Depuis que six personnes ont perdu la vie dans l'embrasement d'un car postal à Chiètres (FR), vous avez peut-être cherché des yeux les extincteurs présents dans les métros, bus, trains ou trams que vous empruntez. En effet, des inquiétudes naissent dans le sillage de cette tragédie survenue le 10 mars.
Sur la plateforme X, un internaute se demandait notamment si les marteaux brise-vitres installés dans les trains CFF étaient distribués de manière équitable dans les premières et deuxième classes. Sollicités, le transporteur nous a répondu. «Les équipements de sécurité, notamment les marteaux, les extincteurs ou encore les sprinklers varient en fonction de chaque type de train, évoque Jean-Philippe Schmidt, porte-parole. Des concepts de sécurité sont établis pour chacun d'entre eux.»
Nous n'avons pas obtenu davantage de précisions. Pour y voir plus clair, nous avons donc cherché à mieux comprendre le dispositif de sécurité qui régit la prévention incendie dans les transports publics suisses.
Le drame de Chiètres était un incident «hors normes»
Notons d'emblée que dans le cas de Chiètres, il ne s'agit pas d'un incendie technique: l'utilisation, même précipitée, d'un matériel de prévention n'aurait probablement rien changé. Ainsi que le confirme Eric Dubouloz, expert en protection incendie pour l'Association des établissements cantonaux d'assurance incendie (AEAI), il s'agit d'un cas de figure très particulier, dans la mesure où une personne a choisi de s'immoler par le feu à l'aide d'une quantité importante de liquide combustible.
«Très clairement, cet incident est 'hors-norme', souligne-t-il. Le liquide inflammable va couler au sol pour créer des flammes très rapides et vives sur tout le plancher du véhicule, piégeant très vite les usagers. C'est un peu comme si l'on remettait en question la sécurité d'un bus dans lequel une personne fait sauter une grenade… C'est très dangereux, c'est interdit et c'est non-intégré dans la norme constructive», résume ainsi Eric Dubouloz.
Cet acte criminel pourrait donc concerner n'importe quel type de transport en commun, pas uniquement les bus. Jean-Philippe Schmidt rappelle qu'il est interdit d'emporter des liquides inflammables ou des substances dangereuses dans tout moyen de transport. Le porte-parole souligne qu'un incendie intentionnel à proximité d’une gare ou d’un train ne peut être absolument évité dans l’environnement ferroviaire actuel, même si le personnel est formé et la collaboration avec les services de sauvetage locaux exercée régulièrement.
«La sécurité à 100% n’est jamais garantie, surtout lorsque les personnes ne respectent pas les directives de sécurité clairement définies», note le porte-parole des CFF. D'autant plus que le contrôle des bagages lors de l’embarquement des trains est «impossible sans restrictions importantes pour les voyageurs».
«Les transports publics suisses sont très sûrs»
S'il affirme également qu'aucune mesure préventive n'aurait pu empêcher le drame, Stefan Regli, directeur de CarPostal, observe tout de même un «sentiment d'insécurité grandissant», parmi les voyageurs, si bien que l'entreprise prévoit de renforcer les formations du personnel via des exercices de sécurité incendie coachés par des spécialistes. Le Syndicat du personnel des transports (Sev) exige, par ailleurs, «une application réelle de la charte de la sécurité dans les transports», avec des «partages d'alerte en temps réel, des procédures claires et des interventions rapides».
Mais de très nombreuses règles pointues sont – et étaient déjà, au moment du drame – en place dans tous les transports publics de Suisse, pour minimiser autant que possible le risque. «A la suite de cet événement, nombre de personnes se posent des questions qui sont légitimes, estime Martial Messeiller, porte-parole des Transports publics de la région lausannoise (tl). Un tel événement, si violent et imprévisible soit-il, doit nous inciter toutes et tous à nous remémorer les fondamentaux en matière de sécurité. Cependant, il y a lieu de répéter que les transports publics en Suisse sont un domaine très normé et contrôlé et restent de manière générale objectivement sûrs.»
Plusieurs lois encadrent la sécurité incendie
D'un point de vue légal, les normes établies par l'AEAI comprennent effectivement l'obligation de prévenir les incendies et de mettre à disposition des équipements de protection fonctionnels, qui doivent être diligemment entretenus. L’Office fédéral des transports (OFT) impose des standards, comprenant la présence d'extincteurs, de marteaux brise-vitres, de plusieurs issues de secours et d'un système d'ouverture mécanique des portes. Ce dispositif est régulièrement contrôlé par le Service des automobiles et de la navigation (SAN), ou l’Office cantonal des véhicules (OCV).
Si l'AEAI traite essentiellement de la protection incendie dans les bâtiments, Eric Dubouloz rappelle que des normes constructives concernent aussi les transports publics, notamment sur le choix des matériaux: «Ceux-ci doivent, de manière générale, être difficilement combustibles et traités spécifiquement pour rendre plus difficile une inflammation» précise-t-il.
Les matériaux choisis sont essentiels
«Les véhicules qui circulent sur les routes suisses doivent obtenir une homologation avant leur immatriculation et répondre aux exigences techniques des prescriptions suisses relatives aux véhicules, précise Marina Kaempf, responsable de la communication de l’Office fédéral des routes (OFROU). Celles-ci se basent en grande partie sur les réglementations internationales de l'UE et de l'ONU.»
Du côté des autobus et des autocars, ces prescriptions comprennent des exigences très précises. Notre intervenante cite notamment la conception des portes, la largeur des couloirs entre les sièges et des issues de secours et le nombre minimum de sorties en fonction du nombre de passagers autorisé. Tout cela, «afin que les passagers puissent quitter le véhicule le plus rapidement possible en cas d'incident». Comme cité plus haut, les matériaux sont réglementés pour réduire le risque d'incendie ou de propagation rapide du feu dans l'habitacle, le compartiment moteur et les goulottes de câbles.
Ainsi que l'affirmait Stefan Regli, le bus concerné par le drame de Chiètres était un véhicule «standard tout à fait normal, qui doit respecter les normes internationales et qui, à notre connaissance, était en parfait état».
Marteaux brise-vitres et extincteurs
Autre mesure indispensable: la présence des fameux marteaux brise-vitres, cités plus haut, qui peuvent permettre aux voyageurs de quitter un véhicule en cas d'urgence: «L'évacuation en elle-même est a priori rapide et facile au vu des faibles distances à parcourir, analyse Eric Dubouloz. Les vitrages sont prévus pour être cassés, bien que ce geste ne soit pas forcément aisé pour tout le monde.»
Martial Messeiller ajoute par ailleurs que les vitres conçues pour être brisées portent une signalétique spécifique et que les marteaux de secours sont placés à proximité. «Ces dispositifs font l’objet de contrôles réguliers dans le cadre de la maintenance préventive, précise-t-il. Tous ces éléments sont dûment indiqués par une signalétique propre.»
Il en va de même pour les Transports publics genevois (tpg). «Les petits marteaux brise-vitres possèdent un dispositif de retenue par câble et ne peuvent donc plus être dérobés, pointe un porte-parole. Les portes peuvent toutes être ouvertes au moyen du dispositif de secours situé au-dessus de la porte correspondante, sans intervention du conducteur ou de la conductrice, et même si l’état technique opérationnel du véhicule s’est dégradé.»
Le porte-parole des tl ajoute que tous les véhicules sont également équipés d'extincteurs, tandis que les stations du m2, à Lausanne, sont dotées d’un système d’ouverture manuelle des portes, utilisable uniquement en cas d’urgence.
Quels sont les bons gestes, en cas d'urgence?
Lorsqu'une évacuation devient nécessaire, les voyageurs sont tenus de suivre les indications données par haut-parleur ou par le personnel. «La priorité est de se mettre soi-même en sécurité et d’aider les autres personnes dans le besoin, sans se mettre en danger», ajoute Martial Messeiller.
Le porte-parole des tpg souligne toutefois que chaque situation diffère et peut nécessiter des ajustements: «Pour autant que le conducteur ou la conductrice soit encore conscient et que l’état technique du véhicule le permette, les portes seront ouvertes in situ si le degré d’urgence est extrême, indique le porte-parole des tpg. Le conducteur et la conductrice fera tout ce qui est en son pouvoir pour que les voyageurs et les voyageuses puissent se mettre en sécurité, puis contacter notre centrale de régulation ou appeler le 118.»
S'il est nécessaire de briser les fenêtres, Stefan Regli recommande aussi de frapper sur les bords, là où la tension du verre est la plus forte, afin que la vitre éclate instantanément: «Elle se brise alors en d’innombrables petits morceaux qui ne coupent pas.»