Les Suisses ont toutes les raisons d'être «furax» contre la France et surtout contre le comportement d'Emmanuel Macron, comme le soulignait la célèbre émission française «Quotidien». En cause: le G7 d'Evian-les-Bains qui se déroulera du 15 au 17 juin prochain et qui risque de laisser une addition salée de ce côté-ci de la frontière.
Car la fameuse «classe à la française», que Paris aime tant revendiquer et mettre en scène, ne transpire pas vraiment de ce dossier. Emmanuel Macron aurait tout simplement imposé sa grand-messe des puissants à la Suisse, sans même prendre la peine de prévenir correctement la Confédération. Un sommet organisé en France, certes, mais dont une partie des conséquences se déversera directement sur le territoire suisse.
Le comble de l'arrogance
Le plus irritant? La Suisse n’est même pas conviée à la table du G7. Tout au plus Guy Parmelin serait-il autorisé à assister à un gala. La Suisse devra pourtant se plier en quatre pour accompagner l’événement. Tout cela a un prix. Et ce prix, estimé entre 24 et 25 millions de francs rien que pour la sécurité, devra, si rien ne change, être assumé par les contribuables suisses.
La comparaison avec le passé rend l’attitude française encore plus difficile à digérer. En 2003, lors du dernier G8 organisé à Evian, Jacques Chirac avait participé à la facture suisse à hauteur de 18 millions de francs, sur un total de 40 millions. Certes, cela ne couvrait même pas la moitié des frais. Mais c’était toujours 18 millions de plus que ce que semble aujourd’hui prévoir Emmanuel Macron: rien. De la part du défunt président français, c’était tout de même un peu plus élégant.
Macron de mauvaise foi
Ce n’est pas le principe de payer pour un grand rendez-vous international qui pose problème. La Suisse le fait lorsqu’elle accueille des rencontres diplomatiques, au nom de ses bons offices. Elle le fait aussi chaque année avec le Forum économique de Davos. Et le G7 permettra à la Suisse de profiter de l'aura diplomatique du sommet. Mais ici, le problème est ailleurs: il réside dans l’attitude hautaine et difficilement défendable de Paris.
Du côté français, l’argument est simple: puisque le sommet se tient sur sol français, il n’y aurait aucune raison de parler de coûts suisses. Un argument difficilement audible face à la réalité du terrain. Les délégations atterriront à Genève. Leur protection jusqu’à la frontière sera assurée par la Suisse. L’autoroute A1 sera fermée. Des milliers de soldats seront mobilisés. Les forces de l’ordre de toute la Suisse seront sur le pont. Les hôpitaux seront sur le pied de guerre. Et Genève devra gérer la contestation anti-G7, avec les risques de débordements que cela implique. Autrement dit: le sommet est français sur la carte, mais suisse sur la facture.
Une décision punitive?
Et lorsque Berne demande des comptes, Emmanuel Macron répond par «de la mauvaise foi». Pour lui, si des protestataires défilent dans les rues romandes le 14 juin, c'est uniquement pour s'opposer à l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions!». Une manière assez spectaculaire de détourner le regard. Car le nom du mouvement d'opposition au sommet dit tout: No-G7. Pas besoin d’un bac+5, ni d’un passage par l’Elysée, pour comprendre le lien.
Les propos d’Emmanuel Macron donnent surtout l’impression d’une posture punitive, davantage que d’une position de bon sens. La votation fédérale de dimanche irrite déjà une partie de l’Europe: si le seuil des 10 millions d’habitants est dépassé, les accords bilatéraux pourraient être remis en cause, avec le risque d’une nouvelle crise entre Berne et Bruxelles. A cela s’ajoute un autre front de tension: ces derniers temps, la France met aussi la pression sur la Suisse au sujet des indemnités chômage des frontaliers, qu’elle voudrait voir versées par le pays du lieu de travail, et non plus par le pays de résidence. A deux doigts d'accuser la Suisse de piquer dans les caisses de la République…
Et si on faisait l'inverse?
La mauvaise humeur suisse est pourtant parfaitement légitime. D’autant que, selon «Le Canard enchaîné», Guy Parmelin aurait fini par hausser le ton dans une lettre adressée à Paris pour dire tout le mal qu’il pense du G7. L’Elysée, lui, serait agacé. Mais posons la question dans l’autre sens: la France serait-elle restée les bras croisés si un événement organisé par la Suisse avait débordé sur son territoire, mobilisé ses policiers, bloqué ses routes et pesé sur ses contribuables? On connaît déjà la réponse.
Dans cette affaire, la Suisse n’a pas choisi d’accueillir le G7. Elle n’a pas été invitée. Elle n’a pas été correctement associée au sommet. Mais elle devra payer. C’est précisément ce mélange d’arrogance, de mauvaise foi et de facture imposée qui rend ce dossier explosif.