Xenia Fedorova, intouchable
Cette pro-Poutine est bien pire que le Suisse Jacques Baud

Depuis le 15 décembre 2025, l'ancien officier suisse Jacques Baud est sous sanctions de l'Union européenne pour son soutien présumé à la Russie de Poutine. Mais en France, Xenia Fedorova, l'ancienne patronne de Russia Today, est bien plus active et visible.
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Xenia Fedorova défend becs et ongles la Russie de Vladimir Poutine. Et elle semble protégée.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Stop! Le deux poids, deux mesures de l’Union européenne (UE) et de la France n’est plus acceptable dans le cas des activistes pro-russes accusés de relayer, sur le territoire de l’UE, la propagande de Vladimir Poutine. «On peut vous le confirmer: c’est bien la France qui a demandé des sanctions contre l’ancien officier suisse Jacques Baud», nous a confirmé une source bien placée à Bruxelles.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, l’a d’ailleurs reconnu. C’est donc Paris qui a «obtenu la tête» de cet analyste helvétique controversé, basé à Bruxelles et sanctionné depuis le 15 décembre 2025 pour «agir comme porte-parole de la propagande pro-russe et formuler des théories du complot, en accusant par exemple l’Ukraine d’avoir orchestré sa propre invasion pour adhérer à l’OTAN». 

Le cas Fedorova

Rien, en revanche, à ce stade, contre Xenia Fedorova, l’ancienne patronne de l’antenne francophone de la télévision russe Russia Today (RT). Cette chaîne est, depuis mars 2022 – soit au lendemain de l’assaut russe contre l’Ukraine du 24 février 2022 – interdite de diffusion sur le territoire de l’Union européenne. La Suisse, en revanche, continue d’autoriser sa diffusion sur Internet, ainsi que celle du média russe Sputnik.

Pourquoi comparer Jacques Baud et Xenia Fedorova? Pas pour réclamer automatiquement des sanctions contre la seconde. La liberté de pensée et d'écrire doit aussi être défendue. Mais parce que la visibilité et le domaine d’intervention de cette dernière sont sans commune mesure avec ceux de l’analyste suisse, avec lequel nous avions débattu en avril. Soit les deux tombent dans le collimateur des sanctions, soit il faut revoir d'urgence les critères et la pertinence de ces mesures destinées à affaiblir la Russie.



Jacques Baud, privé de certains de ses droits par les sanctions de l’Union européenne – que la Suisse n’a pas reprises – a en effet écrit plusieurs livres aux éditions françaises Max Milo sur le conflit en Ukraine. Il défend, données à l’appui, la thèse selon laquelle la Russie ne peut pas être considérée comme le seul agresseur. Une thèse fort discutable, mais étayée par des éléments qui méritent d’être débattus.

Xenia Fedorova est une militante à qui, presque chaque jour, les plateaux de CNews, les ondes d’Europe 1 et les pages du Journal du dimanche sont grandes ouvertes. Cette résidente russe, dont la carte de séjour en France a été renouvelée en 2024, bénéficie d’une exposition sans commune mesure pour défendre Vladimir Poutine et son action. Or que dit le ministère français des Affaires étrangères, qui s’enorgueillit pourtant d’une cellule «French Response» dédiée à la riposte aux fake news et aux propagandes problématiques? Rien. En tout cas, pour le moment.

21e paquet de sanctions

Un 21e paquet de sanctions européennes contre la Russie (toutes reprises par la Suisse, qui s’est alignée dès le 28 février 2022) doit être adopté lors du Conseil européen des 18 et 19 juin à Bruxelles. A notre connaissance, le nom de Xenia Fedorova n’y figure pas. Aucune demande officielle n’a encore été formulée contre cette activiste par la France. Est-elle protégée par sa place au sein de la galaxie du milliardaire ultra-conservateur Vincent Bolloré, alors que la campagne présidentielle démarre?

Jacques Baud, lui, se bat pour continuer à faire valoir son point de vue. Les autorités suisses sont intervenues en sa faveur à Bruxelles, sans succès. Alors, deux poids, deux mesures? Est-il plus facile pour les Français de faire sanctionner des personnes qui ne gênent pas les autorités et qui ne disposent pas de soutiens aussi puissants que Vincent Bolloré?

La Confédération pourrait poser la question officiellement à quelques jours du sommet du G7. Une autre raison de la poser tient à l’actualité, puisque le président ukrainien Volodymyr Zelensky vient, dans un message public, de proposer une négociation en tête-à-tête à Vladimir Poutine. L’une des thèses avancées par Jacques Baud est qu’une négociation pour mettre fin au conflit était possible en avril 2022, en Turquie, entre l’Ukraine et la Russie, mais qu’elle a alors été torpillée par le Royaume-Uni.

Accusations contre Macron

Xenia Fedorova, pendant ce temps, signe dès qu’elle le peut des exemplaires de son livre Bannie (éd. Fayard). Son argument est sans filtre: «Emmanuel Macron nous a accusés d’être des agents du Kremlin, des propagateurs de fake news. L’Arcom s’y est essayée à son tour, sans jamais pouvoir apporter la moindre preuve d’éventuels manquements. Il aura fallu que la Russie envahisse l’Ukraine pour qu’Ursula von der Leyen justifie notre interdiction d’émettre. Notre bannissement était écrit, programmé, acté. J’étais condamnée au silence. Ils avaient gagné.»

Et les éditions Fayard d’ajouter: «Voici le récit exceptionnel de Xenia Fedorova, qui s’élève pour dénoncer l’organisation de la désinformation en France. Pour la première fois, elle prend la parole pour révéler les vérités étouffées. Face à une certaine presse devenue complice ou soumise aux diktats politiques, Xenia Fedorova décrit les manœuvres qui ont conduit à l’éradication d’une voix dissidente de l’information. Son combat pour la liberté de penser, la liberté de s’exprimer, la liberté d’informer! Bannie est un appel à la vigilance et à la résistance. La lutte commence ici.» Et le Suisse Jacques Baud?

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