Frapper toujours plus fort
Jusqu'où Trump est-il prêt à faire la guerre à l'Iran?

Quelle guerre dans le golfe Persique pour les Etats-Unis? Une guerre ciblée pour débloquer le détroit d'Ormuz et calmer l'économie mondiale? Ou une guerre de grande ampleur pour, de nouveau, chercher à renverser le régime iranien?
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Donald Trump a promis de faire payer très cher au régime iranien la mort de soldats américains basés dans le golfe.
Photo: imago/UPI Photo

En bref

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  • Donald Trump doit décider de l'escalade ou d'un cessez-le-feu dans le conflit avec l'Iran, marqué par dix jours de frappes aériennes et la mort de trois soldats américains. L'Iran a ciblé des bases militaires américaines, rendant la situation explosive dans le golfe Persique et en Jordanie
  • Les tensions affectent gravement l'économie mondiale : seulement 53 navires ont traversé le détroit d'Ormuz au cours de la semaine du 14 au 20 juillet, une baisse de 66%.
  • 68% des Américains jugent la guerre contre l'Iran injustifiée, selon un sondage du Washington Post/Ipsos. Ce mécontentement, couplé à des élections mi-mandat imminentes, met la pression sur Trump, qui pourrait intensifier les frappes ou envisager une trêve diplomatique de 10 jours
Richard Werly
Richard WerlyJournaliste Blick

Donald Trump doit maintenant choisir: après dix jours de frappes aériennes sur l'Iran, en particulier sur les rivages du détroit d'Ormuz, l'heure est à l'escalade. Avec cette question: les Etats-Unis sont-ils prêts à payer le prix des ripostes iraniennes ciblées sur les bases militaires américaines dans les pays du golfe Persique et en Jordanie? Le locataire de la Maison-Blanche a déjà répondu sur son réseau social. Il fera «payer le prix fort» à l'Iran pour ces attaques et pour la mort de trois soldats ces derniers jours. Mais après? Que peut-il décider concrètement?

Pour le site Axios, toujours très informé, la décision de passer à un stade supérieur dans cette guerre est en effet en suspens: «Selon plusieurs responsables américains et israéliens, deux scénarios seulement semblent désormais envisageables», écrit-il. Le premier consisterait à négocier un nouveau cessez-le-feu de dix jours afin de permettre la réouverture du détroit d'Ormuz.

Le second serait de lancer, avec Israël, une vaste campagne militaire destinée à contraindre Téhéran à capituler. Cette seconde option ramènerait cette guerre aux premières semaines qui ont suivi les frappes du 28 février. Elle permettrait à l'Etat hébreu, qui y est prêt, de mener des frappes ciblées contre les dirigeants du régime iranien, notamment les chefs militaires et politiques des Gardiens de la révolution, colonne vertébrale de la République islamique.

Trois variables pour Trump

Pour prendre sa décision, le chef de l'exécutif américain doit tenir compte de trois variables. La première, qu'il a toujours eue à l'esprit, est l'état de l'économie mondiale, dont il avait affirmé être «le sauveur» lors du sommet du G7 d'Evian. C'est pour «éviter une nouvelle crise de 1929», avait-il expliqué, qu'il s'était alors résolu à signer le protocole d'accord du 17 juin avec l'Iran, suivi de premiers pourparlers au Bürgenstock, en Suisse centrale.

Or les tensions sont maintenant palpables sur les deux marchés qui inquiètent Trump: le pétrole et les Bourses. Au dixième jour des frappes aériennes réciproques entre les Etats-Unis et l'Iran, seuls 53 navires ont franchi le détroit d'Ormuz au cours de la semaine s'achevant le 20 juillet, soit une baisse de 66% par rapport aux sept jours précédents. Les menaces d'attaques des rebelles chiites houthis (alliés de l'Iran) en mer Rouge limitent par ailleurs la capacité de l'Arabie saoudite à réorienter ses exportations d'hydrocarbures vers d'autres routes maritimes. Conséquence: aux Etats-Unis, le prix moyen de l'essence dépasse désormais les 4 dollars le gallon pour la première fois depuis le 17 juin.

Des pays du Golfe très vulnérables

Seconde variable: les pays de la région, visés parce qu'ils abritent des bases militaires américaines, et très vulnérables si l'Iran poursuivait ses frappes contre leurs cruciales usines de dessalement d'eau. Selon Axios, le Qatar, l'Egypte, le Pakistan et plusieurs autres médiateurs régionaux ont présenté aux Etats-Unis et à l'Iran une proposition de cessez-le-feu de dix jours. C'est pour cette raison que Trump aurait demandé à Israël d'éviter toute initiative susceptible de compromettre cette fenêtre diplomatique.

Pour Téhéran, le retour à la table des négociations, sans avoir rien cédé sur le détroit d'Ormuz, que les Gardiens de la révolution entendent contrôler, constituerait une nouvelle victoire et une confirmation du fameux acronyme TACO (Trump Always Chickens Out), que l'on peut traduire par: «Trump se dégonfle toujours».

Une opinion publique américaine inquiète

Dernier élément: l'opinion publique aux Etats-Unis, alors que les élections législatives de mi-mandat du 3 novembre se rapprochent et que les candidats sont déjà en campagne. La totalité de la Chambre des représentants et 33 sièges de sénateurs sur 100 (les deux assemblées sont aujourd'hui contrôlées par le Parti républicain) seront renouvelés.

Or tous les sondages convergent: la guerre contre l'Iran est impopulaire. Une enquête réalisée la semaine dernière par le Washington Post et Ipsos dresse un constat particulièrement défavorable. Soixante-huit pour cent des Américains estiment que cette guerre «ne vaut pas la peine d'être menée», tandis que seulement 28% jugent qu'elle est justifiée. Un écart négatif de 40 points, plus marqué que celui observé, à leur pire moment, pour les guerres d'Irak et d'Afghanistan.

S'y ajoutent les prises de position de plusieurs figures du mouvement MAGA (Make America Great Again) opposées à ce conflit, comme le vice-président J. D. Vance ou l'influenceur Tucker Carlson.

Le plus probable est toutefois que Donald Trump décide d'intensifier les opérations militaires en ayant de plus en plus recours aux bombardiers furtifs B-2. Sauf, bien sûr, si les hostilités gagnaient le détroit voisin de Bab el-Mandeb, avec l'entrée en lice des Houthis. Une interruption du trafic maritime vers le canal de Suez se profilerait alors à l'horizon, avec des conséquences économiques dévastatrices pour l'Europe et l'Asie.

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