Profiter de sa retraite sous les palmiers tout en touchant chaque mois sa rente suisse : pour beaucoup de seniors, c'est le rêve absolu. Pourtant, cet argent ne se retrouve pas toujours dans les bonnes poches. Près de 40 millions de francs ont été versés en trop ces dernières années. Fin mars, 17 millions de francs restaient encore à récupérer, tandis que quelque 300'000 francs étaient d'ores et déjà considérés comme définitivement perdus.
Ces chiffres édifiants proviennent de la Centrale de compensation (CdC), un organisme rattaché à l'Administration fédérale des finances, et ont été révélés par la «SonntagsZeitung».
Un cas concret montre à quel point les failles du système peuvent être exploitées: un ressortissant malien a en effet touché une rente suisse pendant des années, alors qu'il s'était installé dans un pays n'ayant signé aucun accord de sécurité sociale avec la Suisse. En utilisant l’adresse de proches résidant en Suisse, il a continué à faire croire qu’il y avait son domicile. L’AVS a finalement exigé le remboursement de 72'000 francs. Le Tribunal administratif fédéral a confirmé cette demande de remboursement en 2025.
Le recouvrement de ces fonds est nettement plus difficile à l’étranger qu’en Suisse. Alors qu’ici, une procédure de poursuite rapide est possible, de nombreux pays ne disposent pas d’instruments comparables. Souvent, ces affaires aboutissent devant les tribunaux, ce qui entraîne de longues procédures et des coûts élevés.
Huit milliards de francs partent chaque année à l’étranger
Le problème ne cesse de s’aggraver, car de plus en plus de retraités suisses vivent à l’étranger. Leur nombre a presque doublé au cours des 20 dernières années. Le nombre de bénéficiaires étrangers de l’AVS résidant hors de Suisse a connu une hausse tout aussi forte. Il est impossible de déterminer avec précision combien de personnes émigrent après leur départ à la retraite.
Dans ce contexte, les changements de situation non signalés à l'AVS s'avèrent particulièrement critiques, qu'il s'agisse d'un décès, d'un déménagement ou d'un changement de statut de vie. En l’absence de déclaration, le versement des rentes peut se poursuivre. Selon la «SonntagsZeitung», environ un million de rentes AVS et AI, d’une valeur totale d’environ 8 milliards de francs, sont versées chaque année à l’étranger.
Le Contrôle fédéral des finances (CDF) a donc critiqué la Centrale de compensation (CdC) à plusieurs reprises. Dans un nouveau rapport, il constate toutefois des progrès: grâce à un échange automatique de données avec sept pays européens, les décès sont aujourd’hui détectés plus rapidement. Les anciennes listes Excel utilisées pour les litiges ont également été remplacées par un nouveau système.
D’autres faiblesses sont toutefois relevées par le CdF. L'analyse des données serait ainsi encore insuffisante, les contrôles n’étant souvent effectués que de manière ponctuelle. De plus, la CdC n’aurait pas un accès complet à toutes les données de l’AVS et de l’AI. Elle ne serait donc pas toujours en mesure de détecter à temps les erreurs ou les cas de fraude, rapporte la «SonntagsZeitung».
La CdC fait état d’améliorations et affirme que certaines recommandations ont d'ores et déjà mises en œuvre. Reste à savoir si celles-ci sont suffisantes, écrit le Contrôle des finances.