Il l’a fait. Avec une participation record de 78% et une majorité attendue des deux tiers des députés, Peter Magyar a réussi à faire mordre la poussière à l’indéboulonnable Viktor Orban (62). Après seize années de pouvoir, le Premier ministre hongrois a admis sa défaite dimanche 12 avril vers 21h, téléphonant à son opposant. La mobilisation massive des électeurs, compris dans les régions rurales pro Orban, a payé pour le parti d’opposition «Respect et liberté». Ces cinq premières leçons peuvent déjà être tirées d’un scrutin historique pour la Hongrie, ses 9,5 millions d’habitants et pour l’Union européenne, avec l’aide à l’Ukraine dans la ligne de mire.
La démocratie l’a emporté
Le terme de «démocratie illibérale» était régulièrement utilisé pour désigner la pratique du pouvoir par Viktor Orban depuis l’élection de 2010, suivie de quatre mandats successifs. En clair: le Premier ministre sortant a progressivement mis les institutions étatiques au service de son parti, le Fidesz, ce qui lui a valu d’être poursuivi par la Commission européenne devant la Cour de justice de Luxembourg pour atteintes à l’Etat de droit et à l’indépendance de la justice. Au final, la démocratie l’a toutefois emporté dans les urnes. «Nous avons libéré la Hongrie» a déclaré Peter Magyar. Mieux: le parti Tisza devrait disposer des deux tiers des députés, donc d'une majorité absolue qui lui donnera les moyens de gouverner, de modifier la constitution et d'abroger certaines réformes controversées. La campagne électorale, très tendue, avait été marquée, à la fin, par l’intervention du vice-président des Etats-Unis, JD Vance. Washington avait promis une liste de «cadeaux» économiques et énergétiques à la Hongrie si Orban sortait gagnant. Donald Trump peut remballer ses promesses d’aide.
La Hongrie reste à droite
Il ne faut pas se méprendre. Peter Magyar (45) est un conservateur, et sa politique familiale et sociétale ne sera pas très différente de celle de Viktor Orban. Idem sur l’immigration en provenance des pays musulmans et africains, que son gouvernement va sans doute continuer de rejeter. Durant la campagne, en tout cas, ses discours se sont surtout focalisés sur la jeunesse hongroise, sur l’économie (minée depuis le Covid par une forte inflation) et sur la lutte contre la corruption et le népotisme. Va-t-il, comme il l’a promis, ouvrir des enquêtes contre l’entourage de Viktor Orban, ce qui pourrait conduire à l’arrestation d’oligarques? A voir. Il faut se souvenir que Peter Magyar vient du Fidesz et que son ex-femme était une ministre de la Justice de Viktor Orban. Pas sûr que le nouveau chef du gouvernement veuille ouvrir la boîte de Pandore, qui conduirait à des règlements de comptes.
Poutine perd un allié
Viktor Orban, Premier ministre d’un pays membre de l’OTAN, s’est considérablement rapproché, ces dernières années, de Vladimir Poutine. Un rapprochement justifié, selon lui, par la nécessité de continuer à s’approvisionner en gaz et en pétrole russes. L’Union européenne a d’ailleurs concédé à la Hongrie des dérogations pour poursuivre ses importations énergétiques. Que va faire Peter Magyar ? Il est trop tôt pour le dire, mais le vainqueur du scrutin a multiplié, durant sa campagne, les attaques contre Moscou, accusé d’avoir interféré dans le scrutin. Orban était le cheval de Troie du Kremlin. Il multipliait les attaques contre l’Ukraine en guerre et avait fait de Volodymyr Zelensky son bouc émissaire. Son parti, le Fidesz, a diffusé durant la campagne un clip vidéo mensonger affirmant que les jeunes hommes hongrois seraient bientôt mobilisés pour combattre sur le front ukrainien. Cette désinformation à grande échelle a échoué face à la volonté de changement.
Zelensky gagnant, Trump perdant
L’atout Trump ne semble plus valoir grand-chose dans les urnes européennes. Avec la guerre en Iran et la menace de chaos économique mondial, le président des Etats-Unis ne représente plus l’attraction politique qu’il constituait au lendemain de son élection, le 6 novembre 2024. La preuve? La présence à Budapest du vice-président JD Vance, qui a passé un coup de téléphone à Trump lors d’un meeting pro-Orban, n’a eu aucun effet. A l’inverse, cette élection montre que les Hongrois comprennent les enjeux de la guerre en Ukraine. Zelensky n’est pas aimé en Hongrie, mais il sort gagnant de ce scrutin, car son pays va recevoir les aides européennes promises. A court terme, ces législatives sont une bonne nouvelle pour Kiev. Mais attention: les relations entre les deux pays resteront épineuses avec, parmi les sujets difficiles, celui de la minorité hongroise en Ukraine.
Bruxelles va respirer
«Le cœur de l’Europe bat plus fort en Hongrie.» Cette première déclaration de la présidente de la Commission européenne, après la victoire de l’opposant Peter Magyar, démontre son soulagement. A Bruxelles, les blocages à répétition de Viktor Orban, en particulier son veto au déblocage du prêt de 90 milliards d’euros accordé en décembre à l’Ukraine par l’Union, menaçaient de paralyser les institutions. Le déblocage des derniers fonds structurels destinés à la Hongrie et gelés par Bruxelles interviendra sans doute lorsque des lois adéquates auront été votées. Idem pour le versement des 17,5 milliards d’euros promis pour l’industrie de défense hongroise. Reste maintenant à savoir si le nouveau chef du gouvernement disposera d’une majorité absolue sur les 199 sièges du Parlement. Une force politique sort, en tout cas, renforcée de ce scrutin: le Parti populaire européen, la formation conservatrice dirigée par l’Allemand Manfred Weber. Peter Magyar, aujourd’hui eurodéputé hongrois, en fait partie, tout comme la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.