Le président des jeunes PLR fracasse la réforme de l'AVS
«Elisabeth Baume-Schneider refuse de faire son travail»

Le président des Jeunes Libéraux-Radicaux, Jonas Lüthy, met en garde contre un assainissement de l'AVS sur le dos des jeunes. Dans une interview pour Blick, il plaide pour un relèvement de l'âge de la retraite et accuse Elisabeth Baume-Schneider de passivité.
1/5
A 23 ans, Jonas Lüthy préside les Jeunes libéraux-radicaux.
Photo: Raphaël Dupain
LucienFluri05.jpg
Raphaël _Dupain_Fotograf_Blick_1-Bearbeitet.jpg
Lucien Fluri et Raphaël Dupain

Cete nouvelle interview risque, elle aussi, de susciter quelques e-mails furieux. A 23 ans, Jonas Lüthy, président des Jeunes Libéraux-Radicaux, n'hésite pas à exprimer des avis tranchés sur l'AVS, au risque de se faire des ennemis. Celui qui s'était fermement opposé à la 13e rente AVS plaide désormais pour un relèvement de l'âge de départ à la retraite. Le jeune homme accuse également la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider de «refuser de faire son travail». Convaincu que les jeunes paient aujourd'hui le prix du manque de volonté réformatrice à Berne, il prévient: «C'est un poison pour le contrat intergénérationnel.» Blick a rencontré le jeune étudiant en droit au Kunsthaus Zurich.

Jonas Lüthy, vous avez 23 ans et vous vous intéressez sans cesse à l’AVS…
Croire que la prévoyance vieillesse ne concerne que ceux qui en perçoivent des prestations est une fausse idée malheureusement très répandue. Le sujet est tout aussi important pour celles et ceux qui la financent. Ce qui m'importe avant tout, c'est que le poids de son financement ne repose pas uniquement sur les jeunes générations. C'est une question d'équité intergénérationnelle.

Pourquoi, selon vous, l’AVS est-elle inéquitable sur le plan intergénérationnel?
Le fait est que l'AVS, pilier principal de notre protection sociale, est en grande difficulté. Selon une étude d'UBS sur la prévoyance, le premier pilier affiche des engagements non financés à hauteur de 1315 milliards de francs. Si ce déficit est comblé en prélevant toujours davantage d'argent sur la population active, c'est un poison pour le contrat intergénérationnel.

Vous craignez donc que ce soient les jeunes qui en fassent les frais...
Actuellement, les solutions envisagées pour combler les déficits se résument presque exclusivement à des hausses de la TVA ou des cotisations salariales. Le risque est donc que la charge financière se répercute, une fois de plus, principalement sur les actifs et, par conséquent, de manière disproportionnée sur les jeunes générations.

En novembre, nous voterons sur le financement de la 13e rente AVS. Le Parlement mise exclusivement sur une augmentation de la TVA. Toutes les générations y contribueront.
Ce projet est certes un moindre mal par rapport à une nouvelle augmentation des cotisations salariales, car celles-ci pèseraient exclusivement sur la population active. Cela ne signifie pas pour autant qu'il mérite d'être soutenu.

«
Une année de travail supplémentaire rapporterait environ 3 milliards de francs par an à l’AVS. Tout le reste n’est au final que du bricolage politique
Jonas Lüthy, président des Jeunes libéraux-radicaux
»

Pourquoi?
Premièrement, aucune proposition ne mérite d'être approuvée tant que les problèmes structurels de l'AVS ne sont pas traités. Sinon, le financement continuera de se faire sur le dos des jeunes générations. Deuxièmement, le succès du modèle suisse repose aussi sur le fait que notre TVA est toujours restée relativement supportable. Or, la Berne fédérale cherche désormais à traiter plusieurs problèmes de financement en augmentant cet impôt, que ce soit pour l'AVS, mais aussi pour l'AI et l'Armée. Toujours plus d'impôts, toujours plus d'impôts, toujours plus d'impôts. Nous ne cautionnons pas une hausse aussi inconsidérée du coût de la vie. On doit trouver des solutions structurelles.

C'est-à-dire un relèvement de l’âge de départ à la retraite?
Exactement, cela signifie travailler plus longtemps, car nous vivons aujourd’hui nettement plus longtemps qu’au moment de l’introduction de l’AVS. Une année de travail supplémentaire rapporterait environ 3 milliards de francs par an à l’AVS. Tout le reste n’est au final que du bricolage politique. La conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider a été chargée par le Parlement de présenter une réforme destinée à assurer la pérennité financière de l’AVS. Or, avec la proposition qu’elle a présentée en mai, elle a, de fait, refusé de faire son travail.

Il serait assez improbable de voir le Conseil fédéral proposer un relèvement de l'âge de départ à la retraite. Pour beaucoup, les 65 ans actuels sont sacrés.
Ce qui est sacré politiquement peut malgré tout devenir insoutenable financièrement. Quoi qu'il en soit, le constat est sans appel: depuis l'introduction de l'AVS en 1948, l'espérance de vie restante après l'âge de départ à la retraite a augmenté d'environ huit ans pour les hommes et de dix ans pour les femmes. Les retraités perçoivent donc leur rente pendant une période toujours plus longue, ce qui accroît les besoins financiers de l'AVS. Mais effectivement, le fait que nous, les Jeunes Libéraux-Radicaux et depuis peu le PLR, soyons les seuls à le dire aussi ouvertement et avec une telle conviction ne favorise pas vraiment l'obtention d'une majorité.

Pour Jonas Lüthy, l'âge de départ à la retraite doit impérativement être calqué sur l'espérance de vie.
Photo: Raphaël Dupain

Peut-être que le Centre et l’UDC se rendent simplement compte qu’une augmentation n’a aucune chance d’aboutir. Elaborer des projets qui de toute évidence seront rejetés par le peuple n’a guère de sens.
L’histoire suisse a montré à maintes reprises qu’il faut parfois plusieurs tentatives avant qu’une idée ne s’impose. Même l’introduction de l’AVS, par exemple, n’a pas abouti du premier coup. Cela reste une question de volonté politique.

N'est-ce pas faire preuve d'un optimisme excessif?
Chez notre voisin allemand, qui traverse actuellement une crise, la ministre social-démocrate du Travail a récemment qualifié de «véritable chef-d’œuvre» une proposition de réforme prévoyant de lier l’âge de la retraite à l’espérance de vie. Le modèle allemand propose de relever l’âge de la retraite d’un an à chaque fois que l’espérance de vie augmente de deux ans. J’espère sincèrement que la Suisse développera, au-delà des clivages politiques, un pragmatisme similaire sur cette question. Un tour d’horizon mondial montre qu’un quart des pays de l’OCDE relève déjà automatiquement l’âge de la retraite en fonction de l’espérance de vie. La Suisse est à la traîne.

Aujourd’hui déjà, certains salariés peinent à trouver un nouvel emploi dès qu'ils ont atteint les 58 ou les 60 ans..
C’est une objection tout à fait légitime. Un relèvement de l’âge de la retraite n’est justifiable que si l’économie contribue à ce que les salariés plus âgés puissent rester intégrés sur le marché du travail. Il va également de soi que des dispositions particulières doivent être prévues pour les métiers physiquement très exigeants. Cela ne fait guère débat à mes yeux. Je parle exclusivement ici de la grande majorité des actifs qui pourrait sans autre travailler plus longtemps.

«
En matière de prévoyance vieillesse, la redistribution excessive des jeunes vers les plus âgés est devenue problématique
Jonas Lüthy, président des Jeunes libéraux-radicaux
»

Sur quels points êtes-vous prêts à faire des concessions?
Nous sommes prêts à accepter un compromis, à condition qu'il comporte des mesures structurelles. Mais pour l'instant, le Conseil fédéral et le Parlement repoussent le problème à plus tard. Mais...

Je vous en prie.
Malheureusement, ce n'est pas un cas isolé. Trop souvent, la politique suisse sacrifie la viabilité au long terme au profit du confort à court terme. Trop souvent, elle ne pense qu'aux prochaines élections. Cela se voit non seulement dans le financement de l'AVS, mais aussi dans la sécurité de notre approvisionnement énergétique, la défense nationale ou encore la politique climatique.

Les générations plus âgées vivent-elle aux dépens des jeunes?
Au fond, les jeunes générations profitent de tout ce que leurs aînés ont construit. Mais en matière de prévoyance vieillesse, la redistribution excessive des jeunes vers les plus âgés est devenue problématique. Que des personnes aisées, qui perçoivent déjà la rente AVS maximale, bénéficient désormais d'une 13e rente AVS passe complètement à côté de l'objectif.

La 13e rente AVS a été acceptée parce que les personnes âgées votent plus souvent que les jeunes. Dans le même temps, cela rend aussi un relèvement de l'âge de la retraite plus difficile. Le poids électoral des seniors est-il devenu un problème pour la Suisse?
Le problème n'est pas de savoir qui vote, mais comment les décisions sont prises. Cela dit, les jeunes doivent effectivement participer plus souvent aux votations et défendre leurs intérêts. Mais il est encore plus important, me semble-t-il, de convaincre les personnes, quelle que soit leur génération, de la nécessité d'une politique plus équitable sur le plan intergénérationnel.

Vous vous êtes exprimé à plusieurs reprises de manière incisive sur la question de l’AVS. Recevez-vous beaucoup de messages haineux?
Oui, tout à fait. Mais tant qu'au milieu de l'indignation et des points d'exclamation se trouve encore un véritable argument, je prends toujours le temps d'y répondre. Après tout, la démocratie ne vit pas des applaudissements, mais de la contradiction.

Articles les plus lus