Drame de Crans-Montana
Pascal Couchepin s'agace des critiques contre le Valais

Pascal Couchepin défend le Valais dans le drame de Crans-Montana, reproche à l'UDC d'alimenter des utopies sur la neutralité et s'oppose à l'obligation d'apprendre le français.
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Pascal Couchepin prend la défense du Valais dans la gestion politique du drame de Crans-Montana.
Photo: Philippe Rossier
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Raphael Rauch

Pascal Couchepin, êtes-vous toujours fier du Valais?
Bien sûr! Evidemment le Valais commet des erreurs, comme tout le monde, mais nous faisons tout autant de bonnes choses. Ceux qui ne soulignent que ses faiblesses ne se rendent pas compte à quel point le Valais est formidable.

Depuis le drame de Crans-Montana, la réputation du Valais a été entachée.
Je ne suis pas responsable du comportement de tous les Valaisans. Ce qui s’est passé à Crans-Montana est une terrible tragédie. Mes pensées vont aux victimes, aux survivants et aux familles touchées. Je leur souhaite beaucoup de courage. La justice condamnera les responsables. Mais il y a autre chose qui me dérange.

Quoi donc?
Pourquoi certains journaux zurichois font-ils du «deux poids, deux mesures»? A l’hôpital universitaire de Zurich, des personnes ont perdu la vie à cause des erreurs d’un chirurgien. Pourquoi ne tient-on pas le gouvernement zurichois pour responsable? Qu’en est-il des défaillances des autorités?

Ce n’est pas parce que la Direction de la santé n’a pas la situation sous contrôle à l’hôpital universitaire que cela améliore la situation en Valais!
Je ne veux rien relativiser. Mais lorsqu’un problème survient en Valais, on parle très vite de défaillance structurelle. Dans d’autres cantons, on réagit souvent avec plus de retenue.

Démissionner après une tragédie?

Votre fils est l’avocat de la commune de Crans-Montana et aurait recommandé au président de la commune de ne pas assumer la responsabilité.
Mon fils est l’avocat de la commune depuis des années. Le problème que vous évoquez est un problème de relations publiques et non un problème juridique.

Que signifie pour vous la responsabilité politique?
Pour moi, la responsabilité politique ne signifie pas qu’il faille démissionner immédiatement en cas de tragédie. Que savait-on réellement? Qu’est-ce qui était contrôlable? Qu’est-ce qui était réellement évitable?

Vous trouvez donc normal que Nicolas Féraud reste en fonction?
Ce problème ne me concerne pas. Mais la responsabilité, c’est aussi réparer les dégâts et corriger les erreurs. Pour moi, il est clair que l’administration valaisanne a elle aussi montré des faiblesses. Pourquoi l’administration cantonale n’a-t-elle pas tiré la sonnette d’alarme lorsque les rapports annuels n’ont pas été remis, notamment ceux de Crans-Montana? Pourquoi les communes n’ont-elles pas été contrôlées plus rigoureusement? Ces questions doivent être élucidées.

Vous avez siégé longtemps au gouvernement de Martigny. Vous êtes-vous occupé de la sécurité incendie?
Bien sûr, nous avons embauché du personnel compétent. On m’a dit que notre responsable de la sécurité incendie faisait de temps à autre le tour des bistrots avec un chalumeau pour vérifier si les rideaux étaient inflammables.

Parlons du 1er Août. Quel est votre message à la Suisse?
Nous devrions être reconnaissants de ce que la Suisse a accompli et envisager l’avenir avec lucidité. Nous vivons dans un pays où l’inflation est faible, les finances publiques saines, la liberté grande et où l’on est capable de résoudre les conflits pacifiquement. Nous ne devrions pas mettre cela en péril. En même temps, nous devons nous demander comment améliorer encore notre vie en communauté.

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La neutralité ne doit pas être un dogme qui paralyse le Conseil fédéral. Notre politique étrangère a besoin de souplesse, pas de formules rigides.
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Dans quelle mesure Trump, Poutine et compagnie vous inquiètent-ils?
Les nombreuses guerres me préoccupent, mais très honnêtement: nous n’avons jamais été aussi bien lotis. Contrairement à l’UDC, je ne crois ni à la nostalgie du passé ni aux utopies. Autrefois, nous étions moins bien lotis qu’aujourd’hui. Dans le Valais et dans d’autres cantons, les gens mouraient de faim.

Une sacrosainte neutralité?

Pourquoi rejetez-vous l’initiative de l’UDC sur la neutralité?
Je ne suis pas un utopiste! L’UDC a une conception de la neutralité qui, en réalité, n’est qu’une illusion. La neutralité ne doit pas être un dogme qui paralyse le Conseil fédéral. Notre politique étrangère a besoin de souplesse, pas de formules rigides. Le général Guisan a violé la neutralité – dans l’intérêt de la Suisse! Il a mené des négociations secrètes avec la France pour protéger la Suisse d’Hitler. La neutralité fait partie intégrante de la Suisse mais nous ne devons pas la graver dans le marbre.

Certains de vos collègues du PLR veulent supprimer l’apprentissage précoce du français. Qu’en pensez-vous?
Je regrette que l’on veuille abandonner l’apprentissage précoce du français. Au final, on parlera encore plus l’anglais et ce serait une grande perte pour la Suisse.

Vous soutenez donc la loi nationale sur les langues proposée par la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider?
Non, je suis contre une loi nationale sur les langues. On ne peut pas forcer les enfants à aimer une langue qu’ils ne veulent pas apprendre. L’enseignement devrait être suffisamment passionnant pour que les enfants aient envie d’apprendre le français. Mais je suis contre la contrainte.

Que pensez-vous des tergiversations de votre parti sur la question européenne?
Le PLR a une position claire: il est favorable aux accords bilatéraux III. A mon avis, nous devrions les conclure sans majorité des cantons. Certaines personnes veulent une majorité des cantons «sui generis». Elles ont besoin d’un mot latin pour dire qu’il n’y a aucune raison d’instaurer la majorité des cantons. En latin, cela semble particulièrement intelligent et scientifiquement fondé, alors qu’il s’agit d’arbitraire. Presque tous les juristes affirment que, selon la Constitution, la majorité des cantons est hors de question.

Augmenter la TVA pour l'AVS?

L’ancien président du PLR, Thierry Burkart, ne respecte pas la décision des délégués et le coprésident Benjamin Mühlemann est indécis.
C’est une affirmation. Thierry Burkart n’est plus président du parti. Je lui suis reconnaissant pour ce qu’il a accompli et je lui souhaite un bel avenir politique. Mais la décision du parti fait loi.

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Il n’est pas normal que nous vivions plus longtemps et en meilleure santé, mais que nous ne puissions pas travailler plus longtemps
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Le Conseil fédéral veut augmenter la TVA pour financer la 13e rente AVS et l’armée. Qu’en pensez-vous?
Je voterai probablement «non». La meilleure solution serait de relever l’âge de la retraite. Nous pouvons travailler plus longtemps!

En tant que retraité, c'est facile à dire.
J’ai travaillé au-delà de 65 ans! Je ne parle pas des ouvriers qui ont peiné toute leur vie sur les chantiers. Pour eux, il faut trouver des solutions. Je connais beaucoup de gens qui s’ennuient à la retraite. Beaucoup d’entre eux auraient aimé travailler un peu plus longtemps. Il n’est pas normal que nous vivions plus longtemps et en meilleure santé, mais que nous ne puissions pas travailler plus longtemps. Malheureusement, les syndicats et de nombreux militants de gauche bloquent le débat. La Suisse alémanique serait prête à en discuter. En Suisse romande, le débat est plus difficile en raison de l’exemple de la France.

A ce propos: une présidente française comme Marine Le Pen serait-elle un danger pour la Suisse?
Non, elle ne deviendra pas présidente! Et même si c'était le cas, nous devrions analyser la situation avec sang-froid, au lieu de nous énerver immédiatement. Nos relations avec la France ne dépendent pas de personnalités individuelles.

Qu’est-ce qui vous rend si sûr que Marine Le Pen ne deviendra pas présidente?
Les forces politiques françaises finiront par l’arrêter. Elle se qualifiera pour le second tour et là, tout le monde s’alliera contre elle. La politique intérieure française est très dynamique, beaucoup de choses peuvent encore se passer en un an.

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