Armée et DDPS se déchirent
Le service sanitaire suisse en crise à cause de conflits internes

Le Contrôle fédéral des finances tire la sonnette d’alarme. Selon lui, les tensions entre l’armée et la protection de la population nuisent au bon fonctionnement du service sanitaire national. Le DDPS est appelé à intervenir.
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Durant la pandémie de Covid-19, les autorités ne disposaient pas d’une vue d’ensemble claire des lits d’hôpitaux disponibles.
Photo: KEYSTONE/Ti-Press/Pablo Gianinazzi
Daniel Ballmer

La situation était critique. Pendant la pandémie de Covid-19, les autorités suisses ne disposaient toujours pas d’une vue d’ensemble claire des lits d’hôpitaux disponibles. Le Service sanitaire coordonné (SSC), rattaché au Département de la défense, était chargé de collecter les données et d’assurer la coordination.

Les lacunes sont rapidement apparues. En 2022, le Contrôle fédéral des finances (CDF) concluait que la préparation à la crise était «sous-optimale», ce qui avait entraîné des retards. Selon les auditeurs, les rôles et les responsabilités doivent être clairement définis avant qu’une crise n’éclate.

Une collaboration compliquée au DDPS

Depuis, le SSC a été réorganisé et transféré de l’armée à l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP), au sein du DDPS. Rebaptisé Réseau national, il joue toujours un rôle central dans la coordination sanitaire lors de crises majeures. Mais le Contrôle fédéral des finances estime que les problèmes persistent.

Dans son dernier rapport d’audit, le CDF affirme que «des tensions persistent» entre l’armée et l’Office fédéral de la protection de la population. Les désaccords portent notamment sur les compétences et les responsabilités. Selon les auditeurs, la collaboration fonctionne mal depuis la réorganisation et cela fragilise toute l’organisation de crise.

Le rapport évoque aussi des «effets négatifs» concrets. Des retards ont par exemple été constatés dans la formation à la médecine d’urgence et de catastrophe. Au final, c’est la sécurité qui pourrait en pâtir. Le service est chargé de coordonner la préparation et la gestion des événements sanitaires majeurs. Il doit notamment assurer la collaboration entre les hôpitaux, les services de secours et l’armée afin de garantir une prise en charge efficace en cas de crise.

L'armée accusée d'écarter le service

Selon le rapport, l’Office fédéral de la protection de la population reproche à l’armée de ne pas avoir suffisamment impliqué le service sanitaire dans le nouveau concept de santé publique militaire. Face au manque d’écoute du Groupement Défense, l'Office a même saisi le Secrétariat général du DDPS.

Un autre conflit concerne un projet destiné à améliorer la vue d’ensemble des patients en cas de crise, un point qui avait déjà posé problème durant la pandémie. Là aussi, l’Office fédéral de la protection de la population estime ne pas avoir été assez associé au projet et avait demandé l’arrêt de l’appel d’offres public. Sans succès.

Martin Pfister appelé à intervenir

Pour le Contrôle fédéral des finances, la situation ne peut plus durer. Les mesures prises jusqu’ici, notamment une convention de prestations, n’auraient pas permis d’améliorer suffisamment la collaboration.

Le département dirigé par le conseiller fédéral Martin Pfister doit désormais reprendre la main. «Le Contrôle fédéral des finances attend du Secrétariat général du DDPS qu'il garantisse une collaboration efficace entre les deux unités administratives», écrivent les auditeurs. L’objectif est d’éviter des conflits à répétition afin que la Suisse soit mieux préparée à gérer de futures crises majeures.

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