En bref
- En Suisse, des arbres perdent leurs feuilles prématurément en août, conséquence de trois mois de sécheresse et chaleur record. Les experts craignent des impacts sur la croissance et la résilience des forêts
- La sécheresse pourrait céder sa place à un automne pluvieux, avec des épisodes intenses entre mi-septembre et mi-novembre. Le Tessin pourrait être particulièrement touché, selon les météorologues, bien qu'il ne s'agisse que de projections pour le moment.
- Les pelouses pourraient, en revanche, reverdir grâce aux fortes précipitations attendues. Par contre, une répétition de sécheresses pourrait modifier durablement les paysages forestiers suisses selon les spécialistes
Vous n'avez pas rêvé. Des feuilles brunâtres commencent déjà à chuter, en plein mois d'août. Si le spectacle devrait plaire aux fanatiques de l'automne et de ses courges épicées, il s'avère toutefois assez alarmant: après trois mois de canicules quasiment ininterrompues, l'automne a décidé d'arriver trop tôt, peignant ses teintes chaleureuses sur un paysage encore tout déshydraté.
Comment un été accablant ayant battu tous les records pourrait-il mener à un automne totalement banal? Impossible. Voici à quoi il faut s'attendre, dès la fin du mois:
Des arbres plus colorés et plus dénudés
L'impact le plus visible concerne évidemment les arbres qui, encore sous le choc, s'effeuillent bien avant l'heure. «On observe actuellement une décoloration et une chute des feuilles exceptionnellement précoces chez de nombreux arbres, confirme Yann Vitasse, chercheur en écologie forestière et co-directeur du groupe d'écologie des écosystèmes de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL).
Parmi les espèces les plus concernées, le spécialiste cite notamment le hêtre, le tilleul ou le bouleau: «Et même le chêne, dans certains endroits, alors qu'il est normalement plus résistant à la sécheresse. On peut aussi constater qu’il y a énormément de feuilles desséchées sur le sol, parfois même encore vertes. Or, contrairement à l’automne, il ne s’agit généralement pas d’une sénescence normale et programmée: c’est la conséquence du stress provoqué par la combinaison de la sécheresse, de la chaleur et du fort rayonnement.»
Yann Vitasse souligne toutefois que cela ne signifie absolument pas que tous ces arbres vont mourir: «Chez certaines espèces, perdre une partie de leurs feuilles peut même constituer une stratégie permettant de réduire les pertes d’eau et de survivre jusqu’au retour de conditions plus favorables, pointe-t-il. Le problème est que lorsqu’un arbre perd ses feuilles ou que celles-ci meurent dès juillet ou août, sa saison de photosynthèse s’arrête plusieurs semaines trop tôt. Il produit donc moins de sucres, sa croissance est réduite et il dispose potentiellement de moins de ressources à stocker pour passer l’hiver et redémarrer au printemps suivant.»
Si de nombreux arbres résistants devraient, au printemps, recommencer à croître et s'épanouir normalement, d'autres pourraient présenter un surplus de branches mortes, grandir moins rapidement ou, dans les pires cas, finir par dépérir: «Ces arbres sont affaiblis et peuvent du coup devenir plus vulnérables aux insectes et aux pathogènes dans les prochains mois ou années», prévient Yann Vitasse.
Beaucoup d'humidité et de pluie
L'interminable sécheresse devrait, par ailleurs, rencontrer son opposé, cet automne: un excès de pluie pourrait s'abattre sur les terres asséchées, durant les prochaines semaines, tandis que les températures pourraient rester inhabituellement douces pour cette période de l'année.
«Cela ne signifie pas qu'on aura des canicules en septembre, rassure Nicolas Borgognon, météorologue chez MétéoNews. La saison avance, les nuits sont plus longues et la probabilité que le Mercure dépasse les trente degrés devient de plus en plus minime. Quelques pics de chaleur d'une ou deux journées ne sont pas exclus, d'ici à l'automne, mais les véritables dômes de chaleur ne devraient plus être au programme.»
En revanche, alors qu'une canicule marine réchauffe actuellement les eaux de la Méditerranée, l'atmosphère pourrait se charger d'une grande quantité d'humidité, pouvant provoquer un automne particulièrement pluvieux, de la mi-septembre à mi-novembre, avec des intempéries potentiellement violentes: «Cela pourrait provoquer beaucoup de pluies, avec des épisodes très marqués sur le bassin de la Méditerranée, poursuit notre intervenant. Le Tessin pourrait être concerné aussi, tandis que le Nord des Alpes pourrait bénéficier d'une protection.» Il ne s'agit toutefois que de probabilités et d'éventualités: rien ne peut être prédit avec certitude, pour le moment.
Une herbe bien verte (peut-être)
Si ces fortes pluies continuent à se déverser durant plusieurs jours ou semaines, les gazons beiges et arides pourraient cependant reprendre vie.
«Tout dépend évidemment de la météo de ces prochaines semaines et de la quantité de précipitations, tempère Nicolas Borgognon. Mais la sécheresse en surface pourrait s’améliorer, tandis que plusieurs semaines de pluies régulières pourraient également atténuer la sécheresse en profondeur. L’herbe et les prairies pourraient donc assez vite reverdir.» Enfin une bonne nouvelle!
Que va-t-il se passer à long terme?
Malgré son incroyable résilience, la Nature sera quand même contrainte de s'adapter, face à une récurrence d'étés caniculaires. «Si une nouvelle sécheresse survient l’année prochaine, les conséquences pourraient être plus importantes, car les effets de stress successifs s’accumulent et les températures continuent d’augmenter de manière chronique», déplore Yann Vitasse.
A plus long terme, une répétition de sécheresses pourrait même modifier, petit à petit, le paysage forestier suisse: «Le hêtre et l’épicéa, notamment à basse altitude, sur les sols peu profonds ou dans les stations chaudes et fortement exposées, risquent d’être de plus en plus en difficulté alors que des espèces mieux adaptées à la chaleur et au manque d’eau, comme certains chênes, pourraient au contraire prendre davantage de place», poursuit notre expert.
Quelques notes d'espoir…
Il y a néanmoins de bonnes raisons de se fier aux capacités de la forêt à renaître malgré les excès de l'été. Yann Vitasse souligne effectivement l'importante capacité de récupération des forêts: «Beaucoup d’arbres devraient pouvoir récupérer si les prochains mois et surtout l’année prochaine offrent de bonnes conditions, explique-t-il. Des précipitations suffisantes durant la fin de l’été, l’automne et l’hiver permettraient notamment de reconstituer progressivement les réserves en eau des sols. Ce qui est surtout préoccupant n’est donc pas nécessairement cet épisode pris isolément, mais la répétition de ces sécheresses extrêmes.»
A noter qu'un arbre adulte peut généralement supporter un été difficile, mais que le temps de récupération se raccourcit dangereusement lorsque les épisodes s'enchaînent. Espérons, dans ce cas, que des mois pluvieux nous attendent. Ainsi qu'un été 2027 absolument morose. Tout le monde – et surtout les arbres – en a besoin.