Cette semaine, le monde a les yeux rivés sur Pékin: le président américain Donald Trump rencontrera le président chinois Xi Jinping de mercredi à vendredi. A l'ordre du jour: les questions épineuses de la politique internationale, de l'escalade des tensions commerciales aux armes nucléaires et au rôle de la Chine dans la guerre en Iran, en passant par la question cruciale de Taïwan.
Tous deux poursuivent le même objectif – la domination mondiale – mais adoptent des stratégies radicalement différentes. Tandis que Donald Trump tente d'imposer le respect par des droits de douane punitifs et des menaces militaires, Xi Jinping mise sur trois atouts bien plus subtils. Et avec succès: la stratégie chinoise contraint aujourd'hui les Etats-Unis à répliquer.
La Chine gagne du terrain
Cette rencontre à Pékin constitue un test de force entre deux systèmes profondément méfiants l'un envers l'autre, mais indissociables. Le commerce et la technologie ont inextricablement lié les superpuissances.
Aucune avancée majeure n'est attendue, mais des signes prudents de stabilisation sont espérés. Les discussions pourraient permettre un apaisement du différend commercial, l'ouverture de nouveaux canaux de dialogue sur les technologies de pointe et une coordination minimale dans des zones de crise comme le Moyen-Orient.
Pendant longtemps, les Etats-Unis ont eu le dessus grâce à leur supériorité économique et militaire. Mais la situation s'est inversée. A l'automne dernier, Trump a dû faire marche arrière sur sa menace de droits de douane de 100%. Le constat est douloureux: l'économie américaine est trop dépendante de la Chine pour que Pékin se mette à genoux.
Depuis le retour de Trump à la Maison Blanche et ses secousses sur la structure du monde, la Chine a massivement gagné du terrain. Son imprévisibilité fait directement le jeu de la stratégie à long terme de Xi Jinping.
Atout n° 1: le calcul militaire plutôt que la poudre aux yeux
Alors que les Etats-Unis demeurent la première puissance militaire mondiale, ils dépensent leurs ressources dans la guerre contre l'Iran, tandis que la Chine se réarme discrètement. Des figures importantes du Parti démocrate américain, comme Mark Kelly et Ted Lieu, tirent la sonnette d'alarme: «Il est alarmant de constater à quel point nos stocks se sont réduits», avertit Mark Kelly, faisant référence à la pénurie de munitions qui se profile.
Les Etats-Unis seraient incapables de se défendre en cas d'attaque prolongée. Le soutien à Taïwan en cas d'attaque chinoise ne serait pas non plus garanti.
La Chine, en revanche, ne mène pas ses propres guerres. Mais elle continue de fournir des armes et peut apprendre, en observant l'Ukraine et l'Iran, comment les conflits se déroulent aujourd'hui. De grands progrès ont été récemment réalisés dans le développement des systèmes de missiles et de défense aérienne, dans les capacités cyber et spatiales et dans l'intégration de l'IA au sein de l'armée. Un symbole fort de cet effort de rattrapage a été la mise en service, l'an dernier, du premier porte-avions entièrement conçu et fabriqué en Chine.
Atout n° 2: l'ancre de la stabilité
La politique imprévisible de Donald Trump déstabilise les marchés mondiaux: un jour il impose des droits de douane, le lendemain il les retire; il annonce des pourparlers de paix avec l'Iran avant d'évoquer ensuite une attaque. En seulement un an, il a profondément bouleversé l'ordre mondial. A l'inverse, Xi Jinping incarne une approche fondée sur le long terme: le Parti communiste chinois raisonne sur des décennies, et non sur des cycles électoraux de quatre ans.
Cette fiabilité attire: ces derniers mois, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Allemagne, de la France, de la Grande-Bretagne, de l'Espagne, de la Finlande, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l'UE se sont donné la main à Pékin pour resserrer leurs liens. Mais la proximité diplomatique a un prix: quiconque commerce avec la Chine s'engage dans un système de dépendance calculée et ferme souvent les yeux sur de nombreuses violations des droits humains.
Atout n° 3: l'entrave subtile
Alors que Trump mise sur les menaces, la Chine agit avec des moyens financiers concrets. En effet, Pékin investit massivement dans les chemins de fer, l'énergie et les ports à travers le monde. Cette stratégie aussi porte ses fruits: selon l'institut australien Lowy, les 75 pays les plus pauvres du monde devront rembourser à la Chine la somme record d'environ 19,4 milliards d'euros cette année.
Il est peu probable que Pékin voie un jour la couleur de cet argent, mais là encore, ce n'est pas le projet. L'objectif est d'obtenir la docilité politique par le biais d'entraves financières.