Trump ne le soutient plus
Poutine perd tout espoir et devient plus dangereux que jamais

Plus la position de la Russie en Ukraine se détériore, plus Vladimir Poutine s'enfonce dans son propre piège, car il ne peut se permettre de montrer des signes de faiblesse. Au lieu de désamorcer la guerre, cette crise du Kremlin pourrait aggraver le conflit.
Poutine a besoin d'une issue à la guerre en Ukraine. Mais plus sa situation empire, plus il devient délicat pour le chef du Kremlin de montrer des signes de faiblesse.
Photo: IMAGO/Gavriil Grigorov
BlickMitarbeiter06.JPG
Chiara Schlenz

Des raffineries en feu aux portes de Moscou, des nuages de fumée noire au-dessus de la capitale russe et une offensive au ralenti. Quatre ans après le début de son invasion, le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, est pris au piège de sa propre stratégie. Le front stagne et les drones ukrainiens frappent le territoire russe en profondeur. 

L’Europe maintient ses sanctions et pour l'instant, Donald Trump n’accorde pas au Kremlin les concessions qu'il espérait. Poutine devrait chercher une porte de sortie et tenter d'oeuvrer pour la paix. Mais au lieu de cela, il est probable qu'il aggrave militairement le conflit.

Cette semaine, la Russie est apparue plus vulnérable que jamais depuis le début de la guerre en 2022. Des drones ukrainiens ont de nouveau frappé des raffineries et des infrastructures près de Moscou. Ces images représentaient bien plus qu’un simple succès militaire pour Kiev. Elles ont porté un coup à l’un des piliers du régime de Poutine: la promesse de préserver les Russes de la guerre.

Sur le front aussi, les choses ne se déroulent plus du tout comme prévu pour Moscou. D'un côté, la Russie contrôle toujours environ un cinquième du territoire ukrainien et annonce régulièrement des gains de terrain. D'un autre côté, ses progrès sont de moins en moins importants, tandis que ses pertes restent élevées. Selon CNN, même les experts militaires russes critiquent une offensive en très grande perte de vitesse. Dans le même temps, l’Ukraine enchaîne les attaques contre les voies de ravitaillement russes, ses dépôts de carburant et ses infrastructures militaires à l'arrière du front.

Les espoirs de Poutine s'amenuisent

Sur le plan politique, Kiev a aussi reçu du soutien cette semaine. Au sommet du G7, Volodymyr Zelensky a rencontré le président américain Donald Trump. Parallèlement, pour la première fois, l’UE a prolongé ses sanctions contre la Russie de douze mois – un signal clair que l’Europe ne s’attend pas à une fin prochaine de la guerre. 

Cet enchaînement est une mauvaise nouvelle pour le Kremlin. Depuis des années, Poutine comptait sur le fait que le temps jouerait en sa faveur. Que l’Ukraine finirait par s’essouffler. Que l’Europe se lasserait de la guerre. Et que Trump ferait plus pression sur Kiev que sur Moscou. Mais ses espoirs s'amenuisent. 

Une détente au Proche-Orient pourrait même devenir un problème pour Poutine. Alors que Trump était accaparé par l’Iran pendant des mois, l’Ukraine s'est retrouvée reléguée au second plan sur l'agenda de Washington. Mais à présent, avec un accord qui semble se profiler, le président américain pourrait de nouveau se concentrer sur l’Europe.

Le piège du chef du Kremlin

En temps normal, tous ces arguments pousseraient Poutine à négocier. Seulement voilà: le chef du Kremlin ne dirige pas un système politique normal. Depuis un quart de siècle, son pouvoir sur les Russes repose sur une promesse: la stabilité en échange de leur liberté. La population ne s'immisce pas dans la politique et Poutine rend la Russie plus forte, plus sûre et plus influente. La guerre en Ukraine est devenue le test ultime de cette promesse.

Voilà pourquoi aujourd'hui le chef du Kremlin peut difficilement admettre que ses objectifs initiaux sont hors de portée. Car les dirigeants autoritaires ne survivent pas uniquement grâce à leur puissance militaire, mais aussi grâce à la perception de leur puissance. Tout compromis risquerait donc d’être interprété comme une faiblesse par la population, les élites et les partisans de la ligne dure de son propre camp.

Les options du Kremlin sont plus limitées que ne le laisse supposer la rhétorique russe. Une attaque directe contre des pays de l’OTAN serait extrêmement risquée tant que l’armée russe est engagée en Ukraine. De même, les experts jugent improbable le recours à des armes nucléaires tactiques. La guerre risque donc d'empirer. La Russie pourrait intensifier ses attaques contre les villes et les infrastructures énergétiques ukrainiennes, lancer de nouvelles vagues de drones et de missiles ou étendre progressivement sa mobilisation. Pour Poutine, ce serait le moyen le plus simple de prouver sa capacité d’action.

Alors que la réalité militaire et politique pousserait aux négociations, la logique du système Poutine s’y oppose. Plus les coûts de la guerre deviennent visibles, plus le front stagne, les doutes augmentent – même au sein de la Russie –, plus la pression s’accentue sur le Kremlin pour prouver que tout est sous contrôle. C’est précisément à cause de ces ploblèmes que Poutine pourrait être tenté de poursuivre l’escalade militaire.

Articles les plus lus