Ils résisteront jusqu'au bout
Ces ayatollahs iraniens sont plus dangereux que leur guide caché

La République islamique d'Iran tient surtout par la résistance des Gardiens de la Révolution. Mais sa force est aussi d'avoir à sa tête des chefs religieux chiites résolus à résister aux Etats-Unis et à Israël. Et pas seulement le nouveau guide suprême Ali Khamenei.
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Les dirigeants suprêmes de l'Iran depuis 1979: les ayatollahs Ruhollah Khomeini (jusqu’en 1989), Ali Khamenei et Mojtaba Khamenei.
Photo: AFP
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Richard WerlyJournaliste Blick

Ils sont des dizaines. Ils apparaissaient rarement sur les images des défilés de la République islamique, avant le déclenchement de la guerre. Ils sont les gardiens de la révolution théocratique chiite, armés de leurs seules connaissances islamiques et de la peur qu'ils inspirent aux fidèles. Ces ayatollahs, installés pour la plupart dans la ville sainte de Qom – où aurait eu lieu, le 8 mars, la réunion du conseil des experts pour désigner le nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei, qui n'est toujours pas apparu en public ou en vidéo – sont l'incarnation du «velayat-e faqih» (le gouvernement du juriste islamique), qui concentre l’autorité religieuse et politique suprême entre les mains d’un seul ayatollah.

Ces religieux, ayatollahs ou hodjatoleslam (d'un rang théologique inférieur), sont beaucoup plus difficiles à cibler pour la coalition américano-israélienne. Ils vivent dans leurs écoles coraniques. Ils tiennent les centres sociaux. Ils sont surtout installés dans les mosquées. Ils n'interviennent pas directement dans la conduite des opérations militaires ou sécuritaires. «L’establishment clérical, même après la révolution, est resté séparé du régime», note un récent rapport de l'université américaine Brown. Certains, en son sein, sont même des disciples de l'ayatollah irakien Ali Sistani, favorable au quietisme du clergé et à l’absence d’ingérence en politique.

Guerre des douze jours

La réalité, pourtant, semble indiquer que la guerre des douze jours, en juin 2025, puis le déclenchement de l'actuel conflit, le 28 février, ont considérablement renforcé l'emprise des ultras conservateurs dans les rangs des religieux. Et surtout, une prise de pouvoir, dans la hiérarchie chiite de Qom, par les affidés des Gardiens de la révolution, colonne vertébrale sécuritaire et militaire de la République islamique.

Objectif: empêcher toute rébellion contre le nouveau Guide suprême Mojtaba Khamenei qui, comme son père Ali Khamenei, tué le 28 février, n'est qu’un clerc de rang moyen, qui, avant son accession au leadership, n’était même pas appelé ayatollah, encore moins grand ayatollah. Or le «velayat-e faqih» stipule que l’autorité religieuse doit fonder l’autorité politique. Ce qui fait de l'aczuel chef de l'Etat, Masoud Pezeshkian, (élu en juillet 2024) le 5e ou 6e personnage de l'Etat. «Les services de sécurité ont été, depuis la répression de janvier en Iran, utilisés pour intimider et faire pression sur d’autres grands ayatollahs afin de reconnaître son nouveau rang clérical.» affirme un diplomate familier des pourparlers nucléaires avec l'Iran . «A la guerre des missiles et des drones correspond aussi celle des turbans.»

Le plus redouté

L'homme le plus redouté, dans cette nouvelle garde de religieux chiites extrémistes alliés aux Gardiens, est Saeed Jalili, né le 6 septembre 1965 à Machhad, dans le nord-est de l’Iran. Selon le site «Le Grand Continent», ce conservateur radical est un «interprète maximaliste de la théologie politique khomeiniste». Nouveau coordinateur national pour la sécurité, il serait assisté du chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i et de l’ayatollah Alireza Arafi. C'est lui qui aurait décidé, jeudi 19 mars à l'aube, l'exécution à Qom d'un jeune lutteur de 19 ans, Saleh Mohammad. Partisan du réarmement nucléaire et de l’éradication militaire d’Israël, Saeed Jalili est le successeur d’Ali Larijani, tué le 17 mars. Fils d’un père kurde et d’une mère azérie, cet ancien candidat à la présidence de la République a combattu pendant la guerre Iran-Irak et y a perdu une partie de sa jambe droite lors du siège de Bassorah, ce qui lui a valu le titre de «martyr vivant» (shahid-e zendeh).

Le plus intéressant, dans le parcours de ce «dur» soupçonné d'être aujourd'hui l'ordonnateur d'exécutions collectives par pendaison alors que les avions américains et israéliens quadrillent le ciel iranien, est sa formation. Saeed Jalili est en effet diplômé de l’Université Imam Sadeq, une institution ultra-conservatrice formant les cadres idéologiques du régime. Selon «Le Grand Continent», qui lui a consacré un long article, «il y enseigne la 'diplomatie du Prophète', fondée sur la théologie islamique du VIIe siècle (...). Toute sa carrière académique, du master au doctorat, a été consacrée à construire une théorie de la politique étrangère basée sur le modèle prophétique.» Dans ses discours, il présentait régulièrement la destruction du «régime sioniste» comme une étape nécessaire à la libération universelle. William Burns, futur directeur de la CIA, le décrivait comme un «vrai croyant de la Révolution islamique».

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Effondrement organisationnel

Les religieux partisans d'une résistance totale aux agresseurs sont souvent membres, comme lui, du Front de stabilité de la révolution islamique, le parti le plus fondamentaliste et conservateur du pays. Or ce Front, allié aux Gardiens et aux Bassidji, tient l'Iran et ses 90 millions d'habitants. 

«La théorie de la transition de puissance suggère que les périodes de risque maximal de conflit surviennent lors de perturbations hiérarchiques, lorsque les rapports de force établis sont brutalement modifiés. Des opérations militaires telles que celles qui ont lieu en Iran depuis le 28 février peuvent 'accélérer l’effondrement organisationnel, tandis que d’autres mettent en garde contre des effets contre-productifs tels que la radicalisation et la dispersion opérationnelle'», mettait récemment en garde une note de l'ambassade américaine à Bagdad, dont les personnels essentiels ont été évacués.

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