Tout est parti d’une idée un peu folle. En mars dernier, j’avais réussi à offrir un morceau de Gruyère AOP à Rosalía. Une vidéo improvisée, un joli coup de projecteur pour un produit de chez nous et une certitude: il y avait là un concept à développer. Pourquoi attendre que les stars parlent de la Suisse quand on peut aller les surprendre avec ce qu’elle produit de meilleur?
Lorsque Paléo a annoncé la venue de Gims, le choix s’est imposé de lui-même. Parce qu’il est l’un des artistes francophones les plus populaires de tous les temps, auteur d’innombrables tubes et capable de remplir les plus grandes salles depuis plus de quinze ans. Parce que chacun de ses concerts est un événement. Et aussi parce qu’il est aujourd’hui au cœur d’une polémique: le rappeur et chanteur congolais est mis en examen pour «blanchiment aggravé» dans le cadre d’une vaste enquête internationale toujours en cours.
Mais surtout parce qu’il entretient un lien particulier avec la Suisse. Il a tourné le clip de Ciel à Verbier, cite Lausanne dans le morceau Spider et revient régulièrement se produire dans notre pays. Après Paléo, il enchaînera d’ailleurs deux autres dates helvétiques: le 29 juillet à l’Estival Open Air, à Estavayer-le-Lac (FR), puis le lendemain au Giron d’Arnex-sur-Orbe (VD).
Mobilisation folle sur les réseaux
Je me suis donc installée dans mon dressing. Sans éclairage, sans scénario, sans montage. Pendant 1 minute et 14 secondes, je m’adresse directement à lui. Je lui lance un défi: accepter une demi-meule de raclette de Verbier lors de son passage à Paléo.
Je publie la vidéo. Et là, tout m’échappe. En quelques jours, elle cumule près de 180’000 vues sur TikTok et Instagram. Les commentaires se multiplient. Les internautes taguent Gims, son entourage, sa manager. Certains lui écrivent directement. D’autres partagent la vidéo partout où ils le peuvent. Ce qui n’était qu’un défi personnel devient une véritable mission collective.
D’un coup, le Valais entre dans la danse. La Laiterie de Verbier me contacte spontanément et m’offre une demi-meule. Quelques heures plus tard, Frani ELLE, humoriste valaisanne, rejoint l’aventure. Dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux, elle interpelle Gims avec son humour décapant et l’invite, avec une bonne dose de second degré, à ne surtout pas repartir de Suisse sans sa raclette. L’effet est immédiat: la mobilisation prend une nouvelle dimension.
A Paléo, des inconnus m’arrêtent entre deux concerts pour me demander où en est «l’opération raclette». Certains m’envoient même des photos de pancartes confectionnées spécialement pour le concert: «Gims, n’oublie pas ta meule!» A cet instant, je comprends que je n’ai plus vraiment le droit d’échouer.
La veille du concert, mon téléphone vibre. La manager de Gims m’écrit. Elle a vu passer la mobilisation. Mieux encore: elle me propose une rencontre quelques minutes avant son entrée sur scène afin que je puisse lui remettre «cette magnifique demi-meule» en personne.
La raclette traverse la Romandie
A partir de là, tout s’accélère. La meule descend de Verbier jusqu’à Lausanne grâce à des proches de la fromagerie. Dans le même temps, le directeur sportif du FC Sion, Barthélémy Constantin, fait floquer en urgence un maillot au nom de Gims, numéro 10. Les deux cadeaux traversent le canton avant de se retrouver chez un de mes voisins, à quelques heures seulement du concert. Une logistique improbable où chacun apporte sa pierre à l’édifice.
Dimanche. Deux heures de bouchons pour rejoindre Paléo. Une seule obsession: ne pas arriver après lui. A 18h30, j’attends devant les loges. Les minutes passent. Puis un appel de sa manager: le timing est trop serré. La remise se fera finalement sur le chemin qui mène à la scène.
Je prends une grande inspiration. Quelques minutes plus tard, nouveau rebondissement. «Viens, finalement, on le fait maintenant.» Me voilà propulsée dans les coulisses de la Grande Scène. Autour de moi, toute son équipe s’active. Des enfants patientent pour une photo. Les techniciens courent dans tous les sens. Moi, je serre contre moi une demi-meule soigneusement mise sous vide.
Gims soulève le fromage comme un trophée
Quand Gims apparaît, il me surprend immédiatement. Avant même que je dise un mot, il sourit et me lance qu’il a entendu parler de cette fameuse meule «partout sur les réseaux sociaux». Toute la pression retombe. Je lui explique que, puisqu’il a mis Verbier à l’honneur dans son clip Ciel, il était normal que Verbier lui rende la pareille.
Il éclate de rire. Saisit la demi-meule. La soulève comme un trophée sous les objectifs de son photographe officiel. Je lui tends ensuite le maillot du FC Sion. Nous échangeons quelques minutes. Il écoute, plaisante, remercie plusieurs fois. Rien de la superstar inaccessible que l’on pourrait imaginer. Au contraire, il se montre chaleureux, curieux et incroyablement disponible. Avant de partir, il me prend dans ses bras et me promet qu’il se photographiera le jour où il dégustera cette raclette afin de remercier toutes les personnes qui ont participé à ce challenge.
Quelques instants plus tard, il monte sur scène. Moi, je retourne dans la foule. Le plus dur n’est pourtant pas terminé. Ma vidéo doit encore être validée par son entourage avant publication. Pendant des heures, les festivaliers m’interpellent: «Alors? Il l’a prise ou pas?» Certains sont persuadés que l’opération a échoué.
Racler comme jamais
En fin de soirée, le feu vert tombe. Je publie. C’est fait! Cette aventure raconte évidemment une rencontre improbable avec l’un des plus grands artistes francophones. Mais elle raconte surtout la force des réseaux sociaux lorsqu’ils servent une idée positive: mettre en lumière les produits de notre terroir.
Elle raconte aussi un peu mon histoire. On me connaît souvent comme la créatrice de contenu à l’accent vaudois. Pourtant, une partie de ma famille est originaire de Bramois, près de Sion. Mettre à l’honneur la raclette de Verbier, c’était aussi une manière de rendre hommage à mes racines valaisannes.
Il y a quelques années, l’humoriste et comédien neuchâtelois MC Roger détournait le tube «Sapés comme jamais» avec son irrésistible «Racler comme jamais». Après avoir placé une demi-meule entre les mains de Gims, il ne manque plus qu’une dernière image pour boucler la boucle: celle de l’artiste en train de déguster son délicieux fromage fondu… idéalement sans céder à l’outil du diable qu’est la raclonette.
Et maintenant, à vous de jouer. Quelle personnalité devrais-je tenter d’approcher pour lui faire découvrir le prochain trésor de notre terroir romand? Vos idées pourraient bien devenir ma prochaine mission.