Moscou ne se contente plus de mener une guerre sur le terrain, elle fabrique aussi sa propre réalité. La semaine dernière, le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, a servi une nouvelle fiction grotesque au monde en affirmant: «Nous avons pris Kostiantynivka.»
Nul ne sait si Poutine a été induit en erreur par ses généraux ou s'il a délibérément diffusé de fausses informations. Ce qui est certain, c'est que l'Ukraine n'a pas abandonné Kostyantynivka, ville du Donbass. Blick a pu s'entretenir avec un officier ukrainien qui combat dans la ville avec sa brigade. Il décrit une nouvelle tactique russe qui sème la peur et la terreur sur le terrain.
S'infiltrer, et se cacher
Cet officier de 40 ans, surnommé «Stark», sert dans l'armée ukrainienne depuis 2022 et est stationné à Kostyantynivka depuis l'année dernière. Il affirme que la situation s'est considérablement détériorée que Poutine se trompe: «La ville n'est pas occupée. Nos troupes sont toujours présentes à Kostyantynivka.» Pour l'instant.
Stark et ses hommes sont particulièrement inquiets des nouvelles tactiques d'infiltration russes. «Auparavant, ils attaquaient avec des véhicules blindés ou prenaient d'assaut nos positions en groupes importants», explique Stark. Cette vieille stratégie de «vagues humaines» a été remplacée par une infiltration plus insidieuse. «Les Russes envoient des groupes d'un à trois combattants. Leur mission est de pénétrer le plus profondément possible et de se cacher ensuite.»
L’ancienne tactique ne fonctionne plus
Beaucoup de ces petits groupes seraient tués en chemin. «Mais certains parviennent à nous échapper et se déguisent en civils une fois en ville», explique Stark. L'ennemi s'infiltre lentement, surgissant soudainement derrière les lignes ukrainiennes – indétectable, prêt à tendre des embuscades. En d'autres termes, les Ukrainiens ne peuvent plus faire confiance à personne, pas même aux civils.
Cette tactique serait une réaction à la supériorité des drones ukrainiens, a déclaré l'expert militaire Kostyantyn Mashovets à la plateforme Explainer. Les «vagues humaines» russes, grâce auxquelles Moscou avait conquis Bachmout (2023) et Avdiivka (2024), sont devenues de moins en moins efficaces. Les drones ukrainiens ont été capables de détecter et de détruire rapidement les troupes ennemies.
«Les soldats sont épuisés»
En revanche, et malgré de lourdes pertes, les Russes parviennent, grâce à de petites équipes d'infiltration, à faire passer des soldats derrière les lignes ukrainiennes. Ils sèment ainsi le chaos derrière les lignes de combat. Parfois, au lieu de se déguiser en civils, ils revêtent même l'uniforme des soldats ukrainiens, explique Kostyantyn Mashovets.
Dans ces conditions, nul ne sait combien de temps Kostyantynivka pourra encore tenir. «Les soldats sont épuisés, il fait chaud, l'eau est rare», déplore Stark. «A mon avis, la bataille de Kostyantynivka est déjà perdue.» L'Ukraine peut encore résister. Mais à quel prix?
La chute de la ville serait un coup dur pour l'Ukraine. «Si les Russes progressent jusqu'ici, ils y verront la preuve qu'ils peuvent encore atteindre leurs objectifs. Cela les motivera à poursuivre le combat», s'inquiète Stark. De plus, les abris et les fortifications construits par les Ukrainiens dans la ville tomberaient aux mains de l'ennemi.
Poutine veut intensifier le conflit
La Russie est déterminée à poursuivre les combats. Trois sources proches de Poutine ont indiqué à Reuters cette semaine que le président russe n'envisageait aucune négociation et souhaitait au contraire intensifier le conflit, même si la conquête du Donbass pouvait prendre des années et coûter la vie à des centaines de milliers de soldats. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a confirmé vendredi qu'un cessez-le-feu n’était pas à l’ordre du jour pour le moment.
Selon Reuters, Poutine était particulièrement irrité par les attaques ukrainiennes contre l'industrie pétrolière russe. Le Kremlin envisagerait même une attaque contre un autre pays européen pour tester l'OTAN. Parallèlement, Poutine pourrait inciter son peuple à une nouvelle mobilisation générale pour dire à sa population: «Regardez, l'OTAN nous attaque.»
L'officier Stark est déterminé à poursuivre le combat, quoi qu'il arrive. La guerre lui a tout pris et anéanti ses projets de vie. Il n'a plus rien à perdre, si ce n'est son pays. Et il compte bien le défendre jusqu'au bout.