Le chef du Kremlin est mal pris
Cette fois, Poutine va devoir accepter l'offre de Zelensky

A l'aube de ce cinquième été de guerre, le président ukrainien passe à nouveau à l'offensive. Volodymyr Zelensky souhaite mettre définitivement fin au conflit. Des premières bases pourraient être posées ce mardi, non loin de la frontière suisse.
Un pas important vers la fin de la guerre a peut-être été franchi, mardi, sur les bords du Léman.
Photo: IMAGO/ABACAPRESS
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Samuel Schumacher

En 1962, Evian accueillait la signature d'un accord qui allait mettre fin à la guerre d'Algérie. Soixante-quatre ans plus tard, c'est un tout autre conflit qui se joue peut-être dans la célèbre station française: le président ukrainien Volodymyr Zelensky et son homologue américain Donald Trump se sont rencontrés ce mardi en marge du sommet du G7 pour discuter de la fin de la guerre en Ukraine.

Après un week-end d'anniversaire festif – marqué par un combat UFC, organisé directement dans les jardins de la Maison Blanche – Donald Trump semble d'excellente humeur. De plus, l'apparente (mais fragile) percée dans les négociations avec l'Iran devrait donner un nouvel élan à son activité sur la scène internationale. Volodymyr Zelensky en est parfaitement conscient et vient de faire au président russe Vladimir Poutine une proposition des plus déconcertantes – une offre «qu'il ne pourra pas refuser».

Concrètement, le dirigeant ukrainien propose une rencontre tripartite avec le chef du Kremlin et le locataire de la Maison Blanche aux Etats-Unis. «Il sera difficile pour Poutine de refuser», a martelé Zelensky à propos de son initiative. D'autant plus que Trump s'était montré favorable à l'idée lors d'un entretien téléphonique ce lundi, glissant que l'on «pourrait peut-être faire quelque chose».

Cette fois, la Russie risque bien de devoir y aller

Si, à l'issue de son entretien avec Zelensky ce mardi à Evian, Trump adresse bel et bien une invitation à Poutine, ce dernier devrait très vraisemblablement obtempérer: quand le président américain en personne vous convie à la table des négociations, on y va. Cette initiative pourrait ainsi sonner la fin de l'éternel jeu de cache-cache pratiqué par le chef du Kremlin, qui se dérobe à toute véritable discussion de paix depuis plus de quatre ans.

Hormis une invitation pour le moins déplacée de Poutine conviant simplement Zelensky à se rendre à Moscou, la Russie officielle s'est jusqu'ici contentée de trouver des excuses pour justifier le fait que des pourparlers de paix n'étaient pas «opportuns» dans l'immédiat. Mais cette fois, de nombreux signes indiquent que les dirigeants russes ne pourront plus tergiverser éternellement. Cela tient d'abord à l'étonnante résilience de Kiev sur le plan militaire.

Pertes XXL et retard sur l'armement

En effet, à l'aube du cinquième été de ce conflit, l'armée ukrainienne a repris du terrain à l'occupant russe, sans que celui-ci ne parvienne à conquérir de nouveaux territoires. Selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), Moscou en est réduite à répliquer en diffusant des vidéos truquées, générées par intelligence artificielle, mettant en scène de fausses cérémonies de lever de drapeau dans des villages prétendument conquis.

La Russie doit en outre composer avec des pertes colossales. Sur le seul mois de mai 2026, Kiev fait état de 30'000 soldats russes tués ou gravement blessés.

Par ailleurs, les Ukrainiens progressent à pas de géant dans le développement de nouveaux armements, comme en témoigne la présentation, cette semaine au salon de l'armement Eurosatory à Paris, des nouveaux missiles FP-7 et FP-9, conçus par l'entreprise ukrainienne FirePoin. Le FP-9 affiche une portée d'environ 855 kilomètres. Autrement dit: ce projectile dernier cri est à même d'atteindre Moscou.

Le geste inattendu de Loukachenko

Le rempart diplomatique contre la Russie semble également tenir bon. Lundi, les 27 Etats membres de l'UE ont donné leur feu vert pour ouvrir officiellement les négociations d'adhésion avec l'Ukraine.

Signe que les choses évoluent: même le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko se veut aujourd'hui plus conciliant. Dans une interview accordée à la chaîne Al-Arabiya, il a présenté ses excuses à Volodymyr Zelensky pour la dureté de ses propos passés.

De son côté, Moscou semble répondre de manière toujours plus désespérée aux succès défensifs ukrainiens. Dernièrement, l'armée russe a ainsi multiplié les attaques contre le patrimoine ukrainien. La Laure des Grottes, célèbre monastère orthodoxe de Kiev a notamment été touchée. Des exactions auraient par ailleurs été commises Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine, où l'armée russe aurait délibérément pris pour cible les secouristes qui intervenaient sur le site d'un premier bombardement, ce qui s'apparente à un véritable crime de guerre.

Economie en berne

L'état d'urgence pétrolier, décrété dans 21 régions russes, illustre pour sa part la précarité croissante de la situation à l'intérieur même du pays. La Russie, autrefois mastodonte de la production d'or noir et de gaz, se retrouve dans une situation critique en raison des frappes ukrainiennes continues contre ses infrastructures pétrolières.

L'efficacité des sanctions occidentales se confirme également, comme l'illustre le crash d'un bombardier stratégique lors d'un vol d'entraînement à Irkoutsk en début de semaine. Un incident qui révèle l'incapacité des forces armées russes à entretenir correctement leurs appareils sous le poids des restrictions en vigueur.

Pendant ce temps, l'Union européenne peaufine déjà un nouveau train de sanctions, le 21e du genre. Celui-ci prévoit notamment d'interdire à vie l'entrée sur le territoire européen à tout soldat russe ayant participé à la guerre en Ukraine. Mais il s'agit là de considérations pour l'avenir. Avant cela, la guerre doit prendre fin. Et ce mardi, à Evian, une première pierre fondatrice pourrait bien être posée.

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