Budapest célèbre la victoire de l'opposant Peter Magyar
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Joie en Hongrie:Budapest célèbre la victoire du rival d'Orbán

Orban largement battu
Trump et Poutine ont tout perdu en Hongrie (et ils sont furieux)

Les présidents russes et américains pouvaient compter sur Viktor Orban pour contrer les avancées de l'Union européenne et l'aide à l'Ukraine. Sa lourde défaite change la donne, y compris pour les autres partis nationaux populistes et europhobes.
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Peter Magyar, opposant en chef à Viktor Orban, a largement remporté les législatives du 12 avril.
Photo: keystone-sda.ch
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Richard WerlyJournaliste Blick

Inquiétude à Moscou. Déception à Washington. Après la très large victoire du parti Tsiza aux législatives du dimanche 12 avril en Hongrie, Donald Trump comme Vladimir Poutine vont commencer à faire leurs comptes. Viktor Orban, 62 ans, était leur allié au sein de l'Union européenne, au point d'être qualifié de «cheval de Troie» par les autres gouvernements de l'UE. Avec la Russie, le Premier ministre hongrois sortant avait noué des liens énergétiques et politiques étroits, bloquant les aides européennes à l'Ukraine et refusant de livrer des armes à Kiev. Avec les Etats-Unis, Viktor Orban jouissait d'un statut d'allié privilégié, illustré par la visite du vice-président J. D. Vance les 7 et 8 avril, en pleine dernière ligne droite de la campagne électorale.

Et maintenant? Sur le papier, les deux parrains d'Orban ont tout perdu, ou risquent de tout perdre. Eurodéputé conservateur, membre du groupe du Parti populaire européen au Parlement de Strasbourg, le futur chef du gouvernement hongrois, Peter Magyar, 45 ans, entend rompre l'isolement dans lequel Orban avait placé son pays. La Commission européenne s'est d'ailleurs immédiatement félicitée de sa victoire, tout comme la plupart des 26 autres pays membres. La Hongrie bloquait les fonds alloués à l'Ukraine avec la complicité de la Slovaquie et de la République tchèque, toutes deux dirigées par des Premiers ministres proches de Moscou, ou plus exactement désireux de ménager la Russie. 

Il est très probable que cette alliance à trois va se disloquer. L'intérêt de Peter Magyar, s'il veut obtenir le déblocage rapide des fonds communautaires alloués à son pays et gelés par Bruxelles – en raison des atteintes à l'Etat de droit et de la mise en cause de l'indépendance de la justice –, est de lever son veto aux aides à l'Ukraine. En maintenant sans doute, toutefois, son opposition aux livraisons d'armes par son pays.

Attendre ou pas

La question, pour Trump comme pour Poutine, est donc de savoir ce qu'ils peuvent faire face à ce tournant défavorable. La première option est celle de l'attente. La Russie dispose notamment d'une arme incontournable : son pétrole et son gaz, que la Hongrie continue d'importer après avoir obtenu une dérogation de Bruxelles. L'hiver 2026 sera-t-il celui de la rupture avec les hydrocarbures russes? Ou va-t-on, au contraire, voir Peter Magyar se rendre à Moscou, avec l'assentiment des Européens, pour négocier une poursuite des approvisionnements? 

Le Kremlin n'a, pour l'heure, pas intérêt à précipiter les choses. Les slogans anti-russes ont été scandés à Budapest, lors de la nuit électorale. L'opinion hongroise est chauffée à blanc contre les ingérences de Moscou. La mise en accusation d'oligarques hongrois enrichis par l'argent russe pourrait être imminente. Mieux vaut, dès lors, attendre pour voir, d'autant que la Hongrie n'est de toute façon pas disposée à offrir une quelconque assistance militaire aux Ukrainiens.

Donald Trump est dans une position différente. Il ne vient pas seulement de perdre, avec la défaite d'Orban, un agent déstabilisateur au sein de l'UE, mais aussi une tête de pont et un rassembleur. Le tribun Orban s'est imposé, ces dernières années, comme l'épicentre européen du mouvement MAGA (Make America Great Again). Chaque année, la conférence CPAC des ultra-conservateurs se tenait à Budapest et offrait une tribune de choix aux ténors MAGA tels que Steve Bannon ou J. D. Vance. 

C'est ce maillon qui vient de lâcher, à un moment où les États-Unis cherchent, précisément, à rameuter leurs alliés pour rouvrir le détroit d'Ormuz. La Hongrie ne sera plus, avec Peter Magyar, cet allié «les yeux fermés» à qui Washington peut dicter sa loi. Le futur chef du gouvernement risque, au contraire, de faire comprendre aux Américains que les temps ont changé. Qui, pour succéder à Orban comme chef de file des nationaux-populistes européens? La question va vite se poser.

Profiter du vide

Tout va dépendre, enfin, de la capacité de l'Union à profiter du vide laissé par le départ annoncé d'Orban et des siens. A priori, la première visite officielle du nouveau Premier ministre hongrois sera pour Bruxelles, à moins que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ne le précède en venant à Budapest. A moins que les deux attendent de se rencontrer au prochain sommet informel européen à Chypre, les 23 et 24 avril. 

D'ici là, deux questions sont posées: quelles seront les premières réformes «illibérales» de Viktor Orban que le nouveau gouvernement va abroger, fort de ses 138 députés sur 199 au Parlement? Et à quel rythme la Commission peut-elle débloquer les fonds gelés, pour permettre à l'ex-opposition de transformer l'essai de sa victoire électorale? Près de vingt milliards d'euros de fonds structurels sont en jeu, plus 17,5 milliards d'euros consacrés à l'industrie de défense. Si cette manne communautaire se confirme, Peter Magyar aura, d'emblée, des moyens pour contrer la soi-disant «générosité» de Trump et Poutine.

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