Le Conseil fédéral dresse un constat alarmant dans sa dernière analyse des menaces. «La situation sécuritaire de la Suisse s'est considérablement détériorée au cours des dernières années», écrit-il.
Selon le rapport, la Russie représente aujourd’hui «la plus grande menace pour la sécurité, la stabilité et la paix en Europe». Moscou mènerait «un conflit global et durable contre l’Occident par des moyens hybrides» et adapterait son économie ainsi que son armée «à une confrontation militaire». La Suisse est déjà touchée, notamment par des cyberattaques et des campagnes de désinformation.
Le Conseil fédéral souligne toutefois que ni la Russie ni l’Europe n’ont intérêt à une escalade militaire. Mais il avertit qu’«un degré élevé de militarisation à la frontière entre l’OTAN et la Russie, y compris en Biélorussie, comporte le risque qu’une erreur de calcul ou une défaillance technique conduise à une escalade incontrôlable».
La Confédération estime aussi que l’Europe deviendrait particulièrement vulnérable si les Etats-Unis retiraient une partie de leurs forces armées et si la Russie parvenait à reconstruire rapidement son armée après la guerre en Ukraine. Le rapport pointe également «une préparation insuffisante à la défense» de la part des pays européens.
Cinq autres menaces majeures
La Russie n’est toutefois pas le seul danger identifié par la Confédération. Le rapport met aussi en avant cinq autres menaces majeures:
- Terrorisme: «Le terrorisme reste une inquiétude importante. Selon le Conseil fédéral, «les djihadistes libérés après l’exécution de leur peine et les personnes radicalisées en détention représentent un facteur de risque permanent». Les autorités observent également une radicalisation persistante de jeunes sur internet. Le conflit au Moyen-Orient augmenterait par ailleurs «la probabilité d’actes de violence à motivation djihadiste contre les juifs».
- Espionnage: L’espionnage inquiète aussi les autorités fédérales. Le rapport affirme que plusieurs Etats mènent des activités de renseignement illégales en Suisse. «Outre l’espionnage, plusieurs services de renseignement étrangers pratiquent également la désinformation et la propagande», écrit la Confédération. Ces services chercheraient aussi à obtenir des biens sensibles, à préparer des sabotages à l’étranger et à soutenir des opérations de répression transnationale.
- Tentatives d'acquisition d'armes de destruction massive: La Confédération évoque également les tentatives d’acquisition d’armes de destruction massive. Elle constate une véritable «course à l’armement» autour des armes nucléaires, biologiques et chimiques, mais aussi des armes conventionnelles. Dans ce contexte, certaines technologies suisses seraient particulièrement recherchées. La Russie tenterait notamment d’obtenir ce type de matériel par des voies détournées.
- Attaques contre les infrastructures critiques: Les attaques contre les infrastructures critiques constituent aussi une préoccupation majeure. Selon le Conseil fédéral, les cyberattaques menées par des groupes chinois, russes, iraniens ou nord-coréens représentent «la menace la plus concrète pour les infrastructures critiques dans notre pays». Le rapport précise que ces acteurs utilisent principalement leurs capacités pour l’espionnage. Les groupes nord-coréens seraient toutefois également impliqués dans des vols de cryptomonnaies afin de financer le régime de Pyongyang. Des groupes extrémistes pourraient aussi viser des infrastructures suisses.
- Extrémisme: Enfin, le Conseil fédéral constate une montée des activités extrémistes, aussi bien à gauche qu’à droite. Les groupes d’extrême gauche sont accusés de perturber des événements et de considérer «les dommages matériels comme un moyen éprouvé» contre des entreprises ou certaines infrastructures ferroviaires et de télécommunication. Les milieux d’extrême droite gagneraient quant à eux en importance, notamment parce qu’ils agiraient «de manière plus discrète et plus réfléchie verbalement».
Face à cette dégradation de la situation sécuritaire, le Conseil fédéral souhaite renforcer les capacités de défense du pays. Il envisage notamment une hausse de la TVA afin de financer de nouveaux équipements militaires. Une proposition qui suscite déjà de fortes critiques.