Le rapport de la délégation des commissions de surveillance du Grand Conseil vaudois était très attendu. Il a été rendu public ce lundi matin et ses conclusions sont accablantes pour la cheffe du Département de l’agriculture, de la durabilité et du climat, et du numérique (DADN). Impréparation, «lacunes managériales», «défiance envers l’administration», «recours important à l'expertise externe», «difficultés à assumer pleinement certaines décisions d'ordre politique», la liste des manquements de Valérie Dittli est longue comme un jour sans pain.
A cela viennent s’ajouter un manque de considération pour le personnel, un taux de rotation plus élevé au sein de son département, un recours jugé excessif aux mandats externes de communication et de stratégie – «un cabinet parallèle» selon les termes de la délégation. Ces problèmes ont «fragilisé le fonctionnement institutionnel et affecté le personnel», indique la délégation des commissions de surveillance, qui a mené l'enquête.
Rappelons d’ailleurs que celle-ci avait été instituée en mars pour obtenir des éclaircissements sur un autre rapport de l’expert indépendant neuchâtelois, Jean Studer. Ce dernier a, lui aussi, relevé plusieurs dysfonctionnements au sein du fisc vaudois et une grande souffrance des collaborateurs. En 2025, Blick avait d'ailleurs enquêté sur les nombreux départs au sein de son Secrétariat général depuis la prise de fonction de Valérie Dittli, le 1er juillet 2022.
Le PS vaudois demande une mise en retrait
Cette nouvelle «affaire», dans le sillage des nombreuses autres rendues publiques depuis son arrivée au gouvernement, est-elle celle de trop? Pour le groupe Ensemble à gauche et POP (EP), la réponse est oui. «Outre la demande illégale d’annulation des taxations au profit de contribuables très fortunés au bénéfice du bouclier fiscal, déjà mis en lumière par le rapport Studer, Valérie Dittli a notamment attribué de très nombreux mandats entraînant des conflits d’intérêt et a provoqué, par une conduite erratique de son Département, de la souffrance au sein de l’administration. Nous l'invitons à tirer les conséquences de ce rapport, en démissionnant», affirme la cheffe de groupe au Grand Conseil, Elodie Lopez.
Et de dénoncer aussi l'Alliance vaudoise (PLR-UDC-Centre) constituée, en vue de l'accession au Conseil d'Etat vaudois en 2022. «Elle porte une responsabilité pour avoir propulsé au Département des finances une conseillère d’Etat incapable de faire face aux pressions des milieux patronaux et d’autres intérêts privés», nous dit-elle.
Le Parti socialiste vaudois (PSV) se montre plus nuancé même s'il a immédiatement réclamé la mise en retrait de la conseillère d’Etat du DADN. «On a aujourd’hui un cumul d’éléments problématiques bien au-delà de la seule question de la fiscalité. On constate qu’elle a beaucoup menti, qu’elle a fait preuve d’un management très inadéquat, et qu’il y a de graves défaillances, avec des conflits d’intérêts assez manifestes», dénonce son président, Romain Pilloud.
Selon le socialiste, les ajustements opérés ces derniers mois ne suffisent plus. «Changer l’organisation des départements ou procéder à quelques recadrages n’a pas été suffisant pour régler l’ampleur des problèmes. Il y a aujourd’hui un sentiment d’urgence», insiste-t-il. Pour le PSV, cette urgence passe par un retrait immédiat de Valérie Dittli: «Elle doit, a minima, se retirer de son travail politique et de son travail au Département, et renoncer temporairement à toute activité jusqu’à ce que le Ministère public se prononce, notamment sur les soupçons d’abus d’autorité évoqués dans le rapport.»
Et de conclure, sans sourciller: «A ce stade, elle a perdu notre confiance. Ce qui était au départ des interrogations légitimes est devenu une véritable défiance dans sa capacité à gouverner et à prendre soin de son personnel.»
Pas de front commun pour une démission
Du côté des autres partis politiques, la prudence domine. Au Parti libéral-radical (PLR), on ne souhaite pas prendre position avant la séance de groupe prévue mardi matin. Pour le chef de groupe Kilian Duggan (Les Vert-e-s), la question d’une éventuelle démission ne saurait être tranchée à la légère. «A ce stade, je n’ai pas d’avis sur la question. D’autant plus qu’on est à peu près à une année de la fin de la législature, et on sait qu’une élection complémentaire, un nouveau changement, une réorganisation au sein des départements, ça crée malgré tout un certain nombre de difficultés.»
Le député insiste surtout sur la gravité des constats relevés par la délégation des commissions de surveillance: «Ce qui nous a surpris, c’est l’ampleur de ce que nous avons découvert et sa répétition. Ce qui s’est passé à la Direction générale de la fiscalité (mis en lumière dans le rapport Studer) s’est aussi produit dans d’autres directions.» Pour lui, l’urgence est ailleurs: «Le Conseil d’Etat doit reprendre la main et mettre en œuvre les 24 recommandations de la délégation.»
Même retenue du côté de l'Union démocratique du centre (UDC). Le député Cédric Weissert refuse, lui aussi, de lancer un appel à la démission. «Je ne donnerai pas de consigne à Madame Dittli sur la suite de sa carrière. Le seul qui peut décider, à part elle, c’est le peuple. Soit elle estime que ce qui a été fait lui permet de continuer à se projeter comme conseillère d’Etat, et alors elle pourra se représenter en 2027, soit la population décidera autrement», affirme-t-il. Et de rappeler que le but de ce travail parlementaire était de faire la lumière sur tous les éléments. «Et de ce point de vue-là, je pense que c’est plutôt réussi.»
Pour l’élu, l’essentiel est désormais de tourner la page: «Le Canton a été trop souvent exposé de cette manière ces derniers temps. Ce n’est ni souhaitable ni crédible vis-à-vis de la population. Maintenant, il faut pouvoir travailler dans un climat plus serein.»
L’Alliance vaudoise taclée
Du côté des Vert’Libéraux, Jerome de Benedictis partage le constat de dysfonctionnements graves, sans pour autant réclamer la tête de la ministre. «Ce rapport montre des carences managériales», relève-t-il. «Elle peut entendre, prendre note, éventuellement s’excuser. Mais ce que nous demandons surtout, c’est que ça ne se reproduise plus et que les dysfonctionnements soient corrigés, sans délai.
L’élu va plus loin, en pointant une responsabilité collective: «On ne doit pas élire quelqu’un pour sa communication ou pour une alliance, en espérant qu’ensuite, sur le tas, il y arrivera. Ce n’est pas à la collectivité publique de financer des cours de management.» Et de tacler, au passage, les artisans de l’Alliance vaudoise qui ont porté la candidature de Valérie Dittli au Conseil d’Etat. «Quand vous mettez quelqu’un sur une liste électorale ou dans une alliance, vous prenez une responsabilité envers la population. Vous dites: cette personne a les compétences pour gouverner. Si ce n’est pas le cas, ceux qui l’ont mise en avant doivent aussi l’assumer», conclut-il