Drone russe en Roumanie
Les Européens ont blessé l'ours Poutine, attention danger!

Si le tir d'un drone russe sur la Roumanie devait se confirmer, la preuve d'un risque d'escalade entre les Européens et Moscou sera apportée. Logique: l'ours Poutine est blessé. Et il rugit face à l'Ukraine.
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Vladimir Poutine est comme un ours blessé. C'est en tout cas ce que pensent de plus en plus les Européens.
Photo: Alexander Nemenov/Pool AFP via AP
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Richard WerlyJournaliste Blick

«Nous avons réussi notre mission: l’économie européenne est désormais presque complètement déconnectée de la Russie.» Cet expert bruxellois des sanctions de l’Union européenne contre Moscou s’avoue satisfait. Pour lui, les actes de provocation russes envers les pays de l’UE, comme la Roumanie, sur laquelle un drone russe se serait écrasé, sont la preuve de cette réussite.

Son argument: l’ours Poutine est blessé et le danger est donc maximal après plus de quatre années de guerre en Ukraine. «L’une de nos grandes réussites est d’avoir convaincu les pays d’Asie centrale, comme le Kazakhstan ou l’Ouzbékistan, de mettre un terme au contournement de nos sanctions concernant les pièces de rechange ou les composants à usage civil ou militaire. Nous pouvons aussi compter aujourd’hui sur une bien meilleure coopération d’un pays comme les Emirats arabes unis, où 3000 entreprises russes avaient été créées en une seule journée après l’assaut contre Kiev du 24 février 2022. La coopération de la Suisse est aussi exemplaire. C'est trés important de pouvoir compter sur Berne.»

Plus de véto hongrois

Il nous est impossible d’identifier cette source bruxelloise, très bien informée sur les vingt paquets de sanctions déjà adoptés par l’UE et sur le vingt-et-unième en préparation. Maintenant que la Hongrie n’est plus dirigée par le Premier ministre prorusse Viktor Orbán, l’étranglement économique de la Russie va pouvoir se poursuivre et s’intensifier. Le nouveau chef du gouvernement à Budapest, Péter Magyar, doit le confirmer ce vendredi 29 mai lors de sa première rencontre avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Plus de risque de veto hongrois! «Chaque nouveau paquet de sanctions resserre l’étreinte. Tous les indicateurs critiques de l’économie russe sont au rouge. Le déficit se creuse. L’inflation augmente. Les banques redoutent de ne pas pouvoir obtenir le remboursement des prêts forcés consentis aux entreprises d’armement qui tournent à plein régime, poursuit notre interlocuteur. Le seul point positif pour Poutine est la hausse des prix du pétrole. On s’acheminait, avant la guerre contre l’Iran, vers un baril à 30 dollars. Il est maintenant proche des 100 dollars. Mais là aussi, les sanctions font mal: les capacités d’exportation du pétrole russe sont limitées par nos mesures visant la flotte fantôme de pétroliers immatriculés dans des pays tiers.»

Soutien de la Chine

Attention danger, donc. Le risque est que Vladimir Poutine, soutenu par la Chine où il vient d’effectuer une visite officielle et de réaffirmer l’amitié entre les deux pays, provoque les Européens, dont il connaît lui aussi l’immense fragilité économique. Son objectif? «Provoquer une négociation dans des termes qui lui seraient favorables, complète notre source. Selon nos estimations, le volume des exportations russes, tous produits confondus, a diminué de 75% par rapport à 2022. Le problème n’est pas de savoir si la Russie peut tenir. Elle le peut, aucun doute là-dessus. La question est de savoir quel prix elle doit payer pour cette folle aventure guerrière.»

Or le filet des sanctions est de moins en moins troué, selon Bruxelles. «Chaque nouveau paquet permet de combler des failles. Les Etats membres identifient de nouvelles personnes à sanctionner. Les services de la Commission travaillent en priorité sur les structures commerciales fantômes. Nous sommes allés au Vietnam, dans les pays du Golfe et en Asie centrale. Nous nous sommes réparti les rôles: les capitales des Vingt-Sept se concentrent sur les individus, le service diplomatique européen sur les sociétés et les infrastructures, et la Commission sur les sanctions commerciales.»

Poutine étranglé

Poutine étranglé? En France, un indicateur ne trompe pas. Il s’agit des tribunes publiées par celle qui se comporte comme la défenseure en chef de la Russie: l’ancienne patronne de l’antenne francophone de Russia Today, Xenia Fedorova, désormais chroniqueuse pour les médias du groupe Bolloré. Cette dernière défend bec et ongles la position russe, parfois de façon encore plus offensive que l’ex-officier suisse Jacques Baud, sanctionné par l’Union européenne pour «propagande» après avoir été signalé par la France.

Une grande enquête publiée par Le Monde accuse Fedorova d’être une propagandiste zélée du Kremlin. Simultanément, des secousses politiques font trembler la Lettonie, où la Première ministre a démissionné à la mi-mai à la suite de l’incursion de drones ukrainiens dont le système de guidage aurait été brouillé par les Russes. Les analystes interprètent aussi le lancement récent sur l’Ukraine d’un missile Orechnik, capable d’emporter des têtes nucléaires, comme une manière d’informer les capitales européennes de la détermination russe, quoi qu’il advienne.

Est-il possible, dans ce contexte, d’imaginer une reprise des négociations, comme l’a suggéré Vladimir Poutine en avançant le nom de l’ancien chancelier allemand, très controversé, Gerhard Schröder, immédiatement rejeté à Bruxelles? Oui, selon le chercheur polonais Marek Menkiszak, du Centre d’études orientales de Varsovie.

Le missile Orechnik, la menace

«Aujourd’hui, Moscou considère les principaux Etats européens, notamment ceux du flanc nord-est de l’OTAN, comme le principal obstacle à une victoire en Ukraine. Cette perception s’est renforcée depuis la réduction du soutien militaire américain direct à Kiev. L’Union européenne et le Royaume-Uni portent désormais l’essentiel du soutien à l’Ukraine et de l’effort de sanctions contre la Russie (…) En utilisant le missile Orechnik, Poutine fait redouter aux Européens la question du contrôle des armements.»

En clair: continuer la guerre en Ukraine, c’est risquer de voir émerger une puissance militaire russe de plus en plus redoutable et agressive.

Dans une note, le chercheur polonais liste six raisons de ne pas reprendre les négociations avec Poutine. «Un retour au dialogue avec la Russie, surtout au plus haut niveau politique, aurait plusieurs conséquences négatives pour l’Europe», écrit-il. Selon lui, «les élites russes y verraient la preuve de l’échec des tentatives occidentales d’isoler la Russie. Moscou interpréterait cette reprise du dialogue comme un signe de faiblesse, de fatigue de guerre et de lassitude face aux sanctions au sein des sociétés européennes».

Sauf que l’inverse est vrai aussi : plus l’ours est blessé, plus il risque de commettre des attaques erratiques. La Russie de Vladimir Poutine se trouve aujourd’hui dans cette situation

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