approvisionnements de l'Europe en pétrole se retrouverait sur la sellette. Attention, le danger vient, cette fois, du détroit le plus explosif du monde.
La surprise militaire
Environ 80'000 soldats américains sont aujourd'hui déployés sur le Vieux Continent, dans une vingtaine de bases. Or, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, devrait annoncer à Ankara un retrait significatif de troupes des bases alliées de l'OTAN. Cela pourrait aller jusqu'à dix mille hommes, par étapes. Le signal serait clair: aux Européens, maintenant, d'assumer leur propre sécurité. En sachant que, pour Donald Trump, ce retrait ne signifie pas un feu vert aux plans d'une défense européenne autonome. Le président des Etats-Unis veut à la fois retirer ses soldats d'Europe et augmenter les ventes de matériel militaire «Made in USA» à ces mêmes clients européens. Attention, le piège des casernes de l'OTAN va se refermer.
La surprise budgétaire
Là, pas de surprise. Sauf si Donald Trump augmente encore ses demandes budgétaires, ce qui n'est pas exclu. Le président des Etats-Unis a exigé, en 2025, à La Haye, que tous les pays membres de l'Alliance atlantique consacrent au moins 5% de leur budget aux dépenses de défense. Tous ont obtempéré, sauf l'Espagne. Mais cela ne veut pas dire que les budgets ont suivi. Trump va donc marteler, à Ankara, ses exigences financières. Pour lui, être membre de l'OTAN a un prix. Et c'est aux Etats-Unis, responsables de la sécurité du Vieux Continent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, d'empocher cette somme.
La surprise Zelensky
L'Ukraine s'est renforcée sur le plan militaire grâce à ses frappes en profondeur en Russie. Les infrastructures énergétiques russes sont gravement endommagées. L'approvisionnement en carburant est déréglé. Poutine est le dos au mur. Et Zelensky? Le risque, pour les Européens, est que le président ukrainien – dont le gouvernement dépend presque entièrement des soutiens financiers accordés par ses alliés du continent – opte pour une réconciliation publique avec Trump, qu'il rencontrera à Ankara. Zelensky est aujourd'hui, de facto, à la tête de la première armée d'Europe. Les Européens ont besoin de lui. Mais, pour survivre politiquement, le chef de l'Etat ukrainien a besoin de Trump.