Gronde à l'état-major de l'armée suisse
«Les employés de plus de 60 ans ne sont ni respectés ni accompagnés dans la recherche de solutions acceptables.»

De nouvelles accusations émergent au sein de l’armée: des militaires plus âgés dénoncent des mauvais traitements de la part de l’état-major. La hiérarchie rejette ces allégations.
1/5
Le ministre de la Défense Martin Pfister a repris de nombreux chantiers au sein du DDPS.
Photo: Philipp Schmidli
RMS_Portrait_AUTOR_449.JPG
Lino Schaeren

Martin Pfister n'a pas une minute de répit en ce moment. La stratégie de politique de sécurité du conseiller fédéral en charge du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), qu'il a présentée en décembre, est critiquée de toutes parts.

L'Union démocratique du centre (UDC) la rejette en raison de graves lacunes, le Parti socialiste (PS) dénonce l'absence de priorités financières et temporelles, et même le propre parti de Martin Pfister, le Centre, y voit des marges d'amélioration. Le «Message Armée 2026», son programme d'armement de 3,4 milliards de francs suisses, se heurte également à une résistance de la part de tous les camps politiques. Pourtant, cela ne fait qu'un an que Martin Pfister a pris la tête du DDPS, succédant à Viola Amherd. 

Ce département est en proie à de nombreux problèmes, et ceux-ci ne sont pas seulement visibles de l'extérieur, mais aussi en interne. Ainsi, l'année dernière, des rapports adressés à l'inspection générale du DDPS ont révélé que des tensions persistaient. Dernier chantier en date: l'état-major de l'armée.

Le centre de l'armée

L’état-major constitue le centre stratégique de l’armée: c’est là que sont planifiées les missions, coordonnées les ressources et formulées les recommandations au chef de l’armée. Depuis janvier 2025, le divisionnaire Daniel Keller en assure la direction. Il devait non seulement prendre la tête de ce service, mais aussi le transformer. Or, selon l'organe de médiation, cela ne fonctionne que partiellement. «La réorganisation actuelle de l’état-major de l’armée est menée de manière problématique», peut-on lire dans le rapport annuel 2025.

Selon ce même rapport, ce sont surtout les personnes âgées qui sont soumises à la pression: «Les employés de plus de 60 ans, ayant une longue ancienneté, ne sont ni respectés ni accompagnés dans la recherche de solutions acceptables», déplore Walter Mengisen, responsable du service d'assistance confidentielle. Quatorze personnes concernées l'ont contacté en 2025, contre seulement six l'année précédente. L’état-major emploie environ 570 personnes.

L'armée conteste ces affirmations: une réorganisation représente un défi pour tous les acteurs concernés. Les collaborateurs les plus âgés, en particulier, s'interrogent souvent sur leurs perspectives d'avenir et le maintien de leur emploi. L'armée réfute tout problème de leadership. Un porte-parole souligne que des solutions ont été trouvées pour tous les membres du personnel les plus âgés et qu'aucun licenciement n'a eu lieu.

Conflits dans plusieurs offices

Il est incontestable que les réformes au sein du DDPS ont engendré à plusieurs reprises des conflits au cours des dernières années. Ceux-ci ont été particulièrement vifs au sein du Service de renseignement de la Confédértation (SRC): l’échec du directeur Christian Dussey dans ses efforts de restructuration a suscité du ressentiment et provoqué des départs parmi le personnel. Par ailleurs, le nombre de signalements au bureau des renseignements confidentiels a augmenté.

Des problèmes similaires sont apparus à Armasuisse et à l’Office fédéral de la protection de la population (OFPP), tout deux restructurés. En décembre, après des défaillances, des critiques et une mauvaise ambiance, Martin Pfister s’est séparé de la directrice de l’OFPP, Michaela Schärer.

D'après les informations disponibles, la situation au sein des services de renseignement et du DDPS s'est entre-temps apaisée. Chez Armasuisse, en revanche, la réorganisation continue de susciter des conflits aux échelons inférieurs, comme l’écrit le responsable du service d'assistance confidentielle, Walter Mengisen. Sa conclusion: lors de réorganisations, il est pratiquement impossible de communiquer suffisamment pour dissiper l'incertitude.

Communiquer au lieu de commander

Globalement, le nombre de signalements au bureau de la confidentialité a augmenté en 2025: 110 cas contre 105 l’année précédente et 80 en 2022. Au regard des 12'000 collaborateurs du DDPS, ce chiffre reste toutefois faible. Walter Mengisen reconnaît d’ailleurs que le département dispose globalement d’une bonne culture d’entreprise. Il relève néanmoins des lacunes dans la coopération entre les collaborateurs militaires et civils.

Selon lui, un leadership moderne ne se résume pas à donner des ordres, mais implique également de communiquer et d’expliquer en toute transparence. Au cours des dernières années, il a plusieurs fois critiqué la culture du commandement militaire, soulignant qu'elle engendre des conflits, notamment avec les employées. Le responsable du service de médiation en conclut: «Il semble que tous les chefs militaires masculins ne soient pas encore en mesure de s’adapter aux mutations sociétales du XXIe siècle.»

Articles les plus lus