Les USA ont 250 ans (3/3)
Ces Suisses ont (aussi) fait l'Amérique de Trump

Ils ont aussi fabriqué l'Amérique qui a commémoré le 4 juillet, le 250e anniversaire de sa déclaration d'indépendance. Ils avaient émigré de Suisse. Ils ont façonné ce pays dans un sens que, parfois, Donald Trump n'aurait pas renié.
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La nuit du 4 juillet a été, partout aux Etats-Unis, celle d'un grand feu d'artifice pour célébrer le 250e anniversaire du pays.
Photo: IMAGO/ZUMA Press Wire

En bref

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  • Donald Trump pourrait visiter New Bern, en Caroline du Nord, pendant sa campagne pour les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026.
  • Près de 500'000 Suisses ont émigré aux Etats-Unis entre 1700 et 2026, dont Albert Gallatin, un Genevois, est devenu secrétaire du Trésor américain et a orchestré l'achat de la Louisiane en 1803 pour 80 millions de francs.
  • Les influences suisses sur l'Amérique de Trump incluent des personnalités comme Johann Sutter, pionnier controversé de la ruée vers l'or, et Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Donald Trump y fera peut-être escale, lors de sa campagne pour les élections de mi-mandat qui auront lieu le 3 novembre 2026. A New Bern, en Caroline du Nord, tout porte la marque de la Suisse. Partout, des ours bernois accrochent le regard des visiteurs. L'Etat, situé au sud de Washington et de la Virginie, fait en effet partie de ces territoires démocrates qui ont, le 6 novembre 2024, basculé pour le candidat MAGA (Make America Great Again). Trump y a battu Kamala Harris, la candidate démocrate, avec plus de 100'000 voix d'avance, raflant les 16 grands électeurs de ce «swing state», l'un des sept Etats-clés qui ont scellé sa victoire dans la course à la Maison-Blanche.

Pourquoi avoir voté Trump à New Bern? John est l'un des guides du «Musée de l'histoire suisse» de la ville. Nous l'avions rencontré en 2024, sur la route de Mar-a-Lago, en Floride. Il a fait partie de ces électeurs: «Je ne comprends pas que vous reprochiez aujourd'hui à Trump de faire fausse route, dit-il au téléphone. Ce type n'est pas parfait, mais il incarne les valeurs que vous avez implantées ici: le patriotisme, l'éloge du travail, la recherche de la fortune… cette Amérique-là devrait plaire aux Suisses.»

L'arrivée à New Bern

La Suisse et le 250e anniversaire des Etats-Unis. Pourquoi en parler? Pourquoi faire le lien entre les premiers émigrés arrivés à New Bern en 1710, à l'issue d'une expédition dirigée par le baron Christoph von Graffenried, un patricien bernois? L'Amérique, alors, était un continent sauvage. Ces pionniers en payèrent durement le prix, comme tant d'autres Européens. Mais le culte a perduré. Ce samedi 4 juillet, la Confédération était à l'honneur à New Bern où plusieurs posters montrant Guy Parmelin et sa casquette rouge arborée au Mondial de football ont, selon notre interlocuteur, fait irruption dans les rues, placardés sur des vitrines. Bonne idée que ce couvre-chef rouge «à la Trump», clamant «Switzerland. Great since 1291», en référence au Pacte fédéral de cette année-là, suivi en 1307 par le fameux «serment du Grütli». Une casquette pour une épopée suisso-américaine.

Près de 500'000 Suisses ont émigré

Entre 1700 et 2026, environ 470 000 Suisses ont émigré aux Etats-Unis. Tous successeurs du premier Helvète à avoir mis le pied dans le Nouveau Monde, pour pas très longtemps : Diebold von Erlach était officier dans une expédition coloniale française sur les rivages de Floride, en 1564. Il mourut peu de temps après son débarquement.

Donald Trump, si pressé de mettre son portrait partout pour ce 250e anniversaire, y compris sur une série limitée de passeports, pourrait pourtant trouver parmi ces émigrés quelques modèles. Exemple avec Albert Gallatin (1761-1849), le fondateur du Département du Trésor des Etats-Unis, dont la statue figure dans le jardin du ministère fédéral des Finances à Washington. Genevois d'origine, Gallatin émigre juste après la fameuse Déclaration d'indépendance fêtée ces jours-ci par les comités «Freedom 250» (celui de l'administration Trump) et «America 250» (celui du Congrès). 

Il devient citoyen du nouvel Etat américain en 1785. Il supervise les finances du tout nouveau pays entre 1801 et 1814. C'est lui qui, en avril 1803, joue un rôle décisif dans l'acquisition de l'immense territoire qu'était alors la Louisiane. Un «deal» à la Trump avec Napoléon Ier: 80 millions de francs (soit environ 15 millions de dollars) pour 2,1 millions de km². Pas étonnant qu'Albert Gallatin fasse partie des figures historiques mises en valeur par ce 250e anniversaire, dans une galerie de portraits officiels des «Pères fondateurs»!

Le cas de la famille Trump

Une autre personnalité correspond assez bien à l'Amérique de Trump, dont la famille paternelle est originaire de Kallstadt, en Allemagne, un petit village viticole de Rhénanie-Palatinat. Son grand-père paternel, Friedrich Trump, y naquit en 1869 avant d'émigrer aux Etats-Unis en 1885 pour échapper au service militaire. Friedrich, d'abord installé à New York, fit ensuite des affaires immobilières et hôtelières au Yukon, dans le Grand Nord, aujourd'hui canadien, transformé par la ruée vers l'or.

Il n'y a donc pas rencontré Johann Sutter (1803-1880), le Suisse indissociable de cette obsession du métal jaune. Et pourtant. C'est sur les terres de Sutter, dans sa colonie agricole baptisée Nouvelle-Helvétie, à 150 kilomètres au nord de San Francisco, que furent trouvées les premières pépites en janvier 1848, par l'un de ses ouvriers. L'écrivain suisse Blaise Cendrars en tira un roman publié en 1925: «L'Or». La Merveilleuse Histoire du général Johann August Sutter. Un monument lui fut un temps dédié à Sacramento, la capitale de l'État de Californie, en partie financé par le canton de Bâle-Campagne, dont il était originaire.

Pourquoi faire ce parallèle entre Sutter et Trump? Parce que le premier, comme le second, estimait que la fin justifie les moyens. Et parce que tous deux, à deux siècles d'intervalle, sont des personnages controversés, dans la ligne de mire du mouvement «Black Lives Matter». Les historiens ont montré que Sutter avait recours au travail forcé dans sa Nouvelle-Helvétie.

«Selon l'historien Benjamin Madley, écrit Swissinfo, les pratiques déshumanisantes du travail forcé introduites par les rancheros et Sutter ont favorisé la violence anglo-américaine à l'encontre des peuples autochtones, ouvrant la voie à une série de génocides régionaux en Californie avec la ruée vers l'or dès 1848. A Rünenberg, sa ville suisse d'origine, des manifestants ont couvert son monument d'un drap ensanglanté, tandis qu'à Sacramento, sa statue, sise au centre-ville devant le Sutter Medical Center, a été déboulonnée.»

Une Suissesse qui a compris l'Amérique

L'Amérique de Trump doit aussi beaucoup à une femme. Une psychiatre. Elisabeth Kübler-Ross, disparue en 2004 en Arizona, avait quitté Zurich en 1958. Aux Etats-Unis, ses recherches et ses livres sur les «cinq phases de la mort» la propulsèrent sur le devant de la scène médicale et médiatique. Or sa théorie est, depuis la première élection présidentielle de l'ancien promoteur immobilier new-yorkais, souvent citée pour expliquer son succès. Les commentateurs politiques et les psychologues s'en sont emparés. Ils décrivent la réaction de la société américaine face à l'ascension de Trump comme une réplique des «cinq phases» de Kübler-Ross chez les personnes qui affrontent une maladie en phase terminale ou un deuil. D'abord le déni, notamment chez ses opposants et au sein des appareils des partis. Puis la colère, le marchandage, la dépression et, finalement, l'acceptation.

«La psychiatre suisse Elisabeth Kübler-Ross a rendu célèbres les différentes étapes du deuil, estimait en 2021 le chroniqueur John Weinberger. Or le président Trump semble aujourd'hui les traverser à son tour, sans être encore parvenu – et peut-être sans jamais y parvenir – à la dernière d'entre elles. À la différence de la plupart des gens, il vit toutefois ce processus sous les yeux du monde entier, entraînant avec lui ses partisans et, par conséquent, le reste d'entre nous dans ce cheminement.»

L'empreinte helvétique sur l'homme qui dirige les Etats-Unis, 250 ans après leur Déclaration d'indépendance, est bel et bien confirmée.


Notre épisode précédent:
L'Empereur américain Donald Trump court-il droit à sa perte?
L'épisode 1: Washington à l'heure de Trump, c'est révolutionnaire

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