Je suis accrochée aux barricades, au premier rang de l’Accor Arena de Paris, ce vendredi 20 mars. A 22h20, un peu plus d’une heure après le début du concert, la star espagnole Rosalía arrive devant moi en chantant «Dios es un stalker», l’un des tubes de son dernier album «Lux». Dans ma main droite, je tiens mon téléphone, sur lequel est inscrit «I have Swiss cheese for you» (j’ai du fromage suisse pour toi). Dans ma main gauche, une peluche vache avec un stick de Gruyère AOP attaché à l’aide d’un joli ruban bleu. Je hurle comme jamais: «ROSALIIIIIAAA!»
La reine de la pop teintée de flamenco aux 31,7 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify se retourne une première fois. Puis une deuxième, attirée par mon message. Je l’ai prise de court, elle ne s’attendait clairement pas à ça. Tout s’enchaîne très vite.
Elle prend ma vachette. Je répète: elle prend ma vachette, avec le stick de fromage accroché. Elle la montre à la caméra tout en continuant son chemin à travers un public en transe. Elle la serre contre elle comme un doudou, puis la confie à son garde du corps. A ce moment-là, je ne sais plus comment je m’appelle, ni qui je suis. Mais purée, je l’ai fait. J’ai réussi à réunir mes deux passions: le Gruyère AOP et Rosalía. JPP.
Appelez-moi Miss Gruyère AOP
Vous vous demandez sûrement pourquoi j’ai ramené du Gruyère AOP à l’artiste catalane. N’est-ce pas le meilleur fromage du monde? N’est-ce pas ce qui représente le mieux notre pays? Bon, il y a aussi le chocolat, les montres et les banques. D’accord. Mais moi, je suis clairement team Gruyère AOP.
Pour être totalement transparente, j’en suis même devenue ambassadrice l’année dernière. C’est dire à quel point ce fleuron de notre terroir compte pour moi (j’ai même déniché une meule factice pour décorer mon salon). Et figurez-vous que je ne suis pas la seule à être portée sur la chose. Rosalía, qui est actuellement en tournée mondiale pour son nouvel album «Lux», a déjà évoqué son amour du fromage dans plusieurs interviews accordées à des médias étrangers. Une passion gourmande que la trentenaire a souligné une nouvelle fois lors de sa performance au Hallenstadion de Zurich, ce dimanche 22 mars.
Mission coup d’éclat
Bon, ça suffit le bla-bla maintenant. Il est temps de vous raconter les coulisses de cette prouesse totalement folle et inédite, une scène filmée et publiée sur mes réseaux sociaux qui a buzzé propre en ordre. Rembobinons. Le 9 décembre 2025, c’est la guerre sur les sites de billetterie. Le monde entier s’arrache les précieux sésames pour voir Rosalía. Elle prévoit 42 dates à travers le globe, notamment à Zurich, Lyon, Paris et Barcelone, évidemment. De mon côté, j’ouvre au moins 25 onglets avec différentes dates pour maximiser mes chances. Même si je dois aller en Pologne, j’irai.
Bingo. Je décroche un billet en carré or gauche – la partie plus proche de la scène en fosse – à l’Accor Arena de Paris, pour le 20 mars 2026. Je ne réfléchis pas une seconde. Je l’achète pour la modique somme de 124,15 euros. Il n’y a plus qu’à attendre. J’ai si hâte de la retrouver, quatre ans après sa tournée explosive Motomami.
Le moment fatidique approche, la pression monte. Dans quelques jours, je prends le TGV depuis Genève pour Paris. Il faut que je prépare mon coup. Je sais que je n’ai pas le droit d’entrer avec de la nourriture dans l’Accor Arena. Mais peu importe: je dois trouver un moyen pour donner mon fromage à Rosalía.
Je file à la Migros près de chez moi et j’achète des sticks de Gruyère AOP, ces petits morceaux emballés individuellement. Franchement, il n’y a que la Suisse pour faire ça, non? J’en prends une quinzaine. J’en distribuerai aussi à des fans devant la salle de concert. Autant faire découvrir les vraies choses à nos voisins français. Pour Rosalía, j’accroche un batonnet lacté à une vache en peluche. «Ma vie» mérite toutes les petites attentions.
«I have Swiss cheese for you»
Vendredi 20 mars. Réveil à 6h. TGV à 8h29 depuis Genève. Arrivée à 11h44 à Paris Gare de Lyon. Je me rends directement à Bercy, à quelques minutes à pied. Sept heures d’attente avant l’ouverture des portes. Je me suis pimpée en respectant la direction artistique du concert (tutu, corset, foulard en dentelle et ballerines roses pâles).
Rosalía commence son show avec 30 minutes de retard. Elle sort d’un cube blanc, telle une danseuse classique de boîte à musique. Elle est sublime. Les gens chantent à tue-tête. Je suis partagée entre excitation et angoisse. Il faut qu’elle prenne ma vachette, que je garde précieusement dans mon tote bag. Je décide de maximiser mes chances: j’inscris sur mon téléphone «I have Swiss cheese for you». J’ai déjà vu des fans utiliser cette technique pour attirer l’attention des artistes.
A 22h20, Rosalía descend de la scène principale, touche les mains des fans, signe quelques vinyles, puis emprunte un passage au cœur du carré or pour rejoindre la seconde scène, où se trouve son orchestre. Je suis là, dans cette allée, collée contre la rambarde. Je la vois arriver avec son vidéaste, suivie de son garde du corps. Elle fait chanter une jeune femme juste en face de moi. Je sais que je vais devoir aller vite. Je suis à deux doigts de faire un infarctus: c’est maintenant ou jamais.
Saut de la victoire! Et TAC! Je l’ai fait, pari réussi. Je suis euphorique. Je n’en reviens pas. Ça me rend zinzin! I am CRAZY!! Complètement maboule!!! Je demande à mes voisins de balustrade de m’AirDrop les vidéos (pour les boomers: de me les envoyer via Bluetooth, quoi). Il faut que je publie ça sur TikTok et Instagram. Je m’en occuperai en rentrant à l’hôtel, vers 1h du matin. En attendant, je profite de la fin de ce concert somptueux. Un spectacle de toute beauté.
Bon Rosalía, on se met à table ou bien?
Trois jours plus tard, je suis encore incapable de redescendre de mon petit nuage. La vidéo publiée dans la nuit de vendredi à samedi cumule déjà plus d’un million de vues sur Instagram et TikTok. Les danseurs de mon idole ont réagi à ma story. Mieux encore: la mère de Rosalía a liké mon post. Elle a même partagé l’un de mes clichés de sa fille sur son feed.
Alors maintenant, j’attends un signe de la Rosalía. Qui sait, peut-être qu’un jour, on se retrouvera autour d’une meule de Gruyère AOP. Et là, ce sera vraiment la consécration.