Invité dans les murs de l’Université de Lausanne (UNIL) ce mercredi 6 mai, le conseiller fédéral Martin Pfister a dressé un constat alarmant sur l’évolution de la sécurité en Europe et en Suisse. Blick était présent à cette conférence organisée par la Fondation Jean Monnet pour l’Europe. Au milieu de plusieurs centaines d’anonymes, nous avons remarqué la controversée conseillère d’Etat du Centre vaudois Valérie Dittli, sa collègue de parti et conseillère nationale Isabelle Chappuis, le conseiller aux Etats libéral-radical (PLR) Pascal Broulis ou encore l’essayiste membre du Parti socialiste (PS) Francois Cherix.
Face à ce parterre de haut vol, le chef du Département de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), lance que l’ordre mondial fondé sur le droit international et la stabilité occidentale est en train de céder la place à un monde multipolaire dominé par les rapports de force.
La Suisse ferait désormais face à des menaces multiples: cyberattaques, désinformation, sabotage, attaques contre les infrastructures critiques et remise en cause de la cohésion démocratique. «La sécurité de la Suisse n’a pas été menacée autant et de manière si multiple depuis des décennies», prévient l’homme d’Etat dont la sécurité était par ailleurs assurée par un nombre conséquent d’agents.
Sans langue de bois, Martin Pfister désigne clairement le danger principal: «Qui nous menace? En premier lieu, la Russie.» Pour étayer son propos, l’élu du Centre avance que le pays de Vladimir Poutine s’est installé durablement dans une économie de guerre dépassant les seuls besoins du conflit ukrainien. Le Zougois souligne également l’incertitude croissante concernant le rôle des Etats-Unis, qui se réorientent vers l’Indo-Pacifique et prennent leurs distances avec l’Europe.
L’armée à la traîne
Face à cela, l’Europe accélère sa réorganisation sécuritaire. L’Union européenne prépare un vaste réarmement, avec des investissements de plusieurs centaines de milliards d’euros et une coopération militaire renforcée entre États membres et partenaires. Dans ce contexte, la Suisse est attendue comme un acteur capable d’assurer au minimum sa propre défense.
Le ministre, par ailleurs historien et colonel à l’armée, reconnaît cependant les importantes faiblesses actuelles de la grande muette: manque d’équipements, insuffisance face aux menaces aériennes et cybernétiques et faible interopérabilité avec les armées européennes. «Aujourd’hui, si nous étions attaqués gravement, nous serions dépendants de l’aide d’autres nations», affirme-t-il.
Martin Pfister appelle donc à une réorientation rapide de la politique de défense. Il souhaite une hausse durable des dépenses militaires, une modernisation de l’armée, la mise en place de priorités stratégiques claires et un rapprochement pragmatique avec l’Europe, notamment via les accords bilatéraux III. Il défend aussi une responsabilité collective des citoyens, du monde politique et des médias pour préserver la démocratie, la sécurité et la souveraineté du pays. Interrogé par Roger de Weck, président de la Fondation Jean Monnet pour l’Europe, Martin Pfister a encore appelé à rejeter dans les urnes l’initiative de l’Union démocratique du centre (UDC) «Pas de Suisse à 10 millions!» et a défendu le choix polémique des F-35 américains: «Ce sont les meilleurs avions pour la Suisse et pour l’interopérabilité avec les armées européennes.»