Sur l'Iran et le nucléaire
Si Xi propose ce deal à Trump, il ne pourra pas dire non

Les deux présidents américains et chinois ont bouclé leurs premières discussions jeudi 14 mai à Pékin. En coulisses, les diplomates de deux pays s'activent. Et si le sort de la guerre en Iran était entre les mains de Pékin?
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Les deux présidents se sont rencontrés longuement à Pékin jeudi 14 mai.
Photo: imago/Kyodo News
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Richard WerlyJournaliste Blick

Et si Xi Jinping sortait de son chapeau de nouveau «fils du Ciel» une proposition impossible à refuser par Donald Trump à propos de l’Iran et de son programme nucléaire militaire? Cette possibilité est de plus en plus évoquée dans les milieux diplomatiques au Moyen-Orient, alors que le président des Etats-Unis a passé plusieurs heures à discuter avec son homologue chinois à Pékin, jeudi 14 mai. Selon ces rumeurs diplomatiques, la Chine pourrait convaincre son allié iranien de lui remettre les fameux 440 kilos d’uranium enrichi à 60%, capables de servir à fabriquer une bombe atomique. Cela éviterait aux Etats-Unis de sonner l’assaut sur les sites présumés de stockage, dans les montagnes autour d’Ispahan, en Iran.

Rien n’a filtré sur une discussion de cette nature durant les échanges entre les délégations américaines et chinoises à Pékin. Et pourtant, l’Iran était bel et bien au cœur des échanges entre les deux premières puissances mondiales. Impossible, pour la Chine, puissance commerciale exportatrice dépendante du golfe Persique pour son pétrole, d’accepter un blocus naval à long terme du détroit d’Ormuz. Tandis que, d’autre part, Donald Trump cherche d’urgence une sortie de crise, à moins de deux mois des célébrations du 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis, le 4 juillet prochain.

Taïwan sur la table

Preuve de cette possibilité, selon plusieurs sources rencontrées à Dubaï et à Abou Dhabi: la dureté du langage chinois à propos de Taïwan. La fermeté inhabituelle affichée jeudi 14 mai par Xi Jinping a confirmé son désir d’obtenir des concessions de Donald Trump sur cette question ultrasensible. «La question de Taïwan est la plus importante dans les relations sino-américaines», a-t-il déclaré à Donald Trump, alors que beaucoup s’attendaient, sur ce sujet, à une évocation moins directe. «Si elle est bien traitée, les relations entre les deux pays (Chine et Etats-Unis) pourront rester globalement stables. Si elle est mal traitée, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit», a poursuivi le président chinois.

Une fermeté qui pourrait être le prix à payer par Washington pour une intervention plus directe de la Chine dans le conflit avec l’Iran, son vieil allié que Pékin n’entend pas lâcher. Donald Trump avait, pour sa part, indiqué cette semaine, avant sa visite en Chine, qu’il aborderait avec Xi Jinping la question des ventes d’armes à Taïwan, semblant s’éloigner de la politique traditionnelle des Etats-Unis, qui consiste à ne pas consulter Pékin sur cette question.

Quelle offre impossible à refuser pourrait faire Xi Jinping? Tout simplement celle d’un renoncement pur et simple de l’Iran à l’arme nucléaire. «La Chine pourrait accueillir sur son sol le stock d’uranium enrichi iranien et les centrifugeuses indispensables pour poursuivre l’enrichissement, et conclure avec Téhéran un accord sur le nucléaire civil», estime une source bien placée à Dubaï. Quelle contrepartie pour les Gardiens de la révolution iraniens qui, désormais, dirigent ce pays de 90 millions d’habitants? L’accord des Etats-Unis pour la poursuite d’un programme de missiles balistiques. 

Des missiles dont Israël exigeait jusque-là le démantèlement complet, car ils peuvent toucher son territoire. «L’Etat hébreu ne peut plus exiger la capitulation militaire complète de l’Iran», poursuit cette source. «Netanyahu est encore plus coincé, car la Chine a discrètement, via la frontière entre l’Iran et le Pakistan, réapprovisionné la République islamique en composants pour ses missiles», complète cette source bien informée.

Régime militaire iranien

Au bout du compte? L’Iran sortirait de la guerre avec, à sa tête, un régime militaire musulman assez proche de celui du Pakistan, pays à la fois bien vu des Etats-Unis de Trump et allié militaire de la Chine. Ce régime iranien renoncerait à la bombe, mais resterait équipé de missiles et de drones pour sa défense, tandis qu’Israël renforcerait ses liens avec les Émirats arabes unis, dont le bouclier aérien dépend de l’aide militaire apportée par l’Etat hébreu. La circulation maritime dans le détroit d’Ormuz rouvrirait progressivement. La Chine obtiendrait en échange l’éloignement des sanctions américaines contre les banques chinoises, ainsi qu’une issue favorable au duel commercial entre les deux puissances mondiales.

Est-ce réaliste? «Oui, car cela permettrait à Trump de dire qu’il a obtenu ce qu’aucun accord négocié avec l’Iran sur le nucléaire n’a jamais obtenu: un renoncement, au moins pour une dizaine d’années», complète un diplomate. La Chine deviendrait ainsi garante de la sécurité du Moyen-Orient, ce qui conviendrait aussi à l’Arabie saoudite, dont elle est un partenaire stratégique. La défaite, concrètement, serait celle du gouvernement israélien, puisque le régime iranien demeurerait en place, équipé de missiles à longue portée. Mais là aussi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu – qui a rendu publique sa visite secrète aux Emirats arabes unis durant la guerre – pourrait se présenter comme le seul à avoir terrassé le «diable nucléaire», menace existentielle contre son pays.

Reste maintenant, pour les Chinois, à pousser leurs pions. Sans faire perdre la face à Trump. Et pour obtenir de sa part le maximum de concessions.

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