Deuxième tour le 29 mars
Jean-François Thuillard galvanisé pour le Conseil d’Etat vaudois

C’est la surprise du premier tour à l’élection complémentaire au Conseil d’Etat vaudois: le candidat UDC Jean-François Thuillard est arrivé en tête devant le socialiste Roger Nordmann. A quelques jours du 29 mars, le député conservateur et agriculteur nous fait face.
Jean-François Thuillard est avant tout un travailleur de la terre, photographié avec ses génisses dans son fief familial.
Photo: Julie de Tribolet
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Antoine Hürlimann
L'Illustré

Demi-rictus aux lèvres et chaussettes aux pieds. Jean-François Thuillard nous ouvre sans chichi les portes de sa villa bâtie à l’entrée de Froideville (VD), son fief familial situé à 10 kilomètres au nord de Lausanne. Cordial et dynamique, le candidat de l’Union démocratique du centre (UDC) à l’élection complémentaire au Conseil d’Etat vaudois nous installe dans sa cuisine, ouverte sur le salon. Un vaste espace lumineux, réchauffé par un poêle à bois noir mat, offrant une vue panoramique sur les champs, la forêt avoisinante et les Alpes françaises.

Le sexagénaire a provoqué un petit séisme le 8 mars dernier en arrivant en tête au premier tour dans la course au siège laissé vacant par la socialiste Rebecca Ruiz. Un résultat surprenant qui aiguise la curiosité. Pendant qu’il prépare le café, nous observons son intérieur aux 50 nuances de gris: le mur en pierre apparente est grège, le sol est ardoise, le canapé est perle. L’ensemble est moderne, confortable, plutôt neutre. Une maison bourgeoise du Gros-de-Vaud comme il y en a beaucoup.

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Plus jeune, Jean-François Thuillard jouait de l'euohonium dans les abbayes du canton.
Photo: Julie de Tribolet

Notre photographe, Julie de Tribolet, prépare ses flashs tandis que l’agriculteur soutenu par le Parti libéral-radical (PLR) et le Centre pose trois tasses fumantes sur la table où traînent le quotidien 24 heures et Agri, l’hebdomadaire professionnel agricole de Suisse romande. Nous évoquons son naturel affable que même son adversaire socialiste Roger Nordmann nous a confié lui reconnaître. L’homme posé par ses partisans en rassembleur se marre: «A gauche, certains disent surtout que je suis trop sympathique et qu’il faudrait par conséquent se méfier.» Retourne-t-il le compliment à l’ancien chef du groupe du parti à la rose aux Chambres fédérales? «Roger et moi n’avons pas les mêmes idées, mais nous pourrions être copains, rétorque-t-il du tac au tac. On se voit beaucoup puisqu’on enchaîne les débats jusqu’au second tour qui aura lieu le 29 mars. On répète toujours la même chose et on a un peu l’impression d’être au théâtre. Ça nous amuse!»

Brigand au CV bien fourni

Cette ambiance bon enfant ne se retrouve malheureusement pas sur les réseaux sociaux, où tous les coups semblent permis. Des cadres UDC n’hésitent pas à y attaquer Roger Nordmann sur son physique. A gauche, des pointures partagent goulûment des montages dépeignant Jean-François Thuillard en gentil benêt mais dangereux pourfendeur de l’Etat social. Lui déplore ces attaques dignes d’une cour de récréation mais ne tremble pas: «Je ne vais plus sur Facebook pour garder l’esprit clair, glisse-t-il. Je ne me bats pas contre Roger Nordmann mais pour un projet. Plutôt que de me focaliser sur ce qui n’irait pas chez l’autre, je préfère parler des thèmes importants: la ruralité, l’aménagement du territoire, la fiscalité, la sécurité, la mobilité...»

Derrière cette habile posture du vieux sage affleure une vénérable carrière politique. Municipal depuis près d’un quart de siècle, syndic depuis 2016, élu en 2012 au Grand Conseil, qu’il a présidé l’année dernière, et deux fois candidat malheureux au Conseil national. Le fier brigand du Jorat peut s’appuyer dans sa lutte sur un CV bien fourni, dans lequel figurent par ailleurs l’élevage de ses génisses, qu’il nous a emmenés voir au volant de sa Mercedes noire d’occasion, et le travail de ses terres, sur lesquelles poussent du blé, du colza ou encore des tournesols.

«
On avait beau être sur scène toute la nuit, je n’ai jamais manqué la traite des vaches du matin
»

Son emploi du temps chargé ne l’a jamais empêché de cultiver sa passion viscérale pour les voyages. Des aventures aux quatre coins du monde que ce père de trois enfants, deux garçons et une fille, aime plus que tout partager avec sa femme. «A l’exception de l’Australie, je suis allé sur tous les continents», souffle le cador conservateur qui, durant sa jeunesse, finançait ses excursions à l’étranger grâce à sa pratique de l’euphonium (une sorte de tuba davantage mélodique) dans les abbayes du canton. «Jusqu’à la fin de ma vingtaine, j’étais très investi dans un orchestre, se souvient-il. On se produisait dans des bals chaque weekend.» Il sourit: «On avait beau être sur scène toute la nuit, je n’ai jamais manqué la traite des vaches du matin.»

Les qualités humaines indéniables du candidat UDC lui permettraient-elles de dissimuler un vrai visage largement moins bienveillant? C’est en tout cas la thèse soutenue par la gauche. A l’entendre, la majorité de droite ferait, derrière sa bonhomie de façade, «du Robin des bois à l’envers». Soit prendre aux pauvres pour donner aux riches. Une assertion à mettre en lien, notamment, avec l’initiative soutenue par Jean-François Thuillard voulant une baisse d’impôts de 12%.

Pour appuyer sa lecture mordante, le Parti socialiste a publié un florilège des votes au Grand Conseil du candidat agrarien: oui aux coupes budgétaires dans les hôpitaux régionaux; oui à la réduction de la subvention pour l’accueil de jour; oui aux coupes budgétaires pour l’Unil et les hautes écoles; oui aux coupes budgétaires dans les soins à domicile; oui aux coupes budgétaires au CHUV; non aux moyens supplémentaires pour l’enseignement en 1P et 2P et non à la Commission d’enquête parlementaire pour faire la lumière sur le scandale du bouclier fiscal.

«Je défends un équilibre»

Confronté à son bilan parlementaire, Jean-François Thuillard ne se débine pas. «La situation financière du canton est mauvaise et j’ai voté un train de mesures que je jugeais supportable pour freiner les coûts, explique-t-il. Contrairement à ce que mes adversaires essaient de faire croire, je ne suis pas un anti-Etat. Je suis néanmoins pour qu’il ne prélève que ce qui est nécessaire afin de garantir du pouvoir d’achat aux gens. Je pense qu’il est possible de faire des économies à l’intérieur des services, en ciblant une bureaucratie qui s’autoalimente, avant même d’envisager de toucher aux prestations délivrées à la population. Je défends un équilibre.»

Peut-il vraiment se positionner en funambule alors que son élection accoucherait d’un gouvernement composé de cinq élus de droite et de deux élus de gauche? Il grince des dents: «A Lausanne, il y a six élus de gauche pour un de droite au sein de l’exécutif et cela ne doit déranger personne. Par contre, si je brigue le siège abandonné en cours de législature par le Parti socialiste au Conseil d’Etat, il faut s’inquiéter de l’équilibre des sensibilités...» Il enchaîne: «En politique, comme dans la vie, des trains passent parfois sans que vous l’ayez prévu. Vous devez rapidement décider ou non d’y monter. J’ai fait mon choix. Et puis, concernant ce scénario du 5-2, la population aura l’occasion une année plus tard de redéfinir cette composition, si elle devait la juger déséquilibrée.»

Une manière à peine voilée de pousser sous le bus Valérie Dittli, conseillère d’Etat du Centre devenue membre encombrante de l’alliance de droite au fil des polémiques? Jean-François Thuillard est catégorique: «Je ne sais pas si elle compte se représenter ou non et je n’appelle pas à son départ. Aujourd’hui, et c’est tout ce qui compte, nous sommes unis pour proposer un vrai choix aux Vaudois.» Les urnes dévoileront le 29 mars prochain si le candidat UDC a réussi là où tous ses prédécesseurs depuis quinze ans se sont cassé les dents: récupérer le siège perdu par son parti en 2011 et le décès en exercice de son ministre Jean-Claude Mermoud.

Un article de «L'illustré» n°13

Cet article a été publié initialement dans le n°13 de «L'illustré», paru en kiosque le 26 mars 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°13 de «L'illustré», paru en kiosque le 26 mars 2026.

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