Un nouveau rapport accable la ministre vaudoise Valérie Dittli. Etabli par une délégation des commissions de surveillance du Grand Conseil, il critique sévèrement son management et la souffrance qu'elle a engendrée au sein de ses collaborateurs.
Ce rapport fait suite à celui présenté en mars par l'expert indépendant Jean Studer et qui, déjà, épinglait la conseillère d'Etat. L'enquête menée par la délégation des commissions de surveillance va toutefois encore plus loin et fustige «le style» Dittli. A commencer par ses «lacunes managériales», détaillées lundi devant la presse par les députées Céline Baux, Florence Gross et Oriane Sarrasin, respectivement présidente et vice-présidentes de cette délégation.
Toutes trois ont décrit une ministre qui affichait de «la défiance» envers son administration, mettant celle-ci «sous pression» avec des demandes «répétées et insistantes». Valérie Dittli a notamment agi de la sorte avec les dossiers du bouclier fiscal et de la fiscalité agricole, «poussant» ses services à trouver des solutions alors qu'il n'existait pas de marge de manoeuvre.
La conseillère d'Etat «écoute peu ou pas du tout» ses collaborateurs lorsque leurs réponses «ne lui conviennent pas», ont poursuivi les trois députées. Le recours important à des prestataires externes, donnant l'impression «d'un cabinet parallèle à l'Etat», a aussi été critiqué. Tout comme «la gestion très aléatoire» de certains conflits d'intérêt ou le fait de reporter sur d'autres personnes «le poids de ses décisions politiques».
Inexpérience
Valérie Dittli est aussi accusée d'avoir «écorné» la collégialité du Conseil d'Etat. Et notamment lorsqu'elle a envoyé des cadres pour discuter de la refonte des barèmes fiscaux avec les milieux économiques, contre l'avis de ses collèges de l'exécutif. Autre reproche, en matière de secret fiscal cette fois-ci, la délégation a dit avoir «la conviction» que la ministre a demandé à consulter des dossiers auxquels elle ne devait pas avoir accès.
Pour les 13 membres de la délégation, dont le rapport a été validé à l'unanimité, l'inexpérience politique de Valérie Dittli et son manque de formation spécifique expliquent en grande partie ces divers dysfonctionnements. Il faut en effet rappeler que la Zougoise d'origine a été élue au Conseil d'Etat en 2022, à la surprise générale. Elle n'avait que 29 ans et n'avait encore jamais siégé dans un exécutif ou un législatif. L'absence d'un parti fort – le Centre n'est pas représenté au Grand Conseil vaudois – et l'attribution du lourd dicastère des finances n'ont pas arrangé les choses.
Autre constat de la délégation, les manquements managériaux de Valérie Dittli ont créé «une grande souffrance» au sein de son département. Le rapport mentionne notamment des collaborateurs «fortement sollicités et usés». Les démarches de la ministre pour se séparer de cadres, sans véritable consultation, sont également critiquées, tout comme un taux de rotation «très élevé» au sein de son état-major.
Pas d'appel à la démission
La délégation a aussi stigmatisé «les versions contradictoires» de Valérie Dittli lors de ses auditions, et même une «tentative d'intimidation» avant la parution du rapport. Malgré ces nombreuses critiques, la délégation n'appelle pas à la démission de la conseillère d'Etat. «Ce sont aux élus de se remettre en question, si nécessaire, et de prendre leurs responsabilités», a affirmé sa présidente Céline Baux.
La délégation a encore relevé que le fait d'avoir retiré les finances à Valérie Dittli avait permis de «limiter» certains problèmes, mais n'offrait «pas une garantie absolue de stabilité.» Les observations du rapport vont demeurer «des points d'attention» envers la conseillère d'Etat, qui ne gère plus désormais que l'agriculture, le climat et le numérique.
Epinglée par le rapport Studer et désormais par celui du Grand Conseil, Valérie Dittli reste aussi, pour mémoire, dans le viseur de la justice. Le Ministère public a ouvert en octobre une instruction pénale, laquelle est toujours en cours. La conseillère d'Etat pourrait avoir commis un abus d'autorité en demandant d'annuler ou de faire annuler des taxations entrées en force en lien avec le bouclier fiscal.
Les partis de gauche demandent une mise en retrait
Les partis vaudois ont réagi diversement suite à la présentation lundi du rapport de la délégation des commissions de surveillance du Grand Conseil consacré à Valérie Dittli. Les socialistes et les Vert-e-s sont les plus virulents et appellent la conseillère d'Etat à se mettre en retrait, mais aucune formation n'appelle ouvertement à la démission.
Si la ministre centriste n'avait pas encore réagi lundi en fin d'après-midi, le président par intérim de son parti, Michele Mossi, a reconnu que les critiques adressées dans le rapport étaient «compréhensibles et justifiées.» Il a toutefois rappelé que sa ministre avait pris ses fonctions sans véritable expérience politique, se voyant en plus attribuer le lourd dicastère des finances. Elle n'a pas su «se faire accompagner» au début de son mandat, mais elle n'a pas non plus bénéficié de l'aide de l'Etat, a-t-il remarqué, contacté par Keystone-ATS.
Selon Michele Mossi, Valérie Dittli a, depuis, appris de ses erreurs. «Elle est consciente qu'elle doit s'améliorer», a-t-il affirmé, soulignant aussi que la conseillère d'Etat a entrepris une réorganisation de son Département actuel, qui regroupe désormais l'agriculture, la durabilité et le numérique.
Beaucoup moins compréhensifs, les socialistes ont évoqué un «cumul de graves défaillances managériales et politiques» et demandé une «mise en retrait» de Valérie Dittli le temps de l'enquête pénale, la ministre étant aussi dans le viseur de la justice pour un potentiel abus d'autorité. Le PS vaudois s'est dit «choqué» par l'ampleur des défaillances reprochées à la ministre et évoqué un rapport «accablant».
Alliance vaudoise épinglée
Les Vert-e-s ont aussi dit être «indignés par l'ampleur, la répétition et la durée des dysfonctionnements mis en évidence». L'affaire prouve, selon eux, que la conseillère d'Etat «ne possède ni les compétences nécessaires ni l'éthique requise pour exercer une telle fonction». Dans son communiqué, la formation écologiste a appelé l'intéressée à «se tenir à l'écart de la gestion de son département», le temps que les recommandations de la commission soient mises en oeuvre.
Tant les socialistes que les Vert-e-s ont profité de l'occasion pour interpeller les membres de l'Alliance vaudoise (PLR, UDC et Le Centre). «Les partis ont une responsabilité importante dans le choix de leurs candidates et candidats pour des postes exigeants et exposés comme le Conseil d’Etat», a écrit le PSV.
«Tourner la page»
Les Vert'libéraux se sont montrés moins sévères. «Mme Dittli doit mieux faire!», ont-ils écrit dans leur communiqué. De leur point de vue, les «indiscutables erreurs de management» de la ministre de 33 ans, mises en lumière par le rapport «sont imputables à son inexpérience et à son peu de confiance dans une administration héritée de son prédécesseur». Le parti a aussi estimé que l'absence de groupe parlementaire a alourdi sa tâche.
Pour le président de l'UDC vaudoise, Sylvain Freymond, «la situation est désagréable et nuit à l'image de la politique vaudoise», mais il a appelé à «tourner la page et à retrouver une ambiance de travail sereine», a-t-il déclaré à Keystone-ATS.
Selon lui, l'essentiel des révélations de lundi se trouvait déjà dans le rapport Studer, même si les mots utilisés par la délégation des commissions de surveillance sont «plus durs» et se basent sur «des témoignages plus précis.»
Réorganisation justifiée
Du côté du PLR, sa présidente Florence Bettschart-Narbel a indiqué que le parti se réunira mardi pour étudier le rapport en détail. Parmi ses premières observations, elle a notamment dit sa «surprise» au sujet «des nombreux mandats externes» attribués par Mme Dittli à des personnes ne travaillant pas dans son Département, avec «de possibles conflits d'intérêts».
Mme Bettschart-Narbel a également remarqué que le rapport «justifie» la réorganisation des départements en mars, lorsque les Finances avaient été retirées à Mme Dittli et reprises par Christelle Luisier.