Orban réélu ou pas?
Pourquoi le sort de l'Europe se joue ce dimanche en Hongrie

Si Viktor Orban est reconduit ce dimanche à l'issue des législatives en Hongrie, son veto au sein de l'Union européenne deviendra de plus en plus compliqué à lever. Une crise majeure ne pourrait plus être exclue.
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Viktor Orban dirige la Hongrie sans interruption depuis 2010.
Photo: Anadolu via Getty Images
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Richard WerlyJournaliste Blick

Viktor Orban sera-t-il, les 23 et 24 avril, l'homme qui imposera sa loi au sein de l'Union européenne (UE)? Durant ces deux jours, un Conseil européen, l'instance qui réunit les chefs d'Etat ou de gouvernement de l'Union, se tiendra à Chypre.

Le menu de ce sommet informel sera avant tout diplomatique, économique et géopolitique. Il s'agira, pour les 27, de décider, entre autres, s'ils acceptent d'intervenir aux côtés des Etats-Unis pour rouvrir le détroit d'Ormuz. 

Mais un autre sujet décisif sera au menu: l'aide financière européenne promise à l'Ukraine et bloquée par le Premier ministre hongrois. Pas moins de 90 milliards d'euros doivent être débloqués pour Kiev. Ils sont essentiels pour faire fonctionner le pays et financer les achats d'armes indispensables à sa défense. Viktor Orban avait, en décembre, accepté de ne pas s'opposer à ce plan d'aide, avant de se rétracter, sur fond de campagne électorale dans son pays, où l'on vote ce dimanche 12 avril pour des législatives.

Seize ans au pouvoir

Si Orban est réélu une fois de plus, après seize ans au pouvoir sans interruption, sa volonté de bloquer l'aide à l'Ukraine sera probablement renforcée. Pour lever son veto, le chef du gouvernement national-populiste exigera à coup sûr des concessions supplémentaires de la Commission européenne sur deux dossiers financiers.

Le premier concerne les fonds structurels destinés à la Hongrie dans son budget 2020-2027, dont une partie demeure bloquée pour entrave à l'indépendance de la justice et à l'Etat de droit. Le second concerne le déblocage de 17 milliards d'euros alloués à la Hongrie pour son industrie de défense, dans le cadre du réarmement européen. 

Donnant-donnant: un Viktor Orban victorieux sera encore plus exigeant. Et l'on voit mal Bruxelles risquer une crise majeure, en pleine tempête économique mondiale provoquée par la guerre dans le Golfe persique.

Si Orban est battu – il faudra alors voir si son opposant Peter Magyar obtient ou non la majorité absolue des sièges au Parlement –, une nouvelle donne s'installera. Le chef de l'opposition, ancien du Fidesz (le parti d'Orban) et député européen conservateur, est un homme de droite. Mais il a répété durant sa campagne qu'il coopérera avec Bruxelles. Le veto hongrois serait dès lors levé, mais là aussi, des conditions seront posées.

Blocage institutionnel

La bonne nouvelle communautaire sera, en revanche, que le système institutionnel ne sera plus pris en otage par la Hongrie, pays de 9,5 millions d'habitants, avec le soutien de deux pays alliés hostiles à l'aide à l'Ukraine: la Slovaquie et la République tchèque. 

La question du veto hongrois commence en effet, au sein de l'UE, à alimenter l'idée d'une expulsion possible de la Hongrie si celle-ci persiste à tout bloquer. Il s'agirait alors d'une crise majeure, presque existentielle pour l'UE. Dans son article 50, l'actuel traité européen prévoit le retrait volontaire d'un pays de l'Union. Celle-ci n'a, en revanche, pas prévu l'expulsion d'un État membre.

Autre conséquence attendue des élections législatives hongroises: le vent qui soufflera, positif ou négatif, sur les forces national-populistes européennes. Viktor Orban joue depuis des années le rôle de catalyseur de ces partis europhobes. Chaque année, Budapest accueillait le CPAC, la conférence d'action politique conservatrice, où venaient s'exprimer les leaders de ces partis, comme Marine Le Pen pour la France.

Le CPAC était aussi, pour le mouvement MAGA (Make America Great Again) de Donald Trump, l'occasion d'infuser en Europe. C'est d'ailleurs pour cette raison que le vice-président des Etats-Unis, JD Vance, s'est rendu en Hongrie la semaine dernière pour soutenir Orban et y affirmer que « Bruxelles veut détruire » son pays. 

Une nouvelle victoire du Premier ministre sortant démontrerait par conséquent que la vague Trump reste performante sur le sol européen. A l'inverse, sa défaite prouverait que l'atout Trump n'est plus une carte politique décisive dans le jeu des partis national-populistes.

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