Ex-soldat d'élite et confident
La démission de Joe Kent à la tête de l'antiterrorisme est un coup dur pour Trump

Un haut responsable américain de l’antiterrorisme a démissionné avec fracas et critiqué la guerre en Iran. Ancien proche de Trump, Joe Kent a rompu publiquement avec la ligne présidentielle. Cette décision fait les gros titres dans le monde entier.
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Sa démission fait beaucoup de bruit aux Etats-Unis: Joe Kent était chef de la lutte contre le terrorisme.
Photo: Director of National Intelligence
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Johannes Hillig

«Après mûre réflexion, j’ai décidé de démissionner avec effet immédiat de mon poste de directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme», écrit Joe Kent sur X. Il publie à cette occasion sa lettre de démission adressée au président américain Donald Trump.

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Le message connaît un large écho. Il a déjà été vu près de 82 millions de fois. Un intérêt qui s’explique notamment par le profil de l'homme, longtemps considéré comme un fidèle de Donald Trump. En février 2025, lors de sa nomination à la tête de l’antiterrorisme, il remerciait encore publiquement le président: «Merci, président Trump! C’est un honneur de servir à nouveau notre pays. Il est temps de le garder sûr et fort.» 

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«Insultant et ridicule»

Que s’est-il passé depuis? Joe Kent justifie sa démission par la guerre en Iran, qu’il refuse désormais de soutenir. «L’Iran ne représentait pas une menace immédiate pour notre pays, et il est évident que nous avons lancé cette guerre sous la pression d’Israël et de son influent lobby aux Etats-Unis», écrit-il dans sa lettre ouverte.

La réaction de la Maison Blanche ne s’est pas fait attendre. La porte-parole Karoline Leavitt a qualifié ces accusations d’«insultantes et ridicules». Interrogé mardi dans le bureau ovale, Donald Trump s’est montré peu conciliant: «Un type sympa, mais faible sur les questions de sécurité. C’est bien qu’il soit parti.»

Il a perdu sa femme dans un attentat

Cette démission constitue toutefois un revers pour le président américain. Joe Kent n’est pas un profil ordinaire. Ancien membre des forces spéciales et ex-officier de la CIA, il compte onze missions à son actif, notamment en Irak. Son expertise lui confère un poids particulier, et il est à ce jour le plus haut responsable à avoir critiqué publiquement la politique iranienne de Trump.

Sa trajectoire personnelle renforce encore la portée de sa prise de position. Sa femme, Shannon Kent, spécialiste du cryptage dans la marine américaine, a été tuée en 2019 lors d’un attentat-suicide en Syrie. Dans sa lettre, il évoque ce drame pour expliquer sa décision: il ne peut «pas soutenir l’envoi de la prochaine génération dans une guerre où elle devra se battre et mourir, sans bénéfice pour le peuple américain et sans justification au regard du prix des vies humaines».

Théories du complot

Père de deux enfants, Joe Kent s’est aussi engagé en politique en se présentant à plusieurs reprises à la Chambre des représentants. Ses campagnes ont toutefois été fragilisées par des controverses. Selon CNN, ses liens avec des milieux nationalistes blancs, notamment avec un sympathisant nazi, ont suscité de vives critiques.

Malgré ses tentatives de prise de distance, ces révélations ont pesé sur ses candidatures en 2022 et 2024 dans l’Etat de Washington, qu’il a perdues. CNN relève également son intérêt pour certaines théories du complot, comme l’idée d’une implication des services secrets dans l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021, ou encore des accusations de fraude lors de l’élection présidentielle de 2020. Aucune preuve n’a, à ce jour, étayé ces affirmations.

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