Un commentaire de Richard Werly
Poutine veut tuer l'Ukraine, ne l'oublions jamais

Négocier avec la Russie? Les Européens y songent, poussés à la fois par la résistance ukrainienne et leurs nécessités énergétiques. Un réalisme logique qui ne doit toutefois jamais faire oublier les visées destructrices de Poutine, selon notre journaliste.
Vladimir Poutine reste fidèle à son objectif, estime Richard Werly.
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Richard WerlyJournaliste Blick

Reprise des pourparlers envisagée d’un côté. Pluie de frappes sur Kiev de l’autre, dont celle d’un missile Orechnik conçu pour porter une tête nucléaire. L’actualité de ces dernières heures entre les Européens et Vladimir Poutine à propos de l’Ukraine est absolument limpide. Le président russe reste, malgré les dévastations engendrées par la guerre qu’il a déclenchée le 24 février 2022, fidèle à son objectif. Pour lui, les Ukrainiens n’ont pas d’autre choix que mourir ou se soumettre. Impossible, donc, d’espérer du Kremlin autre chose qu’une politique de la terreur.

Les Européens, simultanément, reconnaissent la nécessité de reparler avec Moscou. Est-ce une faute au moment où la Russie demande aux diplomates de quitter Kiev pour échapper aux prochaines frappes? Non. Même les plus vaillants commandants ukrainiens, ceux qui infligent de lourdes pertes au pouvoir de Poutine grâce à leurs frappes de drones en profondeur sur le territoire russe, savent que ce conflit ne sera pas gagné uniquement par la force ou par la technologie. La Russie a prouvé, dans son histoire, qu’elle pouvait souffrir longtemps. Très longtemps. Et la population ukrainienne, épuisée, a besoin de retrouver le chemin d’une vie normale avec un horizon européen. Car c’est cet horizon qui fait aujourd’hui tenir les hommes et les femmes pilonnés au front, condamnés à vivre sous terre pour se protéger des drones et des bombes planantes.

Ce que les Européens peuvent obtenir

L’important, dans ces conditions, est désormais de savoir ce que les Européens peuvent obtenir s’ils acceptent de reparler au «tueur» Poutine, et quelles lignes rouges ils doivent fixer au moment où il n’est plus possible de compter sur les Etats-Unis de Donald Trump.

La première priorité des futurs négociateurs européens doit être de repositionner les termes du débat. L’Ukraine et son destin ne peuvent pas être les seuls sujets posés sur la table lorsque les pourparlers avec le Kremlin reprendront. L’Europe, compte tenu de la fermeture du détroit d’Ormuz et de la crise au Moyen-Orient, a besoin d’énergie. La Russie, de son côté, ne peut pas continuer à tout conditionner à la guerre néocoloniale qu’elle mène en Ukraine. Moscou et Bruxelles doivent s’entendre sur le périmètre d’un «reset» lorsque la question ukrainienne sera réglée. Il en va de l’intérêt économique et stratégique des deux parties.

Sécurité absolue de l’Ukraine

La seconde exigence européenne, immédiate celle-ci, doit être la sécurité future de l’Ukraine, dont Washington n’accepte plus d’être le bouclier. Poutine doit impérativement céder sur ce point. Les Ukrainiens ont plus que gagné le droit de vivre libres aux frontières de la Russie. Ils l’ont arraché avec leur sang. Aucune concession territoriale de Kiev – et il y en aura sans doute – ne doit être discutée sans que le droit de ce pays à exister et à se défendre soit reconnu par la Russie.

Troisième objectif: recréer une sphère commune de prospérité entre l’Europe et la Russie. Cela signifie que l’énergie doit être au cœur des discussions et que la très coûteuse reconstruction de l’Ukraine doit également être prise en compte. De ce point de vue, la proposition de Vladimir Poutine de confier les rênes d’une possible négociation à l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, aussi controversé soit-il pour sa proximité rémunérée avec Moscou, n’était pas si absurde. Mario Draghi, l’ancien président du Conseil italien à forte crédibilité financière, est un choix encore meilleur. Entre Bruxelles et Moscou, il faudra parler argent et bénéfices mutuels. L’économie russe est à genoux. Le moment s’y prête.

Un avenir possible

N’oublions jamais que Poutine veut détruire l’Ukraine. Il le démontre chaque jour, malgré la résistance acharnée et efficace des Ukrainiens. Pour espérer le dissuader, les Européens ont l’obligation de lui signifier qu’il existe, entre la Russie et l’Europe, un avenir possible au-delà des champs de bataille du Donbass.

Qui aura le courage de l’assumer, en pleine crise pétrolière mondiale et alors que les combats continuent de faire des milliers de morts?

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