Ignazio Cassis s’apprête à entrer en terrain miné. Lundi, le conseiller fédéral est attendu à l’hôtel Intercontinental de Genève, où la CICAD organise un colloque consacré à l’antisémitisme. Devant l’entrée, une manifestation de soutien à Gaza est annoncée.
L’ancien maire de Genève, Rémy Pagani, accuse Ignazio Cassis de soutenir la «politique génocidaire» d’Israël et d’entacher la tradition humanitaire de la Suisse. Celui-ci figure parmi les opposants les plus virulent au conseiller fédéral.
Le DFAE durcit le ton
L’an dernier, Rémy Pagani faisait partie des membres de la flottille pour Gaza interceptée par Israël. Une nouvelle embarcation, partie à la mi-avril, a récemment été stoppée par l’armée israélienne au large de la Crète.
En amont de ce nouveau départ, le DFAE avait durci le ton: quiconque embarquera à bord de la flottille malgré un avertissement explicite aux voyageurs agira par négligence et sera sous sa propre responsabilité. L'aide consulaire sera limitée au minimum légal et les prestations seront facturées. Dans le même temps, le département a annoncé qu'en cas d'arrestation, les visites seraient limitées aux situations d’urgence et que toute aide ultérieure serait désormais conditionnée à un paiement préalable.
Les factures impayées des précédants membres de la flotille sont l'une des raisons de ce durcissement. Suite à leur retour, le DFAE a fait parvenir aux militants 19 factures de 510 francs chacune pour couvrir les frais liés à la protection consulaire. A ce jour, une seule a été réglée. Les 18 autres militants ont fait recours et refusent de payer. Pour les fonctionnaires, ce refus est perçu comme un affront; pour les militants, comme un acte de résistance. Au DFAE, on assure par ailleurs que les coûts réels ont été bien supérieurs aux montants facturés.
Rémy Pagani s'en prend à Cassis
Lors de la réunion avec les représentants du DFAE, Rémy Pagani aurait déclaré qu'en se rendant à Genève, Ignazio Cassis ferait l'expérience de la façon dont sa politique à l’égard d’Israël est perçue. Sa collègue Annie Serrati a explicitement fait référence à la manifestation de lundi devant l’hôtel Intercontinental.
S'agit-il d'une menace? Annie Serrati rejette cette allégation: elle demande simplement pourquoi Ignazio Cassis rencontrait des représentants d’une organisation qui qualifie d’antisémitisme toute critique de la «politique génocidaire» d’Israël.
Elle appelle par ailleurs à une manifestation «civique et pacifique» ce lundi. «Ignazio Cassis n’est pas le bienvenu à Genève», peut-on lire sur des tracts. La police est en alerte – le dispositif de sécurité devrait être renforcé.