Manifestation pro-palestinienne à Genève
Huées, slogans et tensions à Genève lors de la venue d’Ignazio Cassis

Une centaine de manifestants se sont réunis lundi soir devant l’Intercontinental, à Genève, pour protester contre la venue d’Ignazio Cassis à un gala organisé par la CICAD. Sous la pluie, huées, slogans et tensions ont rythmé la soirée.
1/2
Une centaine de manifestants se sont réunis contre la venue de Cassis à Genève.
Photo: keystone-sda.ch
SOLENE_FACE (1).png
Solène MonneyJournaliste Blick

L’ambiance feutrée du hall de l’Intercontinental, à Genève, tranche ce lundi 11 mai avec la colère qui gronde quelques mètres plus loin, de l’autre côté de la route. Une centaine de manifestants se sont réunis pour protester contre la venue d’Ignazio Cassis, conseiller fédéral à la tête du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), à un colloque consacré à l’antisémitisme organisé par la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD).

Sous une pluie battante, les slogans pleuvent, accompagnés de huées: «Cassis, on ne t’oublie pas, la justice te condamnera», «Cassis collabo», ou encore «Israël terroriste, la Suisse complice». La manifestation vise aussi les positions de la CICAD, qui appelle notamment à lutter contre l’antisionisme, considéré par l’organisation comme une «forme contemporaine d’expression de l’antisémitisme».

L’atmosphère est tendue, mais reste sous contrôle. Les forces de l’ordre ont d’abord lancé plusieurs sommations, évoquant de possibles interpellations. Puis, la vingtaine de policiers présents a finalement pris du recul pour s’abriter sous l’auvent de l’hôtel face aux manifestants.

«L'heure est grave»

Au rythme du ballet des voitures qui s’arrêtent devant l’établissement, la tension monte parfois d’un cran. Certains clients de l’Intercontinental filment les manifestants depuis leur véhicule. L’un d’eux adresse même un discret doigt d’honneur à la foule. Quelques protestataires répondent par le même geste. D’autres conspuent les personnes entrant à l'intérieur de l’hôtel: «Honte à vous!», «Assassins!», lancent-ils.

Pour Céline, présente sur place, il est essentiel de «dénoncer la complicité des autorités fédérales» dans le conflit à Gaza. Elle invoque la tradition humanitaire de la Suisse, qu’elle estime trahie par les prises de position du chef du DFAE. «Il faut qu’il prenne conscience que l’heure est grave. Il ne peut pas rester le cul entre deux chaises», s’indigne-t-elle.

En février, plus d’une vingtaine d’avocats avaient d'ailleurs saisi le Bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI), en visant Ignazio Cassis pour une possible complicité de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide en lien avec la situation à Gaza. Selon eux, la Suisse n’a pas respecté ses obligations découlant du droit international. Ils reprochent notamment aux autorités fédérales de ne pas avoir suspendu leur coopération avec Israël ni pris de mesures concrètes.

«Faire un peu de bordel»

Pendant près d’une heure et demie, les slogans et les huées n’ont pratiquement jamais cessé. «Il faut parfois faire un peu de bordel pour faire souffler un vent de rébellion», confie à Blick Roberto, qui dit avoir participé à deux flottilles en 2011 et 2025.

Pour cet homme venu de La Chaux-de-Fonds, il était impensable de ne pas être présent afin de «semer des graines». Malgré la situation, il garde l’espoir d’un changement: «Ce qui se passe à Gaza est tellement cruel que cela en devient illogique.»

Cassis inquiet face à l'antisémitisme

De son côté, Ignazio Cassis a une nouvelle fois exprimé son inquiétude face à la montée de l’antisémitisme, y compris en Suisse. Il avait déjà alerté sur le sujet il y a trois mois, lors de l’ouverture d’une conférence de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). «Lorsqu'une société recommence à chercher des coupables simples à des réalités complexes, les juifs figurent souvent parmi les premiers visés», a déclaré le conseiller fédéral.

Selon lui, l’invitation de la CICAD revêt une importance particulière, car elle reflète «l’état de nos démocraties». Il a également estimé que les réseaux sociaux amplifiaient la recrudescence de l’antisémitisme, mettant en garde contre une radicalisation plus large du débat public et contre l’effritement de la cohésion sociale. La lutte contre l’antisémitisme, a-t-il rappelé, «concerne toute la société».

Articles les plus lus