En bref
• Selon Comparis, les primes maladie devraient encore augmenter en 2027, avec une hausse moyenne prévue de 3,7%, après déjà plusieurs années très douloureuses pour les assurés.
• Cette hausse ne dépend pas seulement des soins remboursés, mais aussi des coûts administratifs, des réserves des caisses maladie et des rendements de leurs placements financiers.
• L’élargissement de l’assurance de base, notamment avec la psychothérapie, les injections amincissantes ou les soins aux proches, contribue aussi à faire grossir la facture.
Après plusieurs années de fortes hausses, les primes maladie devraient continuer de grimper en 2027, mais à un rythme un peu moins brutal. Selon les prévisions du comparateur en ligne Comparis, l’assurance de base coûtera en moyenne 3,7% de plus l’an prochain.
Ce chiffre n’est pas encore une décision officielle de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), qui annoncera, comme de coutume, les primes définitives en septembre. Mais il confirme que l’accalmie relative de 2026 n’aura pas suffi à refermer le chapitre des factures toujours plus lourdes pour les ménages.
Le coût concret, et tout le reste
Après les chocs de 2023 (+6,6%), 2024 (+8,7%) et 2025 (+6%), puis une hausse moins sévère en 2026 (+4,4%), Comparis estime que le système poursuit sa marche vers la «vérité des coûts». Autrement dit: les primes doivent couvrir non seulement les soins remboursés par l’assurance de base, mais aussi les coûts hors prestations, comme le marketing, les coûts administratifs, les charges de personnel, les fraudes et impayés, mais aussi les coûts des réserves financières que constituent les assureurs.
Pour le dire simplement, la prime que paie chaque assuré ne dépend pas uniquement du nombre de consultations médicales, d’opérations ou de médicaments remboursés. Elle dépend aussi de la santé financière des caisses maladie.
Soulagement de courte durée
Celles-ci placent une partie de leurs fonds sur les marchés, les rendements de ces placements pouvant alléger ou alourdir la facture. L’an dernier, malgré un contexte international tendu, ces revenus ont atteint 807 millions de francs. Soit un rendement de 5,4%, bien au-dessus de la moyenne sur dix ans, qui tourne autour de 1,6%, relève Comparis.
Mais si les marchés financiers se retournent, cette bouffée d’oxygène peut disparaître rapidement. C'est notamment l’un des éléments qui rendent les primes difficiles à prévoir et parfois difficiles à comprendre. Les hausses récentes n’ont ainsi pas seulement été provoquées par une explosion exceptionnelle des coûts médicaux, souligne Felix Schneuwly, expert Assurance maladie chez Comparis.
Les réserves aux assurés?
En effet, entre 2019 et 2022, sous la pression politique, les assureurs ont réduit une partie de leurs réserves et maintenu des primes plus basses. Depuis, ils reconstituent ces coussins de sécurité.
Or, ces réserves restent un sujet hautement politique. Avec 7,8 milliards de francs dans les caisses, certains élus, de gauche comme de droite, sont choqués et estiment que les assureurs pourraient soulager les assurés, soit par une baisse des primes, soit par un remboursement direct.
Offre et factures grossissent
Cela étant dit, et c’est un point essentiel pour les assurés: si le catalogue de l’assurance de base s’élargit, la facture suit. Comparis cite notamment la psychothérapie pratiquée par des psychologues, les injections amincissantes ou encore les soins prodigués par des proches. Ces prestations peuvent répondre à de vrais besoins, mais elles ont un coût, qui se répercute ensuite sur les primes payées par l’ensemble des assurés.
D’après le monitoring des coûts de l’OFSP, les dépenses ont ainsi augmenté dans tous les types de prestations. La plus forte progression concerne l’aide et les soins à domicile, avec une hausse de 13%, pour atteindre 173 francs par personne assurée. Les prestations de psychothérapie dispensées par des psychologues suivent, avec une augmentation de 9,8%, à 86 francs par personne assurée.
Les hôpitaux, eux, ont longtemps joué un rôle de frein dans la hausse globale des coûts. Ils ont pu réduire certains déficits ces dernières années, voire les supprimer. Mais cette amélioration a aussi son revers: les salaires et les biens achetés par les établissements ont renchéri avec l’inflation, et ces coûts finissent par se répercuter, avec un peu de retard, sur les tarifs. Le transfert de certaines prises en charge de l’hôpital vers l’ambulatoire continue de limiter les dépenses.
Le casse-tête TARDOC
Reste la grosse inconnue TARDOC, du nom du nouveau système tarifaire pour les prestations médicales ambulatoires, entré en vigueur le 1er janvier 2026 en remplacement de Tarmed, en place depuis 2004. Son autorisation est pour l’instant limitée à fin 2028, afin de pouvoir corriger le tir si certaines prestations sont trop ou pas assez rémunérées.
Sur ce point, Comparis se veut plutôt rassurant. Les premières données de 2026 ne permettent pas encore de tirer de conclusions solides, notamment parce qu’environ 40% des hôpitaux ne commencent que maintenant à envoyer leurs factures aux caisses maladie, explique Felix Schneuwly. Mais, selon l'expert, le nouveau système dispose d’un garde-fou que l’ancien n’avait pas. Si les coûts augmentent de plus de 2,5% par an sans raison plausible, par exemple avec l’introduction de nouvelles prestations, les tarifs devront être revus à la baisse.