Attaque terroriste à Winterthour
La police zurichoise avait l'auteur dans son radar et avait prévenu Berne deux jours avant les faits

Deux jours avant l'attaque au couteau qui a fait trois blessés à Winterthour, la commission spéciale de la police cantonale zurichoise avait informé la police judiciaire fédérale d'une intervention à venir chez le futur auteur.
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L'auteur présumé a rapidement été interpellé.
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Andreas Schmid

Le 26 mai, soit deux jours avant l’attaque au couteau qui a fait 3 blessés à Winterthour (ZH), la commission spéciale (Soko) dite «Master» de la police cantonale zurichoise avait communiqué des informations sur l'auteur présumé à la Police judiciaire fédérale. Selon des informations obtenues par Blick auprès de sources policières bien informées, la commission spéciale a notamment relevé dans son rapport que Nesip D.*, un homme de 31 ans, avait contacté la police à Winterthour quelques heures plus tôt pour demander de l'aide.

Dans des propos confus, il avait alors affirmé être séquestré dans son propre appartement. Une patrouille de la police municipale de Winterthour s’était immédiatement rendue sur place avant de conduire l’individu au poste. Les agents avaient ensuite pris la décision de faire interner l'homme au sein des Services psychiatriques intégrés de Winterthour.

Libéré à la veille de l'attaque

Le fait que la commission spéciale ait été parfaitement au courant de ces événements et les ait signalés à la Police judiciaire fédérale démontre que l'auteur présumé se trouvait bien plus nettement sur le radar des autorités de sécurité qu'on ne le pensait jusqu'alors. Pourtant, à la veille de l'attaque, Nesip D. a été remis en liberté par l'établissement psychiatrique.

Quelques heures seulement après le drame, le conseiller d'Etat du canton de Zurich en charge de la sécurité, Mario Fehr (sans parti), est revenu en détail sur cet élément lors d'une conférence de presse. Il a ainsi formulé de vives critiques à l'encontre de l'institution psychiatrique.

La commission spéciale n'a pas pris de mesures

Toutefois, un élément a été passé sous silence par Mario Fehr et par le commandant de la police cantonale, Marius Weyermann: la commission spéciale «Master» était parfaitement au courant des délires paranoïaques manifestés par l'auteur présumé ces derniers jours et l'alerte avait été donnée – sans qu’aucune mesure efficace ne soit entreprise.

Les raisons pour lesquelles Mario Fehr et Marius Weyermann ont tu cette information, ainsi que la durée exacte de la surveillance de Nesip D. par la commission spéciale, restent pour l'heure inconnues. Kenneth Jones, porte-parole de la police cantonale zurichoise, s'est contenté de déclarer: «Une procédure est actuellement en cours auprès du Ministère public de la Confédération.» Il a ajouté que tout ce qui pouvait être communiqué sur cette affaire avait déjà été exposé lors de la conférence de presse de jeudi.

Naturalisé suisse en 2009

Lors de cette même rencontre avec les médias, les responsables ont affirmé que l'auteur de l'attaque, qui possède la double nationalité turco-suisse, était revenu de Turquie peu de temps avant l'attentat, après y avoir séjourné pendant près de deux ans. Une version contredite par les déclarations de la mère de l'intéressé: selon des sources proches du dossier, elle aurait indiqué à la police que son fils était de retour à Winterthour depuis le mois d'août dernier.

Nesip D. était pourtant connu des services de la police cantonale depuis des années, au moins depuis 2015. A l'époque, il avait été dénoncé pour diffusion de propagande en faveur de l'organisation Etat islamique (EI). Son nom apparaît à plusieurs reprises dans des dossiers judiciaires liés aux enquêtes sur la mouvance islamiste de Winterthour, gravitant autour de la mosquée An'Nur.

L'assaillant se revendiquait comme un partisan fervent de l'EI et se décrivait lui-même comme schizophrène, comme le rapportait la «NZZ». Ayant passé sa jeunesse dans le quartier de Wülflingen à Winterthour aux côtés de ses deux frères cadets, Nesip D. avait obtenu sa naturalisation en 2009.

Dans les radars depuis des années

La police cantonale zurichoise avait mis sur pied la commission spéciale «Master» en 2015, deux semaines après les attentats contre «Charlie Hebdo» à Paris. Cette unité spécialisée a pour mission de contrer la menace liée au terrorisme islamiste. Elle collabore étroitement avec les communes et la Confédération – ce qui explique le signalement transmis à la Police judiciaire fédérale, le 25 mai, lorsque le comportement de Nesip D. avait nécessité l'intervention de la police.

La gestion des menaces de la police cantonale zurichoise prévoit également de prendre contact avec des individus jugés dangereux et considérés comme «potentiellement capables de passer à l'acte». En 2015, cette unité a ainsi mené 170 «entretiens de mise en garde», dont une partie ciblait des individus potentiellement radicalisés. Cet outil est aussi utilisé par la police dans le cadre de violences domestiques ou d'autres types de conflits.

Selon des initiés, Nesip D. était dans les radars de la commission spéciale «Master» depuis des années. En raison de ses liens avec l'ancien réseau An'Nur et de ses activités de propagande pour l'EI, il était considéré comme l'un des éléments les plus visibles de la scène radicale locale.

Beaucoup de questions en suspens

On ignore cependant à quel moment précis la commission spéciale s'est intéressée au profil de Nesip D., et si des entretiens de mise en garde avaient déjà eu lieu par le passé. De même, la question reste ouverte de savoir si c'est son appel au secours d'il y a quelques jours qui l'a replacé au centre de l'attention, ou s'il faisait l'objet d'un suivi continu.

La mesure dans laquelle le Service de renseignement de la Confédération (SRC) suivait l'assaillant de Winterthour et son éventuelle classification comme individu dangereux demeurent également floues. La porte-parole Joanna Matta n'a pas souhaité faire de commentaire à ce sujet, se contentant de souligner que cette attaque au couteau correspondait aux analyses du SRC, selon lesquelles la menace terroriste émane principalement d'individus isolés liés idéologiquement au mouvement djihadiste.

*Nom connu de la rédaction

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