L'ancien humoriste de télévision Volodymyr Zelensky n'a jamais vraiment tourné la page sur son ancien métier, malgré des circonstances tout sauf drôles. Cela s'est encore vu mercredi lors de son apparition aux côtés de Donald Trump au sommet de l'OTAN à Ankara.
Le président américain a demandé à Zelensky s’il serait prêt à rencontrer Vladimir Poutine à Moscou pour des négociations. «Ça va être difficile. A Moscou, c’est très dangereux en ce moment à cause de tous ces drones ukrainiens», a rétorqué Zelensky.
Cela a même fait naître un sourire sur les lèvres minces d’un Trump d’ordinaire très grave. Et même si la situation sur le front ne donne toujours guère lieu à la joie, cette semaine apporte trois nouvelles raisons qui permettent à Zelensky et à ses quelque 900'000 soldats de croire à une percée prochaine.
Le revirement de Trump sur les Patriot
Le problème principal pour l’Ukraine reste les missiles balistiques russes: des projectiles qui descendent en arc de cercle à une vitesse extrême sur leurs cibles. Kiev parvient souvent à intercepter les drones et les missiles de croisière, mais face aux missiles balistiques, seul le système américain Patriot s'avère efficace.
Or, les missiles d'interception sont rares et coûteux, chacun valant plusieurs millions de francs. Une avancée décisive a eu lieu lors du sommet de l’OTAN: Trump souhaite autoriser l’Ukraine à fabriquer elle-même des munitions Patriot selon les instructions américaines et à partir de composants importés des Etats-Unis. Une première que même l’administration de Joe Biden, prédécesseur de Trump pourtant très favorable à l'Ukraine, n’avait pas voulu accorder.
Les fabricants Lockheed Martin et Raytheon doivent encore donner leur feu vert. Même dans ce cas, il faudra probablement des mois avant que les premiers projectiles «Made in Ukraine» soient opérationnels. Moscou a néanmoins réagi vivement: le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a reproché aux Etats-Unis d’abandonner leur rôle de «médiateur impartial» pour prendre le parti de Kiev.
La Chine tend la main
En mai dernier, Xi Jinping déroulait encore le tapis rouge à Pékin pour Poutine. Mais aujourd’hui, la Chine ne semble plus tout à fait aussi sûre de son «amitié éternelle» avec la Russie. Moscou, souvent qualifié de «station-service de la Chine», a de plus en plus de mal à approvisionner ses partenaires de manière fiable. Et lorsque les matières premières ne circulent plus, l’élan d’amitié chinois s’essouffle très rapidement.
C’est du moins ainsi que l’on peut interpréter l'invitation du ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, lancée à son homologue ukrainien Andrij Sybiha pour se rendre à Pékin. Kiev a accueilli la nouvelle avec satisfaction. Pour l’Ukraine, c’est une occasion rare d’inciter la Chine à exercer davantage de pression sur son partenaire stratégique russe.
Poutine suspend les exportations de diesel
Pour la Russie, c’est un signal d’alarme majeur: mercredi, le Kremlin a décrété l'arrêt total de ses ventes de diesel à l’étranger. Le blocage s’applique au moins jusqu’à fin juillet. Pour le Trésor public, qui doit financer l’effort de guerre, c’est un coup dur.
La raison réside dans la pénurie croissante de carburant sur le marché intérieur. Dans environ la moitié des régions russes, le ravitaillement est désormais rationné. Depuis ce mois-ci, la Russie, pourtant géant des matières premières, doit même importer du carburant d’Inde, de Biélorussie et du Kazakhstan.
Cette situation découle des attaques systématiques de l’Ukraine contre l’industrie pétrolière russe. Vingt-deux raffineries sont déjà hors service. Les autres fonctionnent sans entretien et produisent du carburant de qualité inférieure qui, selon l’expert militaire Torsten Heinrich, pourrait endommager à moyen terme les véhicules de l’armée russe.
Conclusion: des experts tels que Valeri Salouchni, ancien chef de l’armée ukrainienne et actuel ambassadeur en Grande-Bretagne, mettent toutefois en garde contre toute conclusion hâtive qui annoncerait une défaite prochaine de la Russie. L’armée russe continue de bombarder l’Ukraine quotidiennement, en ciblant désormais les stations-service. Au moins 200 des quelque 5000 stations du pays auraient déjà été détruites.
Néanmoins, la population russe ressent actuellement les conséquences du conflit de manière plus directe qu’auparavant. Cela met Poutine sous pression, d’autant plus que, outre Trump, la Chine s’éloigne elle aussi de lui. Le maître du Kremlin n’a pour l’instant trouvé aucune formule désinvolte pour minimiser la situation. A cet égard aussi, son adversaire ukrainien semble avoir pris l’avantage.