L'Ukraine profite de la nouvelle situation mondiale
L'Iran fait de l'ombre à l'Ukraine, mais fait aussi le jeu de Zelensky

La guerre au Moyen-Orient éclipse la terreur en Ukraine des gros titres. Mais Volodymyr Zelensky sait habilement tirer parti de ce moment difficile. Et l'évolution actuelle sur le front redonne espoir aux Ukrainiens.
Avec ses technologies développées en matière de drones, l'Ukraine pourrait profiter de la guerre actuelle au Moyen-Orient.
Photo: AFP
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Samuel Schumacher

Plus de 60 guerres ont éclaté dans le monde en 2025, d’après l’organisation belge International Crisis Group. Si la majorité se déroulent loin de nos regards, la guerre en Ukraine pourrait bientôt être éclipsée par d’autres conflits, notamment au Moyen-Orient.

Le président Volodymyr Zelensky se bat sur tous les fronts pour éviter cet oubli. Car si l’attention se détourne de la guerre, le soutien s’estompera rapidement. Et l’Ukraine ne peut pas stopper seule la deuxième plus grande armée du monde, qui cherche à envahir son territoire depuis quatre ans. Mais pour ce printemps, Kiev détient un atout crucial qui pourrait s’avérer décisif.

Jamais l’Occident et le monde arabe n’avaient à ce point pris conscience de leurs insuffisantes capacités de défense. Les centaines d’attaques de drones iraniens réussies sur des cibles stratégiques dans le Golfe montrent que même des nations militaires puissantes ne sont pas armées pour contrer ces appareils meurtriers qui filent dans le ciel. Les vidéos dramatiques de drones Shahed qui frôlent la Burj Khalifa ou qui frappent l’ambassade américaine à Bagdad illustrent la défaillance alarmante des Etats arabes en matière de défense.

Des conseils contre des armes

L’Ukraine, cependant, offre une solution... et elle le fait efficacement. Onze pays, dont les Etats-Unis, ont déjà sollicité l’aide de Kiev pour contrer la menace des drones. L’Allemagne, la Roumanie, la Grande-Bretagne, entre autres, forment leurs troupes aux techniques ukrainiennes. Les producteurs d’armement ukrainiens sont devenus des invités incontournables des conférences internationales, à commencer par le Forum économique mondial de Davos (WEF). En 2026, l’Ukraine ne sera plus un simple demandeur d’aide, mais un prestataire de services de sécurité extrêmement recherché.

Cela dit, Kiev ne se lance pas dans cette aide par pure philanthropie. Elle attend en retour des fonds, des munitions et des armes. «Donnez-nous vos missiles Patriot, et nous ferons tomber les drones du ciel pour vous», tel est le message. L'Ukraine a besoin d'une aide urgente pour renforcer ses défenses aériennes contre les missiles de croisière et les roquettes russes.

En dehors de ce manque de munitions, le pays a su transformer sa production d’armements. En ce début 2026, 60% de son arsenal – y compris les missiles de croisière Flamingo capables de parcourir jusqu'à 1500 km – et plus de 96% de ses drones sont désormais produits localement, contre seulement 10% au début de la guerre. Cela représente un investissement colossal de 14 milliards de francs pour la recherche et le développement de nouveaux drones.

La coopération militaire entre l'Ukraine et les Etats-Unis – données des services secrets, photos satellites, échange d'informations – reste solide, malgré la rhétorique agressive de Donald Trump. le président américain semble toujours fidèle, d'une certaine manière, à son homologue russe, mais il est de plus en plus évident que la Russie soutient activement l’Iran, en partageant des données GPS issues de navires de guerre américains et en fournissant des drones Geran 2 produits en Russie.

Inversion d'une tendance

Malgré ces défis, l’Ukraine est toujours bien positionnée militairement. En février 2026, pour la première fois depuis l'offensive du Koursk en août 2024, les Ukrainiens ont libéré plus de territoires en un mois que les Russes n’en ont réoccupés. Un retournement de situation possible? Cela reste à confirmer, mais c'est un signe positif pour Kiev.

La diplomatie des armes de Zelensky, particulièrement au Moyen-Orient, devrait lui permettre de rallier de nouveaux alliés dans le monde arabe, qui pourrait même remettre en question sa neutralité historique. Le Qatar, en particulier, pourrait commencer à se demander s'il est encore judicieux d’entretenir des liens avec la Russie, maintenant que la complicité de Moscou dans l'approvisionnement en drones de combat à l'Iran est clairement établie par les services secrets arabes et américains. 

La Russie, bien qu'elle livre ses drones de combat aux mollahs via la mer Caspienne, ne domine cependant pas encore complètement la scène. D’après les estimations ukrainiennes, Moscou produit désormais chaque jour environ 500 drones Geran-2 et Geran-3 (inspirés des Shahed iraniens). Chaque drone russe qui échoue à atteindre l’Ukraine représente un léger affaiblissement de l’effort de guerre de Moscou.

L'Ukraine peut avoir disparu des gros titres à court terme, mais elle travaille en coulisses pour un retour en force. Sans ses technologies avancées et son expertise en drones, le monde ne pourra pas gagner la guerre contre la terreur moderne, quel que soit le régime en cause.

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