A Pékin avec Xi Jinping
Ces 5 questions chinoises que Trump aura du mal à supporter

Le président des Etats-Unis veut presser Xi Jinping d'ouvrir davantage son marché aux entreprises américaines. Mais au vu de la situation dans le Golfe persique, c'est plutôt son homologue chinois qui devrait exiger des concessions.
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Le président des Etats-Unis est attendu à Pékin ce 13 mai au soir pour une visite officielle de deux jours.
Photo: keystone-sda.ch
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Richard WerlyJournaliste Blick

Donald Trump l'a redit avant d'embarquer pour la Chine dans son avion présidentiel, «Air Force One». Il a de nombreuses questions à poser à son homologue chinois Xi Jinping, et il entend bien obtenir des réponses, notamment pour obtenir davantage d'accès pour les compagnies américaines au marché chinois. Mais quid des interrogations de Xi Jinping? Le chef de l'Etat chinois a aussi en réserve des questions qui feront mal à Trump. Surtout ces cinq demandes…

A quand la fin du blocus du Golfe?

C'est la première question. Celle que Xi Jinping va marteler devant son homologue américain. Le blocus naval du golfe Persique a été décidé par Donald Trump le 13 avril. Il devait, à l'origine, permettre le passage des navires à destination et en provenance des ports du golfe Persique, interdisant seulement le détroit d'Ormuz aux cargos et tankers qui commercent avec l'Iran. 

Problème: tout a déraillé et, aujourd'hui, personne ne passe. Entre 80 et 100 navires battant pavillon chinois ou appartenant à des sociétés chinoises sont bloqués dans le Golfe avec leurs équipages. La question du détroit pose, bien sûr, celle du ravitaillement en pétrole. Plus de 80% des exportations d'or noir iranien étaient à destination de la Chine avant la guerre. Alors, c'est pour quand, la fin de ce blocus?

Quelle solution en vue avec l'Iran?

Là aussi, la question fera mal. Car ce qui frappe, après plus de deux mois d'hostilités entre les Etats-Unis, Israël et l'Iran, c'est l'absence de solutions en vue. Les dernières propositions de Téhéran, reçues par Washington, ont été catégoriquement rejetées par Trump lundi 12 mai. Ce dernier a même affirmé qu'elles étaient bonnes «à mettre à la poubelle». Réaction immédiate: le pouvoir iranien a écarté, le lendemain, l’idée d’amender son plan pour mettre durablement fin à la guerre.

Quel jeu joue la Chine dans tout cela? Celui d'un allié de l'Iran qui, pour l'heure, ne lâche pas le régime au pouvoir. Pour rappel, après des siècles de relations commerciales et diplomatiques entre les Empires perses et chinois successifs, les relations entre la République populaire de Chine et l’Iran ont démarré en 1971. Le Shah d’Iran avait alors reconnu le pouvoir chinois. Puis, à partir des années 1980, Pékin a aidé Téhéran à contourner les différents embargos. Les entreprises chinoises sont présentes dans le pays dans le secteur pétrolier, les infrastructures (comme le métro de Téhéran), ou encore le nucléaire civil.

Quelles contreparties maritimes pour Pékin?

Taïwan sera en arrière-plan des discussions, mais il est peu probable que le sort direct de l'île soit directement évoqué. Il est, en revanche, capital pour la Chine d'avoir plus de visibilité en mer. Celle-ci mène en effet, en plus des provocations contre Taïwan, des incursions régulières, avec sa marine de guerre de mieux en mieux équipée, dans les eaux territoriales de pays voisins comme les Philippines, le Vietnam, l'Indonésie ou la Malaisie. Pourquoi parler de «contreparties maritimes»? 

Parce que la Chine fait chaque jour, dans sa zone d'influence, du détroit de Taïwan à la mer de Chine du Sud, des entorses graves au droit international. Pour Pékin, le blocus américain dans le golfe Persique, unilatéral et uniquement destiné à faire plier l'Iran, est donc une forme de jurisprudence. Si les intérêts vitaux de la Chine sont menacés, sa marine pourra prendre des initiatives similaires au détriment des alliés des États-Unis dans la région. Possible?

La guerre des tarifs douaniers, jusqu'où?

Il y a un an, une trêve commerciale a été conclue à Genève entre les Etats-Unis et la Chine, confirmée en octobre. Depuis, les négociations commerciales se poursuivent entre les deux premières puissances mondiales, comme le prouve un dernier round qui s'est achevé ce mercredi en Corée du Sud. Ces discussions ont eu lieu à l'aéroport d'Incheon, près de Séoul, en présence du secrétaire au Trésor Scott Bessent et du vice-Premier ministre chinois He Lifeng, pile au moment où de fortes tensions inflationnistes se font sentir aux Etats-Unis.

Pékin a accepté de suspendre l'interdiction d'exporter des terres rares contre une réduction partielle des tarifs américains, qui sont actuellement en moyenne de 29,3%, avec des menaces de surtaxes supplémentaires, notamment sur les véhicules électriques. L'un des enjeux des discussions est aussi le sort des «petits colis» d'une valeur inférieure à 800 dollars. L'administration américaine, qui envisageait de les taxer à 120%, impose depuis le 14 mai 2025 une taxe de 54 % de la valeur ou, au choix, une taxe forfaitaire de 100 dollars.

Quel avenir pour TikTok?

La bonne question sera plutôt, de la part de Xi Jinping : quel avenir aux Etats-Unis pour ByteDance, la multinationale numérique chinoise qui contrôle TikTok et qui en a perdu le contrôle outre-Atlantique? Fondée en 2012 et basée aux îles Caïmans, cette firme a dû accepter un accord transférant la propriété du très populaire réseau social (inaccessible en Chine, où son alter ego se nomme Douyin) à une nouvelle coentreprise appelée TikTok USDS Joint Venture LLC, majoritairement détenue par des investisseurs américains comme Oracle, Silver Lake et MGX. Or, derrière ce «deal» se cache un bras de fer numérique sino-américain. Preuve de l'importance du sujet, le milliardaire Elon Musk et Tim Cook, le PDG d'Apple, seront aux côtés de Trump à Pékin.

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