Les secrets d’une guerre ne sont pas faits pour être dévoilés alors que les hostilités se poursuivent. Cette évidence est répétée, depuis la récupération du second pilote américain dans les montagnes iraniennes, par l’entourage militaire de Donald Trump.
Motif: tous ceux qui côtoient le président des Etats-Unis redoutent de le voir donner trop de détails lors de sa conférence de presse prévue ce lundi 6 avril. Durant son échange avec les médias, ce dernier va à coup sûr souligner, à juste titre, l’extraordinaire réussite de l’opération de sauvetage menée ce week-end à deux reprises en terrain ennemi.
Mais attention: l’essentiel, pour les militaires, est que leur chef n’en dise pas trop. Les premiers faits que Donald Trump ne dévoilera pas concernent le processus de localisation des deux pilotes. On sait que les deux officiers, récupérés respectivement dans la nuit de vendredi à samedi et de samedi à dimanche dans la province iranienne de Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad (sud-ouest du pays), ont été localisés par leurs balises satellitaires, automatiquement activées suite à leur éjection.
Sur quelle fréquence? Comment s’est passée cette localisation, pour laquelle la CIA semble avoir joué un rôle déterminant? Toute information trop précise pourrait mettre en danger d’autres sauvetages, si des pilotes israéliens ou américains venaient à nouveau à se retrouver en territoire ennemi, suite à la chute de leur avion.
Brouillard sur les missiles iraniens
Deuxième chapitre que Donald Trump va sans doute occulter, ou minimiser: les conditions du crash du F-15 américain, dont on sait désormais qu’il a été abattu par un missile antiaérien iranien. Pendant tout le week-end, le brouillard planait sur les circonstances exactes de ce crash. Un accident technique était évoqué, pour bien montrer que l’aviation israélienne et américaine contrôle le ciel de l’Iran.
Dévoiler la nature du missile qui a touché le F-15 reviendrait en effet à admettre que l’Iran dispose toujours de moyens de défense sophistiqués. Le. Financial Times» avait révélé que le régime des mollahs a conclu en décembre 2025 un accord de près de 500 millions d’euros avec la Russie pour l’acquisition de milliers de missiles sol-air portables de dernière génération.
Ce contrat, signé à Moscou, prévoyait la livraison sur trois ans de 500 lanceurs «Verb » et de 2 500 missiles « 9M336 », destinés à reconstituer un système de défense aérienne sévèrement affaibli lors de la guerre de douze jours de juin 2025.
Ces batteries sont-elles, ou non, opérationnelles? Ont-elles été sous-utilisées jusque-là, pour permettre au régime de tenir? Troisième vérité opérationnelle que le «Commander in Chief» américain va sans doute occulter : les conditions de la récupération du second pilote, et la destruction consécutive de deux des avions censés ramener l’aviateur et ses sauveteurs en lieu sûr.
Ceux-ci, selon les informations données par les médias américains, sont restés bloqués sur une base isolée en Iran et ont dû être détruits pour les soustraire aux forces iraniennes. Trois autres avions de transport ont été mobilisés.
Mais quid des conditions d’abandon des appareils perdus, dont la télévision iranienne montre les débris en boucle? Ont-ils été touchés par des roquettes iraniennes? La thèse américaine, jusque-là, est qu’aucun affrontement direct avec l’armée ennemie n’a eu lieu lors des deux sauvetages. Une thèse qui permet à Donald Trump de laisser entendre qu’un assaut terrestre serait possible, puisque les forces du régime iranien sont impuissantes.
Ne rien dire sur les forces engagées
Donald Trump ne peut, enfin, pas trop en dire sur la composition des forces engagées au sol pour récupérer les deux aviateurs. Il semble que le commando 6 des « Navy SEALs », les fameuses forces spéciales de la marine américaine, a bénéficié d’un appui de commandos israéliens de l’armée de l’air, spécialisés dans ce type d’opérations. Mais gare au narratif guerrier: Trump va tout faire pour convaincre ses concitoyens que les Etats-Unis ont agi seuls, et qu’ils ont seuls les moyens de sauver leurs pilotes dans de telles conditions périlleuses.
Maintenant que les pilotes sont saufs, même si le second semble être sérieusement blessé, l’heure est au récit de victoire, destiné à calmer la colère, aux Eats-Unis, envers cette guerre que beaucoup de trumpistes considèrent avoir été dictée par Israël. Trump va cacher les informations les plus sensibles, tout en glorifiant le récit de l’assaut.
Un bon moyen aussi, pour le président, de faire pression sur le Congrès pour qu’il vote sa demande de rallonge budgétaire pour le Pentagone. Pour poursuivre cette guerre qui coûte 30 milliards de dollars par jour selon les estimations des instituts spécialisés, l’actuelle administration exige 200 milliards de dollars de rallonge immédiate, en répétant son objectif à terme: un budget annuel de 1 500 milliards de dollars pour 2027, contre 901 milliards en 2025.