En bref
- Ludovic Ravanel, géomorphologue au CNRS, alerte sur un record de 450 éboulements dans le massif du Mont-Blanc durant l'été 2026, causés principalement par la crise climatique. La dégradation du permafrost et la fonte des glaciers fragilisent les parois rocheuses.
- Le précédent record d'éboulements dans cette région remonte à 2022 avec 300 cas. Des températures élevées ont également provoqué plusieurs décès d'alpinistes cet été, dont trois morts dans des éboulements.
- Le couloir du Goûter, surnommé «couloir de la mort», est particulièrement dangereux. Deux refuges ont été fermés à Saint-Gervais en raison des risques accrus, mais les températures devraient redevenir négatives en haute altitude dans les jours à venir.
Dans les Alpes françaises, et particulièrement dans le massif du Mont-Blanc, l'été caniculaire a été marqué par «un record» d'éboulements, parfois mortels, dont «une large majorité est imputable à la crise climatique», selon Ludovic Ravanel, géomorphologue au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).
L'année «2026 sera assurément un record», tant dans la fréquence des éboulements que dans la quantité de roches qui se sont détachées des montagnes presque quotidiennement, assure auprès de l'AFP le scientifique et membre de la compagnie des guides de Chamonix (Haute-Savoie), dans l'est de la France.
A la fin d'un été ponctué par des vagues de chaleur extrêmes, le nombre d'écroulements – les plus gros éboulements recensés – devrait s'élever à 450 dans le seul massif du Mont-Blanc, estime le chercheur. «Ce qui est absolument énorme puisqu'il y a encore 10 ou 20 ans, c'était quelques dizaines», se souvient-il.
Le précédent record s'élevait à 300 et avait été franchi en 2022, une année également marquée par de nombreux épisodes caniculaires. Car «une large majorité (des éboulements) est imputable à la crise climatique», souligne le directeur de recherche au CNRS Ludovic Ravanel.
Dégradation du permafrost
En effet, l'augmentation des températures dégrade et réduit le permafrost, «un état thermique» caractérisé par «des terrains gelés en permanence», détaille le scientifique. Présente depuis «plusieurs milliers d'années», de la glace «invisible» est infiltrée dans les fissures de la roche et y «assure un rôle de ciment, de colle pour les montagnes», ajoute-t-il. Lorsque les températures sont trop élevées, la glace fond, et les roches se détachent, provoquant ainsi d'impressionnantes chutes de pierres.
D'un autre côté, les glaciers exercent des «pressions stabilisatrices». Lorsqu'ils fondent et «perdent en épaisseur», «les parois se décompriment, ce qui peut causer des éboulements», poursuit-il. Mais, «bonne nouvelle pour l'état de la haute montagne», la canicule touche à sa fin. Dans les prochains jours, les températures devraient redevenir négatives en haute altitude, où de la neige est aussi attendue.
Sans que cela ne rime avec stabilité rocheuse retrouvée. «Néanmoins, même si ça regèle en surface, l'énorme quantité de chaleur de cet été 2026 va continuer à pénétrer dans les terrains jusqu'en novembre, décembre, voire même jusqu'en janvier», nuance le chercheur. «Les plus gros éboulements, on les attend plutôt cet automne», prévoit Ludovic Ravanel, mais ils devraient en revanche être moins fréquents.
Une menace pour l'alpinisme
«La déstabilisation des parois rocheuses est un risque pour les alpinistes», dont plusieurs ont péri depuis le début de la saison estivale, relève-t-il. En juillet, deux touristes tchèques ont perdu la vie dans un éboulement sur la voie normale du mont Blanc, et en août un homme de 31 ans a succombé à un éboulement, là aussi dans le massif du Mont-Blanc, près de l'Aiguille du Génépi.
Sur les réseaux sociaux, des alpinistes ont posté des vidéos de chutes de pierres impressionnantes, notamment dans le couloir du Goûter. Ce dernier, parfois surnommé «couloir de la mort», est considéré comme l'une des zones les plus dangereuses de la voie classique d'accès au mont Blanc.
Par précaution et comme déjà en août 2022, le maire de Saint-Gervais (Haute-Savoie) a dû fermer par arrêté deux refuges d'étapes permettant l'ascension vers le toit de l'Europe (4806 m), dont celui du Goûter. «C'est un risque également pour les infrastructures, les refuges et les remontées mécaniques», liste Ludovic Ravanel.
Une discipline qui s'autogère
Mais pour le chercheur, nul besoin d'empêcher complètement l'accès à la haute montagne, «un espace de liberté avant tout». «La communauté des alpinistes s'autogère» et «ne s'expose pas davantage sur une période caniculaire que sur un été plutôt frais», plaide-t-il.
Selon lui, il n'y a donc «pas d'explosion de l'accidentalité» due aux éboulements mais une augmentation des accidents, qui découle de la fréquentation croissante des villages montagnards, prisés par les vacanciers.