En principe, la fidélité est récompensée. Après plusieurs années dans la même entreprise, certains employés reçoivent une prime ou quelques jours de vacances supplémentaires. Mauro Mantovani, 62 ans, a connu une tout autre issue: après 25 ans de service, le Département fédéral de la défense (DDPS) l’a licencié en juillet 2024.
Ancien expert en stratégie et enseignant à l’Académie militaire de l’EPF, Mauro Mantovani était régulièrement sollicité par les médias pour commenter les conflits et les questions militaires. Puis, du jour au lendemain, il s’est retrouvé inscrit à l’ORP. Refusant d’accepter son licenciement sans réagir, il a porté l’affaire devant la justice. Une longue bataille juridique s’est alors engagée.
Des reproches sévères
L’expert militaire licencié estimait avoir été victime d’un «match caché». Selon lui, les motifs avancés pour justifier son renvoi avaient été «construits» et son supérieur cherchait simplement à se débarrasser de lui. Le Tribunal administratif fédéral vient désormais de rendre sa décision, bien que le jugement ne soit toutefois pas encore définitif.
Le tribunal estime qu’il n’existait aucun motif objectif justifiant un licenciement. Une telle justification est obligatoire pour les employés de la Confédération, contrairement au secteur privé où un licenciement peut intervenir sans raison particulière. Mauro Mantovani obtient ainsi l’équivalent de huit mois de salaire. Le tribunal lui accorde également huit mois supplémentaires, en raison du caractère injustifié du licenciement, de la longue durée de ses rapports de travail et de son âge.
A la Confédération, Mauro Mantovani occupait une fonction correspondant à la classe salariale 30, avec un salaire brut mensuel pouvant atteindre 16’662,40 francs. Le DDPS devra donc lui verser l’équivalent de 16 mois de salaire, soit plus de 200’000 francs.
Un licenciement jugé «disproportionné»
Devant le tribunal, le DDPS a tenté de justifier le licenciement en évoquant plusieurs critiques à l’encontre de l’expert militaire. Certains étudiants auraient jugé les cours de Mauro Mantovani «monotones», «fatigants» et «lourds», notamment en raison de son «débit de parole lent». L’armée avait évalué son enseignement avec la note de 1 sur 4. Lors d’examens de rattrapage, il aurait également réutilisé certaines questions. L’EPF ne lui avait finalement pas renouvelé son mandat d’enseignement.
Mauro Mantovani s’est ainsi retrouvé sans activité d’enseignement. Le DDPS voulait alors le transférer vers un poste temporaire de collaborateur scientifique, dans une classe salariale nettement inférieure.
Le tribunal considère toutefois cette proposition comme «déraisonnable», notamment parce que le poste était limité dans le temps. Les juges estiment aussi que le DDPS aurait dû lui donner la possibilité de s’améliorer après l’évaluation négative de ses prestations, d’autant plus qu’il avait reçu des évaluations majoritairement positives pendant des années. Le licenciement est donc jugé «disproportionné» et, en l’absence d’avertissement préalable, «injustifié».
Pas de «match caché»
Mauro Mantovani n’a cependant pas obtenu gain de cause sur tous les points. Le tribunal a rejeté sa plainte pour «licenciement abusif». Selon les juges, aucun «comportement chicanier» de la part de son supérieur n’a pu être établi. Il ne peut donc pas être question de «match caché». Une réintégration au sein du DDPS est ainsi exclue.
On ignore encore si Mauro Mantovani ou le DDPS feront recours devant le Tribunal fédéral. Les deux parties ont indiqué vouloir analyser le jugement dans les prochains jours. La bataille judiciaire pourrait donc se poursuivre.