«Ouvrez ce putain de détroit, espèces de tarés, ou vous vivrez en enfer!» Avec ses menaces visant le détroit d'Ormuz, le président américain Donald Trump semble avoir franchi un point de non-retour.
Que se passera-t-il si son ultimatum expire mercredi à 2h du matin (heure suisse)? Selon l'agence de presse officielle Irna, l'Iran a pour l'heure rejeté la dernière proposition de cessez-le-feu avec les Etats-Unis et Israël. Trois scénarios se dessinent, et tous sont hautement explosifs.
La voie risquée de la violence
Le premier scénario est celui de l'escalade. «En Iran, les centrales électriques et les ponts seront détruits!» Si Trump mettait sa menace à exécution en visant les infrastructures iraniennes — centrales électriques, ponts, sites industriels —, il ne s'agirait plus seulement d'une action militaire, mais d'un véritable basculement. Ces installations étant civiles, leur destruction pourrait être assimilée à un crime de guerre.
Parallèlement, l'Iran ne resterait certainement pas les bras croisés. Téhéran illustre déjà la logique de la puissance asymétrique au 21e siècle: nul besoin de bloquer totalement le détroit d'Ormuz. Quelques attaques ciblées suffisent à faire fuir les assureurs et les pétroliers, et donc à menacer jusqu'à un cinquième du trafic pétrolier mondial.
Une nouvelle escalade se propagerait rapidement à toute la région du Golfe, entraînant une flambée des prix de l'énergie et affectant gravement l'économie mondiale. Pour l'heure, il est peu probable que Donald Trump parvienne à convaincre la République islamique de renoncer.
Une telle escalade pourrait même se retourner contre lui. Les alliés européens prendraient davantage de distance, car des attaques contre des infrastructures civiles seraient politiquement difficiles à justifier. Parallèlement, la Chine, l'un des principaux importateurs d'énergie de la région, subirait d'immenses pressions et pourrait être contrainte de réagir.
L'épreuve de force invisible
Le second scénario est celui de la négociation. Tandis que le président américain attise publiquement la tension au maximum, des pourparlers seraient menés en coulisses, le Pakistan jouant le rôle de médiateur, en vue d'un possible cessez-le-feu, peut-être pour 45 jours.
En outre, Donald Trump fait face à une forte pression politique intérieure. La hausse des prix du pétrole et de l'essence commence déjà à peser sur l'économie américaine. Chaque nouvelle augmentation réduit la croissance et le pouvoir d'achat, tout en fragilisant son soutien politique à l'approche des élections de mi-mandat. Un ralentissement économique pourrait ainsi influencer directement le vote.
De son côté, l'Iran joue sa carte stratégique: le contrôle du principal point de passage énergétique mondial. Même sans une coupure totale, cette menace suffit à déstabiliser les marchés et les chaînes d'approvisionnement.
Un accord reste possible, mais il aurait un coût – surtout pour Donald Trump. Il impliquerait des garanties pour Téhéran, probablement des concessions financières, et surtout une redéfinition de l'équilibre des forces dans le Golfe, où l'Iran posséderait une influence bien plus importante. Dans ce contexte, la diplomatie apparaîtrait moins comme une avancée majeure que comme l'aveu implicite, pour Trump, d'avoir sous-estimé son adversaire. Ses objectifs initiaux, notamment un changement de régime, s'éloigneraient alors considérablement.
«Trump Always Chickens Out»
Et puis, il reste le troisième scénario: celui que les observateurs ont depuis longtemps qualifié cyniquement de «Trump Always Chickens Out» («Trump se dégonfle toujours»). En effet, ces dernières semaines, le président américain a à plusieurs reprises repoussé ses propres échéances, durci ses menaces, puis les a atténuées à la veille d'une potentielle escalade.
Ce schéma n'a rien d'un hasard. Ici, un recul ne serait pas présenté comme une défaite, mais comme un succès – par exemple, en repoussant l'échéance ou en annonçant des «progrès importants» dans les négociations. Militairement, rien ne changerait, mais rhétoriquement, Trump aurait une fois de plus fait preuve de force sans payer le prix d'une véritable escalade.
Le problème central reste toutefois entier: tant que le détroit d'Ormuz n'est pas ouvert, Trump ne peut pas crier victoire – et la pression sur les marchés se maintient.
Un ultimatum sans lendemain
Le véritable problème est donc plus profond que l'ultimatum lui-même. Donald Trump a instauré un climat de menaces sans proposer de stratégie claire pour l'avenir.
Parallèlement, l'Iran montre que la puissance géopolitique ne repose plus uniquement sur sa force militaire et économique, mais aussi sur le contrôle de points stratégiques clés. Le détroit d'Ormuz en est un exemple majeur: ce goulet d'étranglement peut, à lui seul, influencer l'équilibre mondial.