Donald Trump a dit s'attendre à recevoir un «gros câlin» du président chinois Xi Jinping durant leur rencontre cette semaine à Pékin, mais les nombreux différends pourraient tempérer l'enthousiasme des retrouvailles. Taïwan, les droits de douane américains, les restrictions chinoises sur les terres rares et le conflit au Moyen-Orient figurent parmi les sujets sensibles que devraient aborder les deux dirigeants, dont les styles sont aux antipodes.
Le ton souvent tonitruant et imprévisible de Trump tranche fortement avec la retenue de Xi Jinping. Le président américain, attendu mercredi, avait assuré mi-avril que son homologue chinois lui ferait un «gros câlin» à Pékin, affirmant: «Nous travaillons ensemble de manière intelligente et très bien!».
La Chine n'a confirmé que lundi la venue de Trump, fidèle à sa prudence habituelle sur l'annonce des visites de dirigeants étrangers. Malgré ce contraste de styles, le ministère chinois des Affaires étrangères a affirmé cette semaine que la diplomatie entre chefs d'Etat jouait un «rôle stratégique irremplaçable dans les relations sino-américaines».
La visite de Trump en Chine, prévue jusqu'au 15 mai, sera la première d'un président américain depuis celle que le dirigeant républicain avait lui-même effectuée en 2017. Il avait alors bénéficié d'un traitement qualifié par les autorités chinoises de visite d'Etat «plus», avec réception privée autour d'un thé dans la majestueuse Cité interdite – l'ancienne résidence des empereurs.
La fin des illusions
Sa visite cette semaine devrait comprendre une étape au Temple du Ciel, autre site emblématique de Pékin, ainsi qu'un banquet d'Etat. Mais les analystes doutent que le faste soit le même qu'il y a neuf ans. Depuis 2017, la Chine a compris que si «flatter son ego (...) lui plaît, cela ne l'empêche pas de changer rapidement d'attitude envers la Chine», explique Wu Xinbo, directeur du Centre d'études américaines de l'université Fudan à Shanghai.
En 2017, les médias d'Etat chinois présentaient la «diplomatie personnelle» entre les deux leaders comme «ouvrant une nouvelle phase de coopération pragmatique et de diplomatie entre grandes puissances», rappelle dans une note Bert Hofman, chercheur à l'Université nationale de Singapour. Mais le durcissement de la politique chinoise de Trump durant son premier mandat, suivi d'une guerre commerciale agressive au début du second, a dissipé les illusions de Pékin.
Le discours de la Chine «sous l'ère Trump en 2025-2026 est moins romantique quant à l'alchimie entre dirigeants (contrairement à Donald Trump, qui continue d'évoquer son amitié avec Xi)», écrit Bert Hofman. Cependant, si l'entente entre les deux hommes ne peut pas, à elle seule, transformer les relations bilatérales, elle pourrait «éviter un déraillement, rouvrir des canaux de communication et aboutir à des arrangements tactiques», nuance-t-il.
«Une relation chaleureuse»
La Chine a récemment déroulé le tapis rouge à de nombreux dirigeants étrangers. Le président russe Vladimir Poutine et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un figuraient parmi les invités accueillis avec faste en septembre à Pékin lors d'un défilé militaire. Le président français Emmanuel Macron a lui aussi bénéficié d'entretiens prolongés avec Xi Jinping en décembre.
John Gong, professeur à l'Université du commerce international et de l'économie à Pékin, «pense qu'il existe sincèrement une forme de relation chaleureuse» entre les deux chefs d'Etat et qu'ils «s'entendent réellement très bien». Les deux hommes se sont vus pour la dernière fois en octobre, en marge d'un sommet régional en Corée du Sud. Ils ont convenu d'une trêve d'un an dans leur guerre commerciale.
Xi Jinping et son épouse devraient se rendre à leur tour à Washington cette année, selon la Maison Blanche. Des sommets internationaux pourraient leur donner d'autres occasions d'interagir en 2026. Celui de cette semaine se déroulera dans l'ombre de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran, qui s'ajoute à une longue liste de différends entre Pékin et Washington.
Malgré le temps qu'ils doivent passer ensemble cette semaine, les attentes concernant d'éventuels accords doivent rester «modestes», estime Wendy Cutler, vice-présidente de l'organisation américaine Asia Society Policy Institute, dans un podcast. «Pour chacun des deux dirigeants, vouloir stabiliser la relation est une démarche cohérente» lors de cette visite, a-t-elle souligné.