Un commentaire de Richard Werly
N'enterrons pas trop vite Orbán!

La défaite du national-populiste Viktor Orbán va permettre à l'Union européenne de reprendre son fonctionnement normal. Mais ce que le premier ministre battu laisse derrière lui ne va pas disparaitre, estime notre journaliste Richard Werly.
Viktor Orbán a perdu. Mais ce qu'il laisse derrière lui ne va pas disparaitre, estime notre journaliste Richard Werly.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Viktor Orbán est donc tombé. Après seize années de pouvoir ininterrompues, le Premier ministre hongrois a concédé sa défaite, et il faut s’en féliciter.

A Budapest, beaucoup redoutaient que le chantre de la démocratie « illibérale » et des «patriotes pour l'Europe» cherche à empêcher l’alternance en cas de victoire de son opposant, Peter Magyar, qui fut autrefois l’un de ses compagnons de route. Sauf surprise, ce ne sera pas le cas. La Hongrie, et c'est tant mieux, a donc démontré dans les urnes qu’elle est une démocratie européenne à part entière. La preuve que, 22 ans après, le douloureux et compliqué élargissement de l’Union européenne (UE) aux anciens pays de l’Est demeure, malgré les difficultés, une incontestable réussite politique.

Est-ce à dire que la page Orbán est tournée? Et que le ressentiment de nombreux Hongrois envers Bruxelles, mais aussi envers l’aide à l’Ukraine ou la politique migratoire de l’UE, va naturellement se dissiper ? Non. L’enjeu de ce scrutin, marqué par une participation record, a d’abord été l’usure du pouvoir, la corruption et le basculement de Viktor Orbán dans le camp de l’autoritarisme, version Poutine ou Trump.

Le règne des oligarques

Un autre facteur de désaffection pour le Premier ministre sortant a été sa politique économique. A force de faire des concessions à la Chine, de courtiser Moscou et de confier tous les leviers de commande du pays à des oligarques, Viktor Orbán a enfoncé son pays de 9,5 millions d’habitants dans une fausse prospérité.

L’inflation s’est installée. Le tourisme bon marché a pris le dessus. Les aides européennes, indispensables à la modernisation des infrastructures, ont cessé d’arriver. Les régions rurales sont restées enclavées. Le levier que constitue l’intégration communautaire a bien moins fonctionné en Hongrie qu’en Pologne ou en République tchèque.

La question, maintenant, va être pour le nouveau pouvoir de démontrer qu’une autre Hongrie est possible. Et que l’inclinaison de la jeunesse hongroise vers l’ouest de l’Europe ne conduit pas nécessairement à un exode des cerveaux et des talents. Autre priorité: savoir négocier au mieux la levée des vétos que Viktor Orbán utilisait tous azimuts pour bloquer une UE qu’il comparait scandaleusement à l’Union soviétique.

National-populisme

Le pire, pour la Hongrie, serait en effet que Bruxelles, tellement soulagée de la défaite de son meilleur ennemi, se mette à imposer ses recettes et ses vues sur un pays où le national-populisme s’est enraciné. Le pire serait maintenant de faire la leçon aux Hongrois, et d’oublier que leurs peurs, par exemple en matière d’immigration, s’enracinent dans une longue histoire. Idem pour leurs réticences envers l’aide illimitée à l’Ukraine.

Un réapprentissage mutuel est nécessaire, et les médias indépendants ou les réseaux sociaux ont en ce sens un rôle majeur à jouer. La Hongrie, la Commission européenne et les 26 autres pays membres doivent, en quelque sorte, réapprendre à converger.

Enterrer trop vite Viktor Orbán serait une grave erreur. En presque deux décennies de pouvoir, ce tribun a façonné son pays et galvanisé les partis nationaux-populistes européens. Ce sont des réponses, et non des anathèmes, que le nouveau gouvernement hongrois, aidé par l’Union européenne, va devoir maintenant apporter s'il veut refermer cette parenthèse.

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