Quand on recherche les origines étymologiques des Dittli, on peut trouver la définition hypothétique de «chef du Peuple». Et il faut le dire et le répéter, ce sont bien les citoyens vaudois qui ont placé la jeune politicienne d’origine zougoise au gouvernement cantonal. Et comme l'a rappelé la députée PLR Florence Gross, vice-présidente de la délégation, auteure de ce rapport consternant, le Grand Conseil n’a – pour l’instant – pas les armes légales pour demander la destitution d’un conseiller d’Etat. Même en cas de fautes graves.
Les fautes graves, elles sont désormais écrites noir sur blanc dans ce rapport transpartisan. Lacunes de management et de pilotage, recours jugé excessif aux mandats externes («cabinet parallèle»), gestion instable du secrétariat général, conflits d’intérêts, fuites orchestrées, rupture de collégialité, etc.. La nouvelle répartition des départements n’a visiblement pas suffi à changer la donne.
Cette étape, d’autant plus si une commission d’enquête parlementaire devait suivre, confirme le ressenti de ces derniers mois et agit comme révélateur d’un déséquilibre institutionnel ancien. La reprise en main d’un Conseil d’Etat – qui a longtemps été omnipotent – par un Grand Conseil (et des partis majoritaires) qui ont trop été aux ordres du duo Maillard-Broulis. Au nom du fameux compromis dynamique dont on voit aujourd’hui les limites et dont il faut faire le nécessaire droit d’inventaire.
Dans ce Dittligate, pour la principale intéressée, il y a une porte de sortie honorable. C’est celle d’une démission. Qui n’exclut pas la possibilité de se représenter dans la foulée. Un peu comme l’a fait Pierre Maudet dans le canton de Genève, qui n’a pas été réélu de suite (2021) mais plus tard (2023). Ce serait ainsi un moyen de vérifier la popularité de Valérie Dittli dans la population qui, si on écoute le bruit des réseaux sociaux (mais vaut-il celui de la majorité silencieuse?) reste intacte. Car la jeune ministre garde pour elle cette image de celle qui a mis un coup de pied dans la fourmilière et dénoncé les pratiques, potentiellement illégales, de son prédécesseur en matière de pratique et de politique fiscales. Un dossier dont le Grand Conseil serait bien inspiré de s’emparer avec la même fermeté.
Enfin, dans ce bal tragique au château Saint-Maire, il y a au moins un blessé. C’est la crédibilité de nos institutions. Il serait bon de ne pas oublier certaines responsabilités d’une Alliance vaudoise qui porte bien mal son nom. Plus spécifiquement la faute originelle des ministres PLR qui ont laissé le département des finances – le plus important et le plus transversal de tous – à une élue qui tenait une bombe entre ses mains: beaucoup d’inexpérience et pas moins d’ego ni d’ambition.