Il peine à trouver de l'aide au Moyen-Orient
Trump a plusieurs leviers pour se venger des Européens

Trump menace de se retirer de l'OTAN après que les Européens ont refusé de l'aider en Iran. Mais il dispose également d'autres leviers pour se venger.
Donald Trump fulmine après la fin de non recevoir opposée par ses alliés européenne.
Photo: Getty Images
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Guido Felder

Donald Trump fulmine, après le refus opposé mardi et mercredi par l’Europe à son appel à l’aide. Le président américain avait imploré plusieurs Etats membres de l’OTAN de participer à ses côtés au déminage du détroit d’Ormuz. 

Le blocus de cette voie maritime stratégique mis en place par l’Iran perturbe le commerce mondial et fait grimper les prix du pétrole et du gaz. De quoi susciter l'ire du locataire de la Maison Blanche. «Je ne l’ai jamais vu aussi en colère», a même déclaré sur X, le sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham.

Face à ce refus, le président américain a menacé de se retirer de l’OTAN. Une telle décision laisserait l’Europe seule face à la menace russe. Dans ce contexte, six pays se sont ravisés et ont annoncé ce jeudi être prêts à contribuer à la sécurisation du détroit d’Ormuz. Car un retrait pur et simple n’est pas le seul levier dont dispose Donald Trump pour faire pression. Voici les autres options qui s'offrent à lui.

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Le 28 février, les Etats-Unis et Israël ont déclenché une guerre contre l'Iran.
Photo: IMAGO/ZUMA Press Wire

Retirer le parapluie sécuritaire

Les Etats européens dépendent largement des Etats-Unis en matière de défense antiaérienne et de renseignement. Donald Trump a déjà commencé à sanctionner les partenaires jugés réticents en limitant le partage d’informations. L’Ukraine en a particulièrement fait les frais. La sécurité peut se dégrader rapidement si Washington décide en parallèle de retirer ses troupes de pays comme l’Allemagne. Même sans quitter formellement l’Alliance, Donald Trump a la capacité de fragiliser son fonctionnement de l’intérieur.

Faire payer les alliés

La logique financière reste centrale dans la politique de Donald Trump. Même en restant au sein de l’OTAN, il pourrait décider de facturer les services de l’armée américaine aux autres Etats membres. Il pourrait également exiger définitivement de tous ses alliés qu’ils consacrent 5% de leur PIB à la défense. Les pays qui ne s’y conformeraient pas seraient accusés de profiter du système et pourraient être délaissés en cas de crise.

Augmenter les droits de douane

C’est son outil de prédilection: à la fois pour sanctionner ses partenaires et pour renflouer les caisses américaines. Deux options s’offrent à lui: imposer de nouveaux droits de douane punitifs aux pays jugés récalcitrants, ou taxer le passage de navires dans le détroit d’Ormuz – qu’il doit désormais sécuriser seul – et dans d’autres routes maritimes stratégiques, comme le canal de Panama.

Diviser l’Europe

Donald Trump contourne déjà les institutions européenne, privilégiant les négociations bilatérales avec certains Etats. Un scénario se dessine: les «bons élèves» bénéficieraient de protection et d’accords avantageux, tandis que les autres seraient sanctionnés. «Les Etats-Unis ont clairement exprimé leur volonté de diviser l’Europe», reconnaissait la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, dans une interview.

Renchérir l’énergie

En retardant, voire en suspendant les autorisations d’exporter du gaz naturel liquéfié, Donald Trump pourrait accentuer la crise énergétique en Europe. Une telle mesure parait toutefois difficilement envisageable, car elle pénaliserait également les entreprises exportatrices américaines.

Relancer la question du Groenland

Le dossier du Groenland s’était fait plus discret ces dernières semaines, mais il pourrait revenir sur le devant de la scène. L’île, territoire autonome du royaume du Danemark, suscite toujours l’intérêt de Donald Trump, qui a affirmé en début d’année vouloir «absolument». Une occupation et une annexion de ce territoire stratégique, riche en ressources et peu peuplé, pourraient facilement être menées à bien par l'armée américain. Un tel scénario reste cependant très impopulaire, y compris dans le camp républicain.

Ne pas céder

Quelle que soit l'option retenue par Donald Trump, la riposte pourrait coûter cher à l’Europe. Mais selon Philipp Adorf, chercheur en sciences politiques à l'université de Bonn et spécialistes des Etats-Unis, il ne faut pas céder. «L’expérience des dernières années montre que les concessions ne marquent que rarement la fin des exigences de la Maison Blanche.»

Au contraire, céder renforcerait cette stratégie. Donald Trump pourrait en conclure qu’elle est efficace, au point de la répéter en permanence et de formuler de nouvelles menaces quelques jours à peine après la conclusion d'un accord.

Philipp Adorf souligne toutefois que la marge de manœuvre du président américain reste limitée sur certains points. L’assistance au sein de l’OTAN n’est pas légalement liée à des objectifs de dépenses précis, et la Cour suprême a déjà freiné certaines de ses initiatives en matière de droits de douane. «Les Européens peuvent donc aborder ce conflit avec une certaine sérénité», estime le chercheur.

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